Pour Ariel Wengroff (Ledger), « le Web3 et la crypto sont faits pour les opprimés »

En 2016, Ariel Wengroff produisait avec l’essayiste américaine Gloria Steinem Woman, une série documentaire sur les violences faites aux femmes qui lui valait de devenir la plus jeune productrice nommée aux Emmy Awards. Six ans plus tard, la voici VP communication chez Ledger, en charge d’écrire l’histoire de ce champion français du Web 3. Avec un même leitmotiv, mettre l’empouvoirement au centre du récit.

Vous étiez l’une des productrices américaines très en vue et vous avez quitté les médias pour rejoindre Ledger. Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le pas ?

Quand je travaillais dans les médias, j’ai vu l’émergence de ce qu’on appelle l’économie des créateurs. Et il m’a semblé très clair que le Web 2 n’offrait pas l’infrastructure nécessaire pour permettre à ces créateurs de tirer plein profit de leurs contenus. Le Web 3 est l’avenir de cette économie. La blockchain a la capacité de récompenser les communautés pour leur participation. Et participer à la construction de l’écosystème alors qu’il est encore balbutiant, c’était très stimulant pour moi.

Le Web 3 peut aider les créateurs, les influenceurs et sans doute beaucoup d’autres communautés plutôt favorisées… Mais peut-il réussir à inclure ceux que les Web 1 et 2.0 ont laissé de côté ?

La crypto et le Web 3 sont faits pour les opprimés. Les voix les plus fortes sont peut-être, aujourd’hui, celles des gens qui ont plus de ressources, mais la vérité, c’est que beaucoup d’utilisateurs de cryptomonnaies n’avaient jamais eu leur chance jusque-là dans le système financier actuel. Simplement parce qu’il est conçu contre eux. D’où l’importance de dire à chacun qu’on a, a minima, le choix de participer au Web 3, la possibilité de s’intéresser aux cryptos. L’objectif, c’est de sentir que, quel que soit son âge ou son niveau d’aptitude, on a sa place dans cet univers.

Un web plus accessible, cela passe par quoi ?

Par deux points importants. D’abord nous devons continuer à créer des produits accessibles et faciles à utiliser. Et chez Ledger, nous travaillons sur ce sujet, notamment pour faire en sorte que, en fonction de vos capacités physiques, vous puissiez toujours voir nos écrans ou utiliser nos boutons. Le second point, c’est l’éducation et particulièrement l’éducation gratuite. C’est pourquoi nous avons développé, par exemple, notre Ledger Academy, qui est une excellente ressource éducative. Mais nous avons également conclu un partenariat avec The Sandbox, ici à Paris, où nous avons créé un jeu (School of Block). A travers lui, nous avons délivré près de 100.000 certifications en moins de deux mois, ce qui signifie que 100.000 personnes de plus ont compris comment participer au Web 3 et rester en sécurité.

L’univers crypto reste majoritairement masculin. Comment peut-on faire en sorte de rééquilibrer la situation ?

Une des raisons pour lesquelles je pense que Web 3 est si important, c’est qu’il peut corriger des situations qui posent problème depuis des générations, à commencer par l’écart de rémunération. Le Web 3 est par exemple en train de supprimer la barrière que la plupart des femmes ont connue, qui les maintenait éloignées des questions financières… Parce que la finance est intrinsèquement intégrée au Web 3, si vous participez à cet univers, vous franchissez en quelque sorte directement cette barrière. Il est difficile de voir comment les choses vont évoluer mais je trouve qu’il y a une plus grande inclusion dans le Web 3. Et, en un sens, c’est normal parce qu’on ne va pas refaire le chemin qu’on a parcouru au cours des 10, 20, 30 dernières années. Nous avons établi une nouvelle base, et c’est sur elle que nous construisons la suite…