« Plus je découvre Sofiane et plus je découvre Gatsby le magnifique », confie Lou de Laâge

Lorsque nous les rencontrons ce vendredi ensoleillé de février sur la terrasse du théâtre du Châtelet, une belle complicité lie déjà Lou de Laâge et Sofiane Zermani. En pleines répétitions, tous deux se réjouissent d’incarner quelques jours plus tard le grand succès qu’est Gatsby le magnifique. Elle, jouera l’inaccessible Daisy, lui l’énigmatique Gatsby, dans une adaptation très contemporaine faisant la part belle à la musique, sous la direction du musicien et compositeur Issam Krimi.

Aux côtés du comédien Pascal Rénéric, qui interprète le rôle de Nick, le narrateur, ils feront donc revivre l’œuvre de F. Scott Fitzgerald, 100 ans après sa sortie en pleines années folles aux Etats-Unis. Un texte qui n’a pas perdu en modernité, ainsi que les problématiques abordées comme le jeu des apparences ou la difficulté de sortir de sa condition sociale.

Comment vous êtes-vous retrouvés dans ce projet ?

Sofiane Zermani : A la suite d’une idée fantastique de notre ami Issam Krimi, qui a suggéré à France Culture il y a quatre ans que je sois le prochain Gatsby au festival d’Avignon. Je me suis rapidement retrouvé sur scène à jouer ce spectacle, puis l’année suivante à la Maison de la Radio et aujourd’hui au Châtelet.

Lou de Laâge : Moi ça a été plus classique. C’est mon agent et notre attaché de presse en commun, qui m’ont demandé si ça m’intéressait de rencontrer Sofiane et Alexandre pour parler de ce projet et reprendre le rôle de Daisy.

Sofiane Zermani : C’est moi qui ai demandé. Je l’ai adorée dans plusieurs projets et notamment dans un film avec Mélanie Laurent il y a quelques mois. J’ai adoré sa presta et j’aime beaucoup ce qu’elle fait. Je me suis dit que si elle avait un petit trou dans son planning, j’adorerais lui proposer.

Vous interprétez Gatsby et Daisy. Vous vous identifiez à vos personnages ?

Lou de Laâge : (Sur un ton exagéré et ironique) Lui ? ! Non, pas du tout ! (rires)

Sofiane Zermani : Le côté très self made d’un Gatsby me parle énormément. Le sens du sacrifice, la concentration sur un but, un objectif. Mais aussi dans le côté romantisme et le fait de tout mettre en œuvre pour une femme. Et au-delà, l’idée de recréer un sentiment qu’on a connu… Il essaye de recréer un souvenir en réalité Gatsby. Et on va se rendre compte qu’à essayer de reproduire ce lien avec cette femme, il va y perdre un peu toute l’essence…

Lou de Laâge : Le fantasme est en fait plus grand que la réalité.

Sofiane Zermani : Oui c’est ça. Il idéalise cette femme, ce fameux jour où il la retrouvera et où tout sera comme avant. Il va se rendre compte en réalité que le moteur que ça a généré en lui était peut-être plus important que la ligne d’arrivée.

Lou de Laâge : Moi je ne me retrouve pas du tout dans le personnage de Daisy parce que c’est là où on voit quand même que ce n’est pas la même époque. C’est vraiment une femme qui va beaucoup définir sa vie à travers un homme, qui n’existe que si quelqu’un est à côté d’elle et l’accompagne. Aujourd’hui on essaye quand même de sortir de tout ça en tant que femme. Donc non, je ne peux pas dire que ma vie s’apparente à celle de Daisy, du tout ! Par contre, plus je découvre Sofiane et plus je découvre Gatsby ! Et je me dis que c’est hyper sympa de pouvoir faire une espèce de parallèle hyper contemporain avec lui. Comme là par exemple, on va jouer au Châtelet et il invite tout le monde, tout Paris est invité ! (rires) Je trouve ça génial !

Il y a quelque chose de très bling bling dans Gatsby, avec cet attrait pour le faste. Vous vous retrouvez dans ça ?

