Poitiers: Comment la ville est devenue la capitale française de l’e-sport

Illustration e-sport. — Thomas Samson/AFP

  • Cette rencontre de gamers est la plus grosse réunion en France.
  • L’événement est né en 2000, dans la banlieue de Poitiers, et ne réunissait alors qu’une centaine de joueurs.
  • Au fil des ans, tout un écosystème s’est créé autour de cette filière dans l’agglomération.

Depuis quelques années, la folle croissance de l’esport attire toutes les convoitises. En France, une ville a pris de l’avance sur tout le monde : Poitiers, devenue avec le temps une place incontournable de ce secteur en pleine expansion.

Pour les geeks, c’est un peu là que tout a commencé, et désormais, tous les ans lors du week-end de Pâques, la ville accueille la Gamers assembly, l’un des événements les plus emblématiques de l’e-sport en France.

Cette année, pour la 20e édition, 2.500 joueurs s’y sont réunis pour s’affronter sur les jeux vidéo phares du moment : « League of Legends », « Rainbow Six », « Counter Strike » ou bien sûr « Fortnite ». « Pas une seule grande équipe ne rate la Gamers assembly », assure Désiré Koussawo, président d’honneur de FuturoLAN, l’association qui organise l’événement. « C’est un endroit historique pour les gamers ».

« Au début, c’était juste une bande de potes »

L’aventure commence au début des années 2000 quand les premières LAN parties, ces rassemblements d’amateurs de jeux vidéo, commencent à voir le jour. La première réunion dans la région a lieu à Smarves, petite ville à 15 minutes de Poitiers, et réunit une centaine de joueurs.

« Au début, c’était juste une bande de potes », raconte Désiré. « L’idée, c’était juste de se retrouver ensemble, de se partager des fichiers. C’était à la bonne franquette, il y avait des fils électriques partout, c’était vraiment à l’arrache. »

Dès lors, la Gamers assembly n’a cessé de croître. Dès la deuxième année, les organisateurs sont obligés de déménager dans une plus grande salle de spectacle pour accueillir plus de joueurs. En 2003, c’est le Palais des Congrès de Poitiers, et depuis 2014, les participants se retrouvent au Parc des expositions de la ville.

« Se faire repérer par des sponsors »

Des tables à perte de vue sont occupées par des gamers penchés sur leur écran, souris à la main et casque sur les oreilles, venus de toute la France et d’Europe. « C’est la plus grosse rencontre française », assure Roméo Marsalone, alias « Demilk », 19 ans et e-sportif semi-professionnel sur le jeu « Overwatch ». « Une équipe qui gagne ici est très bien vue et peut commencer à se faire repérer par des sponsors », explique-t-il.

L’événement a en fait pris de l’ampleur dans le sillage du développement de l’e-sport, le secteur des compétitions de jeux vidéo. Même s’il est jeune et encore peu visible du grand public, le marché, qui pèse environ un milliard d’euros, progresse de manière fulgurante et attire de plus en plus d’acteurs du sport traditionnel, mais aussi du monde des affaires et des collectivités.

« Un élément d’attractivité économique »

A Poitiers, tout un écosystème s’est créé autour de la discipline. Des start-up éclosent dans la région, des universitaires participent à des recherches sur les jeux vidéo et les maisons de retraite créent leurs propres compétitions.

Même la collectivité du Grand Poitiers joue le jeu en sponsorisant, à hauteur de 10.000 euros par an, une équipe de gamers amateurs, les Orks, au même titre qu’elle parraine par exemple l’équipe locale de volley. « On peut se demander ce que vient faire une collectivité dans le jeu vidéo, mais l’e-sport est un élément d’attractivité économique » pour la région, affirme le maire Alain Claeys (PS).

Le Creps de la ville (Centre de ressources, d’expertise et de performance sportive) est devenu le premier à s’engager dans l’e-sport avec la création d’une formation de coach, à l’image de ce que l’institution propose déjà pour le tennis, l’athlétisme, le basket ou encore le cyclisme. En préparation de la Gamers assembly, le Creps a d’ailleurs reçu sa première équipe d’e-sport pour un stage d’une semaine.

« Poitiers aujourd’hui a une image centrale dans l’e-sport », se félicite Désiré Koussawo. « On a réussi à montrer que ce n’est pas juste un truc de gamins. Cela crée des emplois, génère des événements culturels. Au départ, je n’aurais jamais imaginé ça », reconnaît-il.

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