Police de sécurité du quotidien: «Quand 25 policiers en plus arrivent dans un quartier, cela change tout»

Christophe Castaner installe ce vendredi deux nouveaux QRR en Seine-Saint-Denis — UGO AMEZ/SIPA

  • Le ministre de l’Intérieur se déplace ce vendredi Seine-Saint-Denis pour installer deux nouveaux quartiers de reconquête républicaine. A cette occasion, Christophe Castaner a accordé une interview exclusive à 20 Minutes.
  • Outre la police de sécurité du quotidien, il évoque la lutte contre l’antisémitisme mais aussi la mobilisation des « gilets jaunes ». 

Le ministre de l’Intérieur se déplace ce vendredi en Seine-Saint-Denis. Christophe Castaner va installer dans la matinée deux nouveaux QRR ( quartiers de reconquête républicaine) : un à Saint-Denis, l’autre à Aubervilliers. Ce dispositif, lancé il y a un an, constitue l’une des mesures phares de la réforme de la police de sécurité du quotidien (PSQ) qui prévoit des renforts dans des quartiers réputés difficiles.

Ainsi, le ministre annonce, dans une interview exclusive accordée à 20 Minutes, qu’une cinquantaine de policiers viendront renforcer les effectifs des commissariats de ces deux villes. Pour 20 Minutes, Christophe Castaner évoque également l’augmentation des actes antisémites en France et revient sur les « gilets jaunes » qui se rassembleront, demain, pour un quinzième samedi.

Vous installez ce vendredi deux nouveaux QRR en Seine-Saint-Denis, à Saint-Denis et Aubervilliers. De quels moyens seront dotés ces quartiers ?

Les QRR (quartiers de reconquête républicaine), c’est plus de policiers ou de gendarmes au contact de la population, dans les quartiers et dans les territoires qui en ont le plus besoin. En 2018, nous avons lancé 15 QRR avec à chaque fois 10 à 30 policiers supplémentaires. En 2019, je vais amplifier cet effort avec 32 nouveaux quartiers, dont ces deux en Seine-Saint-Denis. Très concrètement, celui d’Aubervilliers – qui couvrira les quartiers de la Villette et des Quatre Chemins – verra les effectifs du commissariat renforcé de 25 policiers, dont 20 seront spécifiquement dédiés à la méthode et au quartier du QRR.

Le second, à Saint-Denis, qui couvrira les quartiers nord de la ville, sera renforcé de 28 policiers dont 20 qui seront spécifiquement affectés au QRR. L’objectif, c’est que ces effectifs puissent arriver dès le mois de juin. Je l’ai observé, quand 25 policiers supplémentaires arrivent dans un quartier, cela change tout et cela se voit sur le terrain.

Pourquoi avoir sélectionné ces deux villes ?

Il y a deux critères simples : le premier, c’est le niveau de la délinquance. Les habitants
d’Aubervilliers et de Saint-Denis subissent au quotidien un niveau de délinquance très élevé. Règlements de compte entre trafiquants, des violences entre bandes, des vols à l’arraché, des cambriolages, des trafics de stupéfiants et de cigarettes, notamment dans le secteur des Quatre Chemins où je me rends ce vendredi matin.

Le deuxième critère, qui est nouveau et qui a vraiment conditionné le choix des quartiers, c’est la qualité des partenariats avec les acteurs locaux. Les élus, les associations, les bailleurs sociaux, le monde de la culture, le monde du sport, le monde de la santé avec le département… Pour que les renforts policiers soient efficaces, il faut ce travail en commun, il faut la mobilisation de tous.

Dans les quartiers nord de Saint-Denis, on m’a présenté le réseau de partage d’informations et on m’a dit combien il était efficace. C’est un réseau qui associe la police, le maire adjoint, la maison de quartier, la police municipale. A Aubervilliers, il y a des contacts permanents entre les services de police, les bailleurs, les médiateurs de rue. C’est donc l’ensemble de ces acteurs qui doivent permettre de transformer ces quartiers.

Il y a déjà un QRR à Aulnay et à Sevran. Les résultats escomptés sont-ils là ?

C’est un peu tôt pour faire un bilan complet, les 25 policiers en renfort ne sont arrivés qu’en octobre. Mais d’ores et déjà les premiers résultats sont là et la présence sur le terrain est renforcée. Par exemple une brigade territoriale de contact a été mise en place. Depuis octobre, elle a procédé à l’interpellation de 142 individus pour détention ou trafic de stupéfiants.

Cette action a été accompagnée par un plan de développement de la vidéosurveillance portée par les deux communes. Dans le même esprit, des opérations ont été menées pour sécuriser les halls d’immeubles, lutter contre les trafics et renforcer la sécurité dans les transports. Ces actions-là commencent à porter leurs fruits.

De manière générale, quel bilan tirez-vous de la PSQ lancée il y a un an ?

La PSQ, c’est une vision de ce que doit être le travail de la police. Et ce sont ensuite des moyens pour la mettre en œuvre. C’est d’abord l’idée que la place des policiers est sur le terrain, au contact de la population et pas derrière un bureau. Je veux plus de terrain, moins de paperasse. Le projet de loi de programmation pour la Justice, qui vient d’être adopté par le Parlement, va nous y aider, en simplifiant et en dématérialisant la procédure pénale. Ensuite, l’objectif c’est de faire du sur-mesure car chaque territoire a ses spécificités. Enfin, c’est une volonté de reconquête républicaine de ces territoires qui sont gangrenés par la délinquance, les trafics… Dans ces quartiers, la République a reculé.

