Pourquoi la précarité énergétique risque de monter en flèche cet hiver

L’hiver sera rude pour les Français les plus précaires. En prévision de la Journée contre la précarité énergétique, qui aura lieu le jeudi 24 novembre, plusieurs associations œuvrant dans la lutte contre l’exclusion ont lancé une alerte ce jeudi, craignant une montée en flèche de la précarité énergétique dans les prochains mois. Car celle-ci est la résultante de trois facteurs : des ressources faibles, un logement mal isolé et des prix élevés de l’énergie.

Or, depuis le début de la guerre en Ukraine, les sanctions contre la Russie impactent l’approvisionnement en gaz et les prix de l’électricité. Par ailleurs, la moitié des réacteurs nucléaires français étant aujourd’hui à l’arrêt, la production électrique est moindre. Entre les deuxièmes trimestres 2021 et 2022, les prix de l’énergie (électricité, gaz et produits pétroliers cumulés) ont ainsi bondi de 28 % pour les ménages.

Un bouclier tarifaire qui limitera seulement la hausse

Certes, le gouvernement va prolonger le bouclier tarifaire en 2023, qui limitera la hausse des prix du gaz et de l’électricité à 15 %. Mais cette hausse n’aura pas le même impact pour tout le monde « Les factures des Français devraient augmenter en moyenne de 20 à 25 euros par mois », prévoit Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique chez Greenpeace France.

La note sera encore plus salée pour les habitants des 5,2 millions de passoires énergétiques que compte la France. Ces logements énergivores, classés F et G sur l’échelle du Diagnostic de performance énergétique (DPE), présentent généralement des défauts d’isolation. « On peut prévoir que pour les habitants de ces logements, la hausse des factures sera plutôt de l’ordre de 50 ou 100 euros par mois », indique Nicolas Nace.

61 % des Français craignent d’avoir froid chez eux

Ce contexte social est d’autant plus inquiétant que la précarité énergétique était déjà en expansion dans notre pays avant la crise de l’énergie : « 20 % des ménages, soit 12 millions de personnes, étaient déjà victimes de précarité énergétique. Et les coupures ou réduction d’énergie pour impayés étaient passé de 550.000 en 2020 à 785.000 en 2021 », indique Christophe Robert, sociologue et Délégué général de la Fondation Abbé-Pierre.

Les Français eux-mêmes expriment leurs inquiétudes face à l’hiver. Selon un sondage Ifop pour Atlantic * paru ce jeudi, 61 % d’entre eux craignent d’avoir froid dans leur logement (alors que l’hiver dernier, ils n’étaient que 37 %), et 95 % d’entre eux se déclarent inquiets de l’augmentation du coût de l’énergie. Ils savent déjà qu’ils vont devoir se restreindre : 68 % ne vont chauffer que certaines pièces, 73 % comptent baisser la température à l’intérieur de leur logement, et 71 % vont retarder le moment de la mise en marche du chauffage. « L’augmentation du prix des biens de premières nécessité de 12 à 15 % va les mettre face à des arbitrages impossibles », souligne aussi Christophe Robert.

Renforcer le bouclier tarifaire pour les plus pauvres ?

Et cette précarité énergétique ne sera pas sans impact sur leur santé. « Ils ont plus de risques de développer des maladies respiratoires, des allergies, de l’asthme et des troubles de l’anxiété », indique Christophe Robert.

Face à ce constat, le gouvernement a développé ces dernières années des mesures pour soutenir les ménages touchés par la précarité énergétique : chèque Énergie, MaPrimeRenov… Mais pour faire face à l’hiver qui s’annonce, il faudrait aller plus loin, estiment les assiciations. Tout d’abord en renonçant à un bouclier tarifaire homogène, en faisant en sorte qu’il aide les ménages les plus fragiles. « Si vous gagnez 5.000 euros, + 15 %, c’est absorbable. Mais pour les ménages les plus pauvres, 15 %, ça ne passera pas », souligne Christophe Robert.

Augmenter les APL, une autre solution

Autre demande : augmenter l’aide personnalisée au logement (APL) de 10 % pour les ménages les plus modestes, avec un doublement du forfait charges. Sachant qu’elles ont été revalorisées de 3,5 % en juillet dernier. Mais ce n’est pas suffisant, estime Christophe Robert : « Il faut aussi augmenter le montant du chèque énergie, qui varie aujourd’hui entre 48 et 277 euros annuels. Il faut aller jusqu’à 800 euros pour les plus pauvres ». En 2022, 5,8 millions de ménages l’ont reçu. Mais seulement 81 % des bénéficiaires l’ont utilisé, ce qui implique de lutter contre le non-recours.

Les associations appellent enfin à stopper les coupures d’électricité cet hiver. Si EDF a déjà pris cet engagement en mars dernier, la Fondation souhaite que tous les opérateurs lui emboîtent le pas. Et que le gouvernement intensifie sa lutte pour la rénovation des passoires thermiques en faisant en sorte qu’il y ait un reste à charge zéro pour les plus précaires.