Pourquoi la mairie de Paris soutient-elle le Dry January ?

C’est un renfort de poids qui apporte le sourire à Bernard Basset. Le président de l’Association Addictions France​ (AAF) se félicite de l’implication de Paris à la campagne du Dry January ou Défi de Janvier dans sa version française. « C’est un symbole, c’est la capitale », commente-t-il.

Pour ceux qui en sont encore à compter le nombre de bouteilles éclusées le soir de la Saint-Sylvestre, petit rappel sur le Dry January. A l’origine, c’est une démarche britannique transposée en France par un collectif d’associations. « Le Défi de Janvier n’est ni normatif, ni moralisateur, rassure Bernard Basset, membre du collectif. On essaie de ne pas boire pendant un mois pour voir si on en est capable. Et ainsi se rendre compte de la place que l’alcool prend dans notre vie sociale. »

Des messages sur les panneaux lumineux

Et c’est à cette initiative que s’est associée la ville de Paris avec d’autres métropoles comme Grenoble, Lyon, Nantes ou encore Brest, très en pointe sur le sujet avec son défi brestois lancé en 1984. « Cela s’inscrit dans la politique de réduction des risques menée par la ville de Paris, explique Anne Souyris, adjointe à la Santé. Et ce n’est pas du luxe dans notre pays, qui reste un gros consommateur d’alcool, et où ce dernier tue 40.000 personnes par an. »

Pour cette première campagne d’incitation à un mois de janvier sobre, la municipalité a réservé un encart au Défi de Janvier sur son site, va diffuser des messages sur les panneaux de la ville de Paris, ainsi que sur les réseaux sociaux, et souhaite « inciter les bistrotiers à mettre sur la table une bouteille d’eau gratuite pour favoriser l’alternative à l’alcool », complète Anne Souyris. Et si la consommation quotidienne d’alcool est plutôt faible en Ile-de-France, comparativement aux autres régions métropolitaines, l’adjointe rappelle qu’à Paris, le lever de coude se porte bien avec la présence de nombreux événements festifs et une forte attractivité touristique (du moins si le Covid-19 le permet).

L’Etat aux abonnés absents

Enfin, ce soutien de la ville de Paris permet, en creux, de souligner l’étrange absence de l’Etat. « Le défi de janvier n’est malheureusement pas soutenu par les pouvoirs publics », se désole Bernard Basset. L’élu écologiste se souvient : « A l’automne 2019, Santé publique France avait lancé une mobilisation pour soutenir le Dry January. On était hyper partants puis ça a été annulé en novembre par Macron, sous la pression du lobby alcoolier qui craignait une catastrophe économique. » Pour Anne Souyris, cette « alliance des villes » peut d’ailleurs inciter l’Etat à bouger sur la question.

En attendant que Macron mette le gouvernement à l’eau minérale, Anne Souyris entame son troisième Défi de Janvier. « En 2019, je me suis demandé si j’allais le faire avec l’abandon de la campagne par SPF, raconte-t-elle. En plus, ce n’est pas très facile au départ car avec les fêtes, on est sur une lancée alcoolisée et en fait, c’est vachement bien. » Elle a même créé un groupe WhatsApp pour se soutenir entre abstinents. « On voit qu’on peut faire la fête sans alcool, résume-t-elle. Je bois moins souvent et de manière moins automatique. » L’adjointe à la Santé réfléchit même à des vœux sans alcool, moins chers et plus raccords avec la politique de prévention de la mairie. Mais ce ne sera de toute façon pas cette année. Foutu Covid.