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Pourquoi d’immenses cargos ne disparaissent-ils pas des mers durant le Nouvel an lunaire ?

Ce mardi 17 février, un peu plus de 1,4 milliard de Chinois et Chinoises lanceront une période de célébration qui durera deux semaines. En janvier 2025, 1,8 million de conteneurs avaient quitté l’Asie pour rejoindre l’Europe, tandis qu’en février de la même année, ce chiffre était tombé à 1,1 million.

La Chine s’apprête à célébrer. Ce mardi 17 février, plus de 1,4 milliard de Chinois et Chinoises entameront une période de festivités qui s’étendra sur deux semaines. Cette période, qui débute chaque année avec la Fête du printemps et se termine par la célébration des lanternes, constitue une véritable pause dans la frénésie du premier pays manufacturier du monde. La tradition veut que la quasi-totalité des nombreuses usines du pays soit à l’arrêt, permettant aux ouvriers, souvent résidant loin de leur lieu de travail, de retrouver leur famille. Ce phénomène ne se limite pas à la Chine.

Dans l’ensemble de l’Asie du Sud-Est, les habitants fêtent le Nouvel an lunaire et cessent le travail. Les conséquences se font sentir à l’échelle mondiale, fortement dépendante des produits « made in Asia ». Cependant, un endroit illustre particulièrement cette situation. Sur les mers et océans, certains cargos disparaissent pendant plusieurs semaines. Explications, à l’aube de l’entrée dans l’année du « cheval de feu ».

Une chute du trafic de 60 % !

Les usines cessent toute activité. Les ports connaissent également un arrêt. Où vont donc les navires ? Ils restent portés à l’ancre, font des voyages allégés ou tentent de se diriger vers des destinations toujours en activité. Ainsi, le Nouvel an lunaire ne vide pas l’océan de tous les bateaux chargés de livrer vos téléphones, vêtements ou autres produits fournis par la Chine, mais il peut retirer une part importante du trafic. « Le pays est littéralement à l’arrêt, car les ouvriers rentrent chez eux », raconte Frédéric Mercier. À la tête de la société de transport Mathez Freight, le Français est familier avec cette période creuse, une sorte de pause dans le flux logistique mondial incessant. « Les vrais professionnels du secteur le savent et anticipent. C’est pourquoi on observe une peak season avant chaque Nouvel an. Les entreprises se pressent pour recevoir ou expédier leurs marchandises avant que tout ne s’arrête. » Cela ressemble un peu à Noël en Europe.

Évaluer ce phénomène semblerait compliqué. Malgré nos recherches, aucune étude ne permet d’évaluer l’impact de ces vacances sur le trafic maritime mondial. Aucune publication française non plus. Le directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime (Isemar) a néanmoins été d’une aide précieuse. En consultant les données du Container Trades Statistics (CTS), une référence dans le domaine maritime, Paul Tourret a réussi à chiffrer ce phénomène. En janvier 2025, 1,8 million de conteneurs ont quitté l’Asie pour l’Europe. En février de la même année, ce chiffre est tombé à 1,1 million, marquant une baisse soudaine de 60 % du trafic, avant de remonter en mars 2025 à 1,6 million. « Et la tendance est similaire vers les États-Unis. Cela signifie que l’impact est considérable », assure Paul Tourret.

Des embouteillages monstrueux peuvent se produire pendant le Nouvel an lunaire. Ici dans la ville de Haikou en 2018.
Des embouteillages monstrueux peuvent se produire pendant le Nouvel an lunaire. Ici dans la ville de Haikou en 2018. - Gao Lin/Imaginechina

Selon le directeur de l’Isemar, le ralentissement se produit en trois étapes. « D’abord, il y a un fort ralentissement de la production, ensuite un freinage de la logistique et enfin un impact sur le trafic maritime. On vide les océans d’une partie des bateaux. C’est quasiment un effondrement. » Sur son site, le géant Alibaba avertit les acheteurs que les perturbations commencent « dix à quinze jours avant le Nouvel an » et peuvent s’étendre « jusqu’à deux semaines » après cette période festive.

Avant, « on monte les stocks »

Avant cet arrêt, les Européens font tout pour anticiper cette cessation d’activité et maximiser leur carnet de commandes. « En général, nous augmentons les stocks pour ce faire. Le trafic est accéléré avant et après. Et durant cette période, nous assistons à des blank sailings, c’est-à-dire que certaines rotations maritimes sont annulées. Cette situation ne concerne pas uniquement le maritime. Le Nouvel an lunaire a aussi un impact sur le fret aérien et ferroviaire. On ne peut pas tout arrêter, mais on peut le réduire », affirme Frédéric Mercier, de Mathez Freight.

Alors que la mer va connaître un peu de tranquillité, il faut s’attendre à une forte activité ailleurs. Notamment sur les routes, où près de dix milliards de trajets sont prévus en quarante jours pour ce que l’on appelle « le plus grand mouvement humain au monde ». Des embouteillages considérables marqueront également ces festivités.