France

Pourquoi apprendre aux enfants à nommer leurs parties intimes est crucial

D’après la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfant (CIIVISE), au moins 160.000 enfants subissent des violences sexuelles chaque année en France. En 2024, le livre de référence « C’est MON corps ! » de Mai Lan Chapiron explique aux jeunes lecteurs que « Tes parties intimes sont à toi et à toi seul·e ».


Dès leur plus jeune âge, les enfants apprennent à identifier et à nommer chaque partie de leur corps, du nez aux orteils, des oreilles aux parties intimes. Cet apprentissage quotidien est essentiel et « permet à l’enfant de se construire une représentation globale de son corps », explique à *20 Minutes* Fanta Sissoko, conseillère conjugale et familiale à Paris, en collaboration avec des associations, des institutions et des établissements scolaires.

« Connaître son corps » et « comprendre ce qu’est l’intimité » font d’ailleurs partie des objectifs d’apprentissage du Programme d’éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR), qui sera enseigné dès l’école maternelle et entrera en vigueur en 2025.

Cependant, toutes les parties du corps ne sont pas traitées de la même manière. Si l’on utilise naturellement les termes anatomiques pour désigner les mains ou les jambes, on préfère souvent des surnoms enfantins pour les organes sexuels, tels que « zizi », « kiki », « zézette » ou « minette ». Or, bien que l’apprentissage du corps soit crucial, le fait de le nommer correctement avec des termes précis est également important.

Lors de ses interventions dans le cadre de l’EVAR, Fanta Sissoko privilégie les termes anatomiques, jugés plus « neutres ». « Kiki ou zizi, ça peut compliquer la compréhension chez certains alors que si on parle de pénis, de vulve ou de vagin, c’est très clair et ça permet aussi à l’enfant d’être à l’aise avec ce vocabulaire », estime-t-elle.

Pour Daniel Delanoë, psychiatre, psychothérapeute et anthropologue, apprendre aux enfants les termes exacts de leurs organes sexuels est primordial, car cela leur « permet d’en être propriétaire, de se les approprier. Si on ne leur dit pas le nom de ces parties de leur corps, c’est en quelque sorte une manière de les en priver ».

Connaître son corps est également une façon d’apprendre à protéger son intimité. Dans *C’est MON corps !*, un livre de référence sur le sujet destiné aux jeunes lecteurs et à leurs parents, publié en 2024 aux éditions de La Martinière, l’autrice Mai Lan Chapiron explique dès les premières pages ce que sont les parties intimes. « Tes parties intimes sont à toi et à toi seul·e », écrit-elle, développant par la suite pourquoi personne n’a le droit d’y toucher ainsi que la notion de consentement.

« Pour signifier un interdit, il faut dire à l’enfant qu’on n’a pas le droit de le toucher sur ces parties du corps et c’est très important qu’elles soient bien nommées », souligne le psychiatre Daniel Delanoë. Il ajoute : « C’est considérer l’enfant comme un interlocuteur responsable, même s’il a 3, 5, 10 ans… Comme une personne qui sait ce qu’est son corps et ce qu’on peut lui faire ou pas. Ça fait partie du respect de l’enfant et c’est une façon de le protéger ».

Chaque année, au moins 160.000 enfants subissent des violences sexuelles, comme l’a révélé la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants (CIIVISE) en 2023. Un enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle toutes les trois minutes et près de 40 % des violences sexuelles avant 18 ans surviennent avant l’âge de 11 ans. Apprendre aux plus jeunes à identifier leurs parties intimes peut aussi les aider à signaler des violences.

« Quand l’enfant subit une agression comme ça, il ne comprend pas. Il ne trouve pas de sens à ce qui lui arrive. Avoir un certain vocabulaire peut lui permettre de penser ce qui se passe », explique Fanta Sissoko, dont une partie du travail est consacrée à la prévention des agressions sexuelles.

« Lorsque l’enfant est agressé sur ces parties du corps, il est essentiel qu’il puisse nommer et décrire l’agression avec des termes précis », souligne le psychiatre Daniel Delanoë. « Quand ces mots sont utilisés, il sait à quoi ça correspond vraiment. »

Il est également crucial d’accueillir et de respecter la parole de l’enfant, mais celle-ci est souvent inaudible aux oreilles des adultes. Lui apprendre à identifier son corps avec des termes exacts peut lui fournir un outil pour que sa parole soit plus précise, mieux entendue, et renforcer sa confiance en lui.

« Si on s’est déjà adressé à lui en tant que personne, l’enfant va penser que sa parole aura plus de poids. Il ne sera pas infantilisé si on lui dit les bons mots. Or, si on est infantilisé, on est moins crédible », observe le psychothérapeute.

C’est donc également une manière de lui faire comprendre que sa parole compte. « Lors des interventions EVAR, nous abordons aussi le fait que les enfants, s’ils se trouvent face à des situations qui les questionnent, peuvent toujours en parler à un adulte. Qu’ils sachent qu’il y a des adultes qui sont là pour les aider et prêts à les écouter. Ça fait la différence », conclut Fanta Sissoko.