Pont effondré à Mirepoix-sur-Tarn: En Ile-de-France aussi, des ponts suscitent l’inquiétude

Une partie du pont de Genevilliers, en banlieue parisienne, s’est effondrée en mai 2018. — Jacques Witt / Sipa/SIPA

  • En septembre 2018, le ministère des Transports classait trois ponts franciliens en catégorie 3 car leur « structure est altérée et nécessite des travaux de réparation sans caractère d’urgence ».
  • La principale inquiétude concerne les ponts communaux.
  • L’accélération du vieillissement des ponts est également liée au réchauffement climatique et aux GPS.

Des câbles pendant dans le vide et une large partie de la chaussée immergée dans le Tarn. C’est tout ce qu’il reste, depuis lundi, du pont suspendu de Mirepoix-sur-Tarn, au nord de Toulouse. Si l’enquête n’en est qu’à ses balbutiements, l’effondrement de cette structure, qui a fait au moins deux morts, relance les inquiétudes autour de leur sécurisation. En juillet dernier, une mission d’information du Sénat rendait un rapport alarmant sur l’état du réseau français et appelait à un « Plan Marshall » pour « éviter un drame ». Sur les quelque 200.000 à 250.000 ponts que compte l’hexagone – on ne connaît pas leur nombre exact – plus de 25.000 sont en mauvais état et « posent des problèmes de sécurité ». Si l’étude ne dresse pas un état des lieux région par région, plusieurs ouvrages d’Ile-de-France suscitent l’inquiétude.

Trois ponts franciliens en « catégorie 3 »

En septembre 2018, un premier audit est diligenté en urgence par le ministère des Transports. L’effondrement du viaduc de Gênes, en Italie, qui a fait 43 morts est alors dans toutes les têtes. 164 ponts du réseau national sont inspectés, vingt-trois présentent des signes d’usure, dont une dizaine en région parisienne. Saint-Denis, Meaux, Alfortville ou Choisy-le-Roy… Dans la majorité des cas, ils présentent des défauts mineurs… qui peuvent causer des désagréments majeurs. A l’instar du viaduc de Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, en travaux pendant près d’un an après l’effondrement d’un mur de soutien en mai 2018.

L’audit place surtout trois ouvrages de la région – le viaduc de Saint-Cloud et celui de Guerville sur l’A13 ainsi que le viaduc de Noisy-le-Sec/Bondy sur l’A3 – en catégorie 3 : leur « structure est altérée et nécessite des travaux de réparation sans caractère d’urgence », précise le site du ministère des Transports. Pour l’heure, aucuns travaux n’ont été effectués, selon nos informations.

Une liste loin d’être exhaustive

Mais cette liste est loin d’être exhaustive. D’abord parce qu’elle ne concerne que 164 des quelque 24.000 ponts que compte le réseau national. Surtout parce que les structures gérées par l’État ou cédées à des sociétés autoroutières ne sont pas les plus inquiétantes. En France, 90 % des ponts relèvent des collectivités territoriales : entre 100.000 et 120.000 sont régis par les départements et entre 80.000 et 100.000 par les communes. Ce sont ces derniers qui concentrent l’essentiel des préoccupations.

Selon la mission sénatoriale, 18 à 20 % des ponts communaux – soit environ 16.000 ponts – présentent une structure altérée, voire gravement altérée, contre 7 % pour ceux entretenus par l’État et 8,5 % pour ceux dépendant des départements. Un chiffre d’autant plus inquiétant que de nombreuses communes manquent de moyens pour les rénover. Au mieux, notent les Sénateurs, ces structures sont fermées à la circulation. C’est par exemple le cas des ponts de Guérard et de Tigeaux, en Seine-et-Marne, interdits depuis 2014. Les travaux sont estimés pour chacun d’entre eux à un million d’euros quand le budget annuel de Guérard est de trois millions. Mais de nombreux ponts restent en circulation notamment par méconnaissance du réseau local. Ainsi, notent les Sénateurs, les 3/4 des élus affirment ne disposer d’aucune base de données recensant leurs structures.

Une situation qui pourrait encore se dégrader

Le rapport sénatorial souligne qu’une partie de ce patrimoine est en « fin de vie ». On estime aujourd’hui que la durée de vie d’un pont s’établit autour de 70 ans. Or, près de 2.800 ponts du réseau national, soit un quart d’entre eux, ont été construits entre 1950 et 1975. C’est notamment le cas des trois ponts franciliens classés en catégorie 3, construits entre 1966 et 1974. Et la situation pourrait s’accélérer dans les années à venir : selon les Sénateurs, la multiplication d’événements météorologiques exceptionnels liée au réchauffement climatique et la généralisation des GPS qui oriente le trafic et notamment les poids lourds vers des réseaux secondaires accélèrent la détérioration des ponts.

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