Pourquoi la microalgue dinophysis, qui rend les coquillages toxiques, n’a pas fini de nuire

Illustration de coquillage — Joel Saget AFP
  • Le réchauffement climatique n’empêchera pas dinophysis, toxique pour l’homme, de continuer de proliférer, dans les cent prochaines années.
  • Elle pourrait même faire davantage de dégâts en raison de son caractère imprévisible et des risques découverts pour les huîtres et les poissons.

A chaque fin de printemps ou presque, c’est la même chose. Pendant plusieurs jours, voire semaines, la pêche et la consommation de fruits de mer sont régulièrement interdites sur certaines côtes françaises ou européennes. La faute, souvent, à dinophysis, cette microalgue qui s’avère toxique pour les consommateurs de coquillages, provoquant diarrhées et autres risques sanitaires chez l’humain. Dommage pour une famille pourtant bénéfique pour la planète, dans la mesure où les microalgues produisent près de la moitié de l’oxygène sur Terre.

Depuis les années 80, des chercheurs de l’Ifremer se penchent sur ce dinohpysis, invisible à l’œil nu et décrit comme complexe, et alertent les autorités lors des épisodes de proliférations. Ces derniers temps, pour la première fois, le programme européen Coclime a permis d’isoler différentes souches de cette algue nuisible, pour mieux la comprendre. Les biologistes se demandaient notamment si le réchauffement climatique pourrait permettre de s’en débarrasser. Et la réponse, fruit d’ une étude qui vient de paraître, est non : « D’ici à 2100, de nombreuses proliférations de microalgues toxiques se maintiendront dans les eaux littorales européennes », conclut-elle.

Des proliférations imprévisibles

Car la petite bête est coriace : malgré une acidification des océans, en raison des émissions de CO2, et un réchauffement des eaux qui pourrait être de +2,5°C, les différents tests montrent qu’il faudra toujours composer avec elle et des proies dont elle se nourrit. Si les proliférations ne seront pas forcément plus importantes, leurs conséquences seront peut-être encore plus dommageables, en raison de leur caractère imprévisible.

« Les tempêtes et tous ces épisodes climatiques extrêmes que nous connaissons pourraient perturber les efflorescences, avance Philipp Hess, chercheur en chimie et spécialiste des phycotoxines à l’Ifremer de Nantes. Si elles arrivent plus tôt ou plus tard, elles perturberont encore davantage l’activité économique, notamment des conchyliculteurs. Ces derniers sont obligés de plancher sur les solutions, comme les bassins à terre. » On parle aussi de détoxification des fruits de mer, mais la faisabilité interroge dans la mesure où les coquillages s’épurent en général d’eux-même, en quelques semaines.

Les potentiels dégâts ne s’arrêteront peut-être pas là puisque l’étude a également démontré que dinophysis n’était pas que toxique pour l’homme. Les huîtres et les poissons en seraient eux aussi victimes. « Nous avons montré en laboratoire que l’une de ses toxines altère non seulement les gamètes des huîtres, affectant leur taux de fécondation, mais aussi les branchies des poissons comme les vairons d’estuaire, observe Philipp Hess. Maintenant que ce lien est établi, nous allons pouvoir l’étudier dans le détail, même si pour le moment, nous ne pensons pas que les effets soient déjà très forts. »

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