Portugal-France : Est-ce qu’il ne serait pas temps de battre le Portugal, quand même ?

Ronaldo face à Kanté, Pogba et Pavard lors de France-Portugal au Stade de France, le 11 octobre 2020. — Thibault Camus/AP/SIPA

  • L’équipe de France affronte le Portugal, samedi soir, dans un match décisif pour la première place du groupe de Ligue des Nations. 
  • Au-delà de ça, il serait bien de gagner face à une sélection qui ne réussit pas aux Bleus ces derniers temps et qui se trouvera dans le même groupe que la France à l’Euro. 
  • Une vraie rivalité est peut-être en train de naître entre les deux nations. 

On a mis un jour à s’en remettre, mais maintenant ça y est. La bouillie des Bleus face à la Finlande est derrière et il est temps de s’intéresser au vrai match qui compte cette semaine, à savoir celui face au Portugal. Samedi à Lisbonne, l’équipe de France va disputer la rencontre la plus importante de son année 2020 (satané Covid…). En jeu, la première place du groupe dans cette Ligue des Nations, qui permet d’accéder aux demi-finales de la compétition.

Toujours bon à prendre, pour le prestige et l’idée que l’on se fait d’une nation championne du monde, mais le principal ne se situe pas tout à fait là. Enfin selon nous. Il serait aussi et surtout grand temps de battre à nouveau le Portugal, non ? Parce qu’on voit venir d’ici le petit complexe si ça devait encore mal se passer et qu’on n’a pas du tout envie de ça, alors que Ronaldo et ses potes se trouveront encore sur la route des Bleus à l’Euro l’été prochain.

Ce n’est pas palpable, mais on ne peut s’empêcher de penser que le vent a peut-être tourné lors de la finale de l’Euro 2016. Cela faisait 41 ans que l’équipe de France gagnait contre la Seleção, et cette défaite, en finale, à la maison, avec Ronaldo sur le flanc et après avoir touché le poteau, reste un crève-cœur que le sacre mondial en Russie n’a pas entièrement guéri. On pensait que si, mais le match nul musclé et frustrant du mois dernier a réveillé quelques souvenirs. Alors ça ne fait que deux matchs, certes, mais ce serait bien de tuer dans l’œuf ce qui est en train de se dessiner.

On ne parlera pas encore de bête noire, bien sûr. Quoique, le concept ne dépend pas forcément d’un nombre donné de défaites ou de matchs sans victoire. « La bête noire, c’est du ressenti, quelque chose de subjectif, explique Raphaël Homat, préparateur mental de joueurs de Ligue 1 et qui s’est intéressé à la question. Le joueur ou l’équipe va tisser un lien entre un, deux ou trois événements qui se sont passés et faire une projection sur l’avenir. »

Le petit concours de production de jeunes talents

Battre le Portugal chez lui, ce serait exorciser ce qu’il reste de l’Euro, même inconsciemment, et se remettre à l’endroit en vue de l’Euro. « Forcément, si tu gagnes, tu envoies un message. Et ça permet de ne pas laisser s’installer un potentiel ascendant psychologique », ajoute Homat. La rivalité entre les deux nations n’a jamais semblé aussi forte. Les Portugais, également vainqueurs de la première édition de la Ligue des nations en 2019, sont dans une période faste de leur histoire. Et il y a ce petit concours de production de jeunes talents, aussi. Avec João Felix, Diogo Jota, Bernardo Silva, Bruno Fernandes ou Rúben Dias, les Portugais sont armés pour les années à venir.

« On a beaucoup de respect pour cette grande nation du foot, a rappelé Hugo Lloris vendredi soir en conférence de presse. Il y a une nouvelle génération talentueuse qui arrive, qui donne de l’énergie et de l’ambition à cette équipe. On sent une équipe forte, sûre d’elle, c’est un bon mélange avec l’expérience des anciens et des jeunes talents qui explosent partout en Europe. »

Complexe d’infériorité et maux de tête

Il y a grosse concurrence, en effet, sur le label « exportateur officiel de talents », longtemps propriété de la France. « Le potentiel de cette équipe est de très haut niveau », observe Didier Deschamps. Les deux pays se regardent aujourd’hui dans les yeux, même si c’est sûrement notre point de vue nombriliste qui nous fait penser que ça n’était pas le cas avant. « Je ne suis pas d’accord avec l’idée d’un complexe d’infériorité passé du Portugal vis-à-vis de la France, nous assure l’ancien défenseur de Porto et de la sélection Jorge Costa. Ça a toujours été des gros matchs avec d’excellents joueurs des deux côtés. »

Certes, mais avant ça tournait pour les Bleus. La demi-finale de l’Euro 1984, au scénario incroyable (3-2 après prolongations) fait partie de notre patrimoine national, au moins autant que celle de 2000 avec la main d’Abel Xavier et le penalty de Zidane. Du leur aussi, mais pas pour les mêmes raisons. « Quand on me parle de France-Portugal, je devrais penser à la victoire en 2016 comme tout Portugais. Mais en tant que joueur qui a participé à ce match, je ne peux pas m’empêcher de songer à celui de l’Euro 2000, reprend Jorge Costa. Aujourd’hui encore j’en ai des maux de tête rien que d’y penser. »

Ces maux que l’on ressasse, c’est justement ce qu’il faut éviter avant d’affronter un adversaire. « Le danger, c’est se faire une sorte de scénario préalable, explique Raphaël Homat. Quand on joue contre quelqu’un ou une équipe qui ne nous réussit pas, on s’attend à ce qu’à un moment il arrive quelque chose qui va nous faire perdre. On a des antennes en mode « détection du problème attendu » pour bien valider ce qu’on pensait. Et inconsciemment on ne fait pas l’effort d’aller contre, parce que ça paraît normal. »

Ils auront certainement d’autres considérations en tête, samedi, en entrant sur la pelouse, mais c’est aussi tout ça que devront combattre les Bleus de Didier Deschamps au Stade de la Luz.

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