Plus précis mais interdit. Un fabricant de LBD en colère saisit le Conseil d’Etat

Illustration d’un lanceur de balle de défense (LBD) ici lors d’une manifestation à Nantes. — S. Salom Gomis / SIPA

  • Le bureau d’études basé à Lorient Redcore a mis au point un lanceur de balles de défense plus précis que le LBD actuellement utilisé.
  • L’arme est très décriée notamment pour avoir causé de graves blessures lors de son utilisation en manifestation.
  • La société Redcore a vu son LBD être classé comme arme de guerre par le ministère de l’Intérieur et a saisi le Conseil d’Etat.

C’est un dossier épineux et il le sait. Fatigué de batailler, Gaël Guillerm a décidé de rendre public son combat contre l’administration. Cet ancien gendarme basé à Lorient a fondé la société Redcore, un bureau d’étude spécialisé dans la confection d’armes de défense. Depuis plusieurs années, la start-up morbihannaise travaille sur un modèle de lanceur de balles de défense (LBD) nouvelle génération.

Une arme notamment utilisée lors des manifestations et très décriée. « Le Flashball, tout le monde dit qu’il est dangereux. Il y a des personnes qui ont perdu un œil, d’autres qui ont été gravement blessées. Mais cette arme est toujours en action. Je ne comprends pas », dénonce Gaël Guillerm. « On fait avec ce qu’on a », témoignaient récemment des policiers sur notre site.

S’il se permet ses critiques contre l’arme fabriquée par le leader français Verney-Carron, c’est que le patron de Redcore assure avoir développé un modèle plus précis que le Flashball actuellement utilisé par les policiers et gendarmes. « Nous avons adopté un canon rayé qui permet d’avoir un effet gyroscopique. La balle tourne sur elle-même et est plus précise », assure Gaël Guillerm. Le ministère de l’Intérieur ne l’a pas perçu ainsi et a classé l’arme de Redcore en catégorie A2 assimilée aux armes de guerre comme le lance-roquettes. De fait, la start-up bretonne ne peut proposer son Kann44 aux polices municipales, le marché qu’elle visait.

Des armes utilisées sans autorisation

Sûre de son droit, la société a porté son dossier jusque devant le Conseil d’État, qui doit statuer courant janvier sur la pertinence de ce classement. Mais Gaël Guillerm souhaite aller au-delà de son cas personnel et aimerait qu’un débat s’ouvre autour de la notion de létalité. « Aujourd’hui, les armes comme le LBD ou les grenades de désencerclement sont utilisées sans aucune existence légale. C’est comme si un laboratoire pharmaceutique vendait ses médicaments sans autorisation. Chacun fait ce qu’il veut ! Et après, ce sont les policiers ou les gendarmes qui se retrouvent au tribunal, tout ça parce que leur matériel est inadapté ». Une pétition a d’ailleurs été lancée avec un succès très modeste.

Pour aider les forces de l’ordre, le bureau d’études lorientais a également mis au point une « boîte noire » adaptable sur les lanceurs. Grâce à ce système, le tireur pourrait en temps réel savoir si son tir est autorisé ou non. Mais là aussi, la société est en conflit avec le ministère de l’Intérieur. « Il faut un débat et que tout le monde se conforme à la loi ». Le Conseil d’État devra statuer.

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