«Poils, orgasme, masturbation, vulve : avec Sexplora TV, on ne s’interdit aucun sujet»

Sexplora est la première chaîne pédagogique consacrée à la sexualité. — Sexplora

  • Une nouvelle chaîne est disponible depuis ce lundi, et répond au nom de Sexplora, la toute première chaîne pédagogique consacrée au sexe.
  • Cette chaîne est accessible sur abonnement, et propose des programmes thématiques autour de la sexualité.
  • L’objectif : « aborder la sexualité de manière positive, ludique, curieuse et sérieuse à la fois », explique à 20 Minutes Antoine Robin, aux manettes de la programmation de la chaîne.

Le sexe, on peut en « parler cash, sans parler trash ». Voici le credo de Sexplora.tv, première chaîne pédagogique consacrée au sexe disponible depuis ce lundi et dernière née du groupe Alchimie. L’idée, « parler sans tabou de la sexualité et répondre aux questions que tout le monde se pose », explique Antoine Robin, directeur des chaînes du groupe et pilote de la programmation de la chaîne Sexplora, qui dévoile à 20 Minutes les dessous de cette nouvelle chaîne.

Comment est née l’idée de créer la chaîne Sexplora ? A quel type de public et à quelle tranche d’âge s’adresse-t-elle ?

Je suis papa, et en voyant à quoi ressemblaient les cours d’éducation sexuelle dispensés à l’école à ma fille de 14 ans, j’ai vu à quel point le contenu était archaïque, et ne répondait pas aux questions que les jeunes – et moins jeunes – peuvent se poser en matière de sexualité.

Pourtant, aujourd’hui, le sexe est partout : le porno est accessible comme jamais, en un seul clic. Les magazines et notre environnement quotidien sont saturés d’images hypersexualisées. Le sexe, tel qu’il est représenté aujourd’hui, véhicule quelque chose de très cru, voire vulgaire, tout en suscitant toujours autant d’idées reçues et d’interrogations.

Ce constat a été le point de départ de Sexplora. Entre la baisse du recours au préservatif chez les jeunes, l’éducation sexuelle – complètement faussée – qui se fait par le porno pour une bonne partie d’entre eux, et le fait que jusqu’à présent, il n’existait pas de canal pédagogique sur le sexe, proposer un contenu tel que Sexplora s’est imposé comme une évidence. Et il n’y a pas d’âge pour s’intéresser au sexe, on en apprend tous les jours sur le sujet. Mais si nous nous adressons à tout le monde, jeunes et moins jeunes, nous ciblons davantage les 15-35 ans.

Justement, quel est le contenu des programmes sur Sexplora.tv ? Quel regard particulier apportent-ils sur les questions liées à la sexualité ?

L’offre que nous proposons est construite autour du programme Sexplora, une série qui a vu le jour au Québec et qui est diffusée sur Ici Explora (Radio Canada). C’est Lili Boisvert, journaliste québécoise, qui incarne ce programme, dans lequel elle aborde la sexualité de manière positive, fine et totalement décomplexée. Par exemple, elle consacre un épisode à la masturbation, dans lequel elle teste plusieurs sex-toys et explique lequel est le plus efficace et pourquoi. On y apprend aussi les mécanismes scientifiques du plaisir sexuel, des molécules comme l’endorphine qui sont libérées pendant un rapport, et qui est bien plus puissante que toutes les drogues de synthèse que certains pourraient être tentés de tester.

Poils, fertilité, orgasme, masturbation, fétichisme, vulve, libido ou encore abstinence : on ne s’interdit aucun sujet, et avec un ton finalement assez inédit en France. Ce que l’on veut, avec cette chaîne, c’est pouvoir répondre à toutes ces questions de manière intelligente, ludique, curieuse, sérieuse et drôle à la fois.

Nous proposons également des programmes thématiques : le sexe dans la société aujourd’hui, à travers l’Histoire, dans l’art et la culture. Pour l’heure, nous avons agrégé des contenus issus de chaînes publiques comme Radio canada, Arte ou encore RTS (Suisse). Et nous développons nos propres programmes, avec aussi une approche ethnologique du sexe pour comprendre comment on en parle, ou pas d’ailleurs, en fonction de l’endroit où l’on se trouve dans le monde.

Donc il n’y a pas de porno sur Sexplora ?

Non, ce n’est pas la vocation de cette chaîne. En revanche, nous avons des programmes consacrés au porno, à son industrie, à l’image de la sexualité qu’il renvoie. Des programmes destinés à déconstruire les idées reçues que peut véhiculer le porno, justement parce que de nombreux jeunes pensent vraiment que le porno est représentatif de la sexualité « dans la vraie vie ». Alors nous montrons l’envers du décor, nous donnons la parole aux acteurs qui expliquent que non, ce que l’on voit à l’écran n’est pas la réalité. Cela n’empêchera pas les ados et les jeunes adultes de consommer du porno​, mais peut-être qu’après avoir vu nos programmes, ils ne se diront plus qu’il est normal d’étrangler une femme ou de la maltraiter pendant un rapport sexuel, comme ils peuvent le voir dans des milliers de vidéos en ligne. Il y a aujourd’hui un gros besoin de pédagogie sur la sexualité.

A mon époque, on ne passait pas de l’enfance au porno : en grandissant, on regardait sous le manteau des BD érotiques, puis des revues et, plus tard, le porno de Canal+ le premier samedi du mois. Aujourd’hui, les gamins brûlent les étapes, ils n’ont pas 10 ans que certains regardent déjà du porno vraiment hard sur leur smartphone. Forcément, en termes d’éducation sexuelle, d’information et de pédagogie, il y a de gros loupés.

Quel est le fonctionnement de la chaîne ?

C’est un bouquet, un peu comme Netflix. Notre chaîne est accessible par abonnement, sans engagement, au prix de 4,99 euros par mois, avec un catalogue de programmes. Pour l’heure, nous proposons environ une cinquantaine de titres, et nous avons pour objectif d’en ajouter une dizaine chaque mois, de sorte qu’il y ait toujours des nouveautés à découvrir.

Société

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