L’objectif est de lutter contre l’insécurité réelle mais aussi l’insécurité ressentie. »

C’est encore trop tôt pour dire si cela fonctionne. Mais quand je regarde les statistiques, j’observe une baisse significative de tous les vols : -10 % sur les vols à main armée, -6,7 % sur les vols violents sans arme, -6 % sur les cambriolages. En Seine-Saint-Denis, les atteintes aux biens baissent de 6,5 %, et sur la circonscription de Saint-Denis, c’est une baisse de 12,8 %. Mais, soyons honnêtes, ce n’est que le début et il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, dans ce département en particulier.

Les actes antisémites ont augmenté de 74 %. Quelle doit être la réponse de l’Etat ?

D’abord, il y a une force dans l’émotion, dans le rassemblement, dans la condamnation. Il ne faut pas négliger cela. A cet égard, le rassemblement place de la République à Paris était important. Il y a les chiffres de 2018 mais ces derniers jours aussi, il y a eu des actes insupportables : les arbres plantés en mémoire d’Ilan Halimi qui ont été sectionnés à Sainte-Geneviève-des Bois, la vitrine de la boutique Bagelstein taguée, le portrait de Simone Veil barré de croix gammées, les insultes et les menaces proférées à l’encontre d’Alain Finkielkraut, la profanation du cimetière juif de Quatzenheim (Bas-Rhin)… C’est insupportable, ça doit cesser. Il n’y a pas de place en France
pour l’antisémitisme et les antisémites.

Mais il faut aller plus loin et le président de la République a annoncé mercredi soir des mesures fortes et concrètes. Il a évoqué une proposition de loi qui sera présentée en mai pour lutter contre la haine sur Internet et un audit de tous les établissements scolaires marqués par le phénomène de déscolarisation des enfants de confession juive. Mon ministère va s’engager aussi pour la dissolution de certaines associations qui ont des comportements scandaleux. C’est toute une batterie d’actions qui doit nous permettre de conforter des plans qui sont déjà opérationnels. Ces actes doivent être punis.

Samedi, les « gilets jaunes » se mobilisent pour un quinzième week-end. Les syndicats de policiers évoquent régulièrement la fatigue des effectifs pris à partie par les casseurs. Si les manifestations perdurent, les forces de l’ordre pourront-elles tenir le coup ?

Aujourd’hui, on ne sait plus vraiment pourquoi il y a des manifestations. C’est devenu un rituel. J’avais en tête que les manifestations portaient une base de revendications. Mais là non, on manifeste et on alimente la casse et la violence. Nos forces de l’ordre sont prises à partie mais elles tiendront. Elles sont endurantes et seront là autant de temps qu’il faudra pour maintenir l’ordre.

Ces hommes et ces femmes savent qu’ils incarnent la permanence de l’Etat, la force de la République. »

C’est d’ailleurs pour ça qu’ils sont pris pour cible par les ultras et tous ceux qui rêvent de faire vaciller notre démocratie. J’ai confiance en eux, je sais qu’ils seront là. Mon devoir, de façon très modeste, est d’être tous les samedis – et tous les jours – à leurs côtés et cela en toutes circonstances.

Certains « gilets jaunes » dénoncent des violences policières commises durant les manifestations. Faut-il revoir la doctrine d’emploi du maintien de l’ordre ?

S’il faut revoir le maintien de l’ordre, c’est pour répondre à la violence nouvelle des manifestants. Si les policiers et les gendarmes ont dû faire usage de la force, c’est parce qu’ils sont confrontés, samedi après samedi, à des individus et des groupes extrêmement violents présents dans les cortèges de « gilets jaunes ». Ils sont là pour attaquer les forces de l’ordre, prendre d’assaut des lieux publics et des institutions, brûler des voitures, piller des commerces. C’est ça la réalité.

Donc nous devons faire évoluer nos techniques de maintien de l’ordre et nous avons commencé à le faire avec un objectif simple : mieux protéger les manifestants pacifiques, mais aussi les riverains, les commerçants et donner aux forces de l’ordre les moyens de se défendre et d’interpeller les auteurs des violences. Nous préparons le schéma national du maintien de l’ordre public que m’a demandé le Premier ministre. La menace terroriste est toujours très importante.

D’ici la fin de l’année, près de 35 individus radicalisés, incarcérés, devraient sortir de prison. Il y a aussi ceux qui rentrent de Syrie. Les agents des services de renseignements sont-ils assez nombreux pour tous les suivre ?

Si ces personnes sortent de prison, c’est parce qu’elles ont purgé leur peine. Effectivement, elles doivent être prises en compte. Nous sommes préparés et nous savons faire. Vingt détenus condamnés dans des affaires de terrorisme et ayant purgé leur peine ont été libérés en 2018 et aujourd’hui, nous avons un dispositif efficace. En amont de chaque libération, des contacts sont établis entre les services du renseignement pénitentiaire et les services du ministère de l’Intérieur.

Chaque fois que nous sommes confrontés à des ressortissants étrangers, nous mettons en œuvre des procédures d’expulsions préparées avant la sortie de la détention pour les organiser au plus tôt. Ceux qui ne sont pas expulsables sont systématiquement pris en compte par les services, avec un suivi adapté, au cas par cas, en fonction du profil des individus.

Quant à ceux partis sur des théâtres de combat à l’étranger faire le djihad, s’ils revenaient en France, nous les connaissons, nous le saurons. La position française n’a pas changé : ils doivent d’abord faire face aux conséquences de leurs actes là où ils les ont commis. Mais s’ils reviennent sur notre territoire, ils seront systématiquement, dès leur retour, interpellés et mis à disposition de la justice.

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