Polémique au Conseil régional : Contrairement à ce que dit l’élu RN, l’accompagnatrice avait le droit de porter le voile

Marie-Guite Dufay, ici en janvier 2016, a protesté énergiquement contre les propos de l’élu RN. — JEFF PACHOUD / AFP

  • Julien Odoul a déclenché une polémique en demandant à une femme présente dans une réunion publique de retirer son voile.
  • L’élu RN n’a pas vraiment été soutenu par les cadres du parti.
  • La loi n’oblige d’ailleurs pas les accompagnants scolaires à respecter la neutralité religieuse imposée aux enseignants.

Un débat en plein débat. Un membre du Rassemblement national a déclenché une polémique en postant la vidéo d’un incident survenu vendredi au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. On y voit cet élu RN, Julien Odoul, prendre à partie une femme qui accompagnait un groupe scolaire, demandant qu’elle retire son voile. Plusieurs membres du gouvernement ont condamné ce week-end les propos tenus par Julien Odoul. L’intéressé a affirmé lundi sur Europe 1 n’avoir « aucun regret » face à ce qu’il considère comme « une provocation communautariste ». 20 Minutes revient sur cette controverse.

Que s’est-il passé vendredi ?

Dans cette vidéo mise en ligne par Julien Odoul, on le voit s’adresser à la présidente socialiste de la région, Marie-Guite Dufay, pour demander à ce qu’une accompagnatrice d’un groupe d’enfants venu de Belfort, pour assister à l’assemblée plénière, retire son voile. « Madame a tout le loisir de garder son voile chez elle, dans la rue, mais pas ici, pas aujourd’hui », lance le président du groupe RN à la région, déclenchant la colère de nombreux élus. Après le refus de Marie-Guite Dufay, les élus RN ont quitté la salle, avant de dénoncer dans un communiqué une « provocation islamiste ».

Les propos de Julien Odoul dans la vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux, ont été critiqués par de nombreuses responsabilités politiques et plusieurs membres du gouvernement.

L’élu RN a-t-il raison de dire que le voile ne doit pas être porté au sein du conseil régional ?

« Nous sommes dans un bâtiment public », a justifié Julien Odoul vendredi, invoquant les « principes laïcs », « la loi de la République » ou encore le règlement du Conseil régional pour justifier sa demande de retrait du voile. La présidente PS a répondu que ni le règlement, ni la loi, n’interdisaient le port du voile au sein de l’hémicycle.

« Julien Odoul se trompe parce que le principe de laïcité de la République n’est pas pour les citoyens ni pour les parents accompagnateurs, car ils n’exercent pas une mission de service public, assure à 20 Minutes Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, commission consultative du gouvernement. Au contraire, la laïcité leur permet d’exercer leur culte comme ils l’entendent. Elle garantit la liberté de montrer des signes religieux dès lors qu’on ne trouble pas le bon fonctionnement d’un service public ».

Une circulaire de mars 2012 demandait aux accompagnateurs de sorties scolaires de ne pas porter de signes religieux ostentatoires. Mais une étude du Conseil d’Etat de décembre 2013 , faisant autorité, relève que les accompagnants ne peuvent être considérés comme des agents auxiliaires du service public et ne sont donc pas soumis à la neutralité religieuse imposée aux enseignants.

Le RN a-t-il soutenu Julien Odoul ?

Pas vraiment. Nicolas Bay a pris ses distances dimanche avec la « maladresse d’un jeune élu régional » et des « propos malvenus ». « Je n’aurais pas fait comme cela », a ajouté le député européen et membre de la direction du RN. Le vice-président du parti, Jordan Bardella, a pour sa part déclaré sur LCI dimanche qu’il ne « partageait pas la méthode » de « prendre à partie les gens », mais « qu’il y a un véritable sujet de fond derrière, qui est celui des revendications communautaristes ».

Jean Messhia, membre du Bureau National du parti, a lui soutenu l’élu RN. « Monsieur Odoul n’a pas attaqué cette femme […] Notre combat est institutionnel. Un pays ne se résume pas à sa loi », a-t-il déclaré sur LCI. Contactés par 20 Minutes, plusieurs responsables du mouvement n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Que va-t-il se passer ?

Marie-Guite Dufay a indiqué dans un communiqué avoir « décidé de faire un signalement au procureur de la République », disant se « réserver le droit de porter plainte ». L’élue socialiste assure qu’elle rencontrera la mère de famille prise à partie et les enseignants « en début de semaine », « sans élus et sans presse ». « C’est à elles et elles seules de décider des suites à donner, les concernant, notamment sur le plan judiciaire », précise-t-elle.

Cette polémique a également entraîné un énième débat sur le port du voile au niveau national, provoquant des dissenssions au sein même du gouvernement. Par ailleurs, le député LR Eric Ciotti a indiqué sur LCI qu’il allait « à nouveau déposer » ce lundi une proposition de loi pour « interdire » le port du voile lors des sorties scolaires. La semaine prochaine, le Sénat devrait aussi s’emparer du sujet, avec l’examen en commission d’un texte LR « tendant à assurer la neutralité religieuse des personnes concourant au service public de l’éducation ».

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