Sofiane Zermani : Dans le bling bling non, je suis quelqu’un de beaucoup plus simple dans la vie. Mais j’ai l’impression que pour Gatsby, toutes ces fêtes, tous ces gens, pour moi tout ça ce sont des outils. En réalité je le prends pour un mec très concentré. Il crée toutes ces fêtes pour que cette femme vienne, ou pour y inviter la personne qui va lui permettre de la retrouver. Il crée des cadres extraordinaires -qu’il aime sûrement parce qu’au final on aime tous la fête –, mais il y a un but derrière. J’ai l’impression que ce n’est pas forcément ce qui l’anime en réalité. Je le vois un peu s’ennuyer dans ces fêtes.

Dans cette histoire se trouve l’idée d’une certaine désillusion, cristallisée notamment dans cette réplique : « Et nous luttons ainsi, barques contre‑courant, incessamment ramenés vers le passé. ». Cette lutte, parfois vaine, ça vous parle ?

Lou de Laâge : Moi je n’aime pas l’idée de lutte dans la vie, en général. Pour moi il n’y a pas une histoire de lutter contre quelque chose, le passé c’est quelque chose qu’on a traversé, qui nous traverse encore, qui fait qu’on est ce qu’on est aujourd’hui. Et heureusement qu’on a des failles, qu’on a pris du recul sur les choses, qu’on n’est pas tout-puissant. Sinon je pense qu’on deviendrait dangereux. Ça fait partie de l’existence…

Sofiane Zermani : Moi je ressens un peu plus ce côté lutte. Chez Gatsby il y a aussi l’idée de se sortir de sa condition. Est-ce que c’est vraiment une forme d’évolution ? Selon les codes sociaux oui, mais on se rend compte qu’au final ce n’est pas ce qui nourrit un homme. Mais pour ceux qui le prennent comme un avancement, comme une évolution, ça fait partie du processus. Donc moi j’ai un peu ce côté du combat quotidien…

Lou de Laâge : Oui mais pour moi tu peux avancer dans les choses sans avoir l’impression de te…

Sofiane Zermani : Je suis d’accord, c’est aussi une histoire de personnalité.

Lou de Laâge : Oui c’est ça. En vrai je ne viens pas de ce monde-là non plus.

Sofiane Zermani : Non mais tu as une manière plus fluide pour appréhender les trucs. Moi tout ce qui arrive en face de moi j’ai l’impression que c’est une source de conflit potentiel ! Et que je vais devoir me battre encore et encore… Je le ressens un peu plus.

La musique a une place très importante dans cette adaptation. Qu’apporte-t-elle à l’histoire selon vous ?

Sofiane Zermani : Ça aide énormément à imaginer le cadre. Entendre la musique qui va avec les mots du début du siècle, ça crée une immersion directement. Nous ça nous permet de rebondir, ça crée des climats, des températures, des contextes. Et puis pour moi par exemple, étant chanteur dans ma vie – enfin de temps en temps, un lundi sur deux –, ça met une espèce de flow.

Lou de Laâge : Je ne sais pas si vous faites ça mais vous n’écoutez pas de la musique quand vous lisez ? J’adore parce que parfois tu accélères parce que la musique accélère et tu te mets à le lire complètement différemment ! Tout prend une autre forme. Et parfois je trouve que la musique élargit ton imaginaire.

Sofiane, le public vous a connu dans un premier temps grâce à la musique. Dans quelle mesure la musique et l’acting se nourrissent dans votre travail ?

Sofiane Zermani : Ça se synthétise avec le théâtre. Je me retrouve sur scène comme quand je chante mes chansons et à jouer comme quand je suis derrière une caméra. C’est un peu le combo parfait. Après est-ce que l’un nourrit l’autre ? Pas particulièrement. Hier je disais à Lou que je commençais un peu plus à kiffer la partie préparation des rôles que les jouer : entrer dans la peau d’un mec, aller dans son monde, rencontrer les gens qui vivent cette vie… C’est ce que j’ai pu avoir comme expérience cette année sur certains tournages, et ça, ça me nourrit. Et si Fianso, qu’on connaît par la musique, devait déteindre sur les personnages que devait jouer Sofiane Zermani, ça serait très bizarre.

En fait je me demandais si ce que vous aviez découvert dans votre carrière musicale pouvait vous aider sur scène, et vice versa ?

Sofiane Zermani : Oui et non. On se mettait déjà en scène, dans les clips, on n’était déjà pas mauvais en mise en scène à la base. Et puis je ne me prends pas trop la tête, je n’analyse pas trop ça en fait ! Tu poses des questions que je ne me suis jamais posées !

Lou de Laâge : Ça, ce sont des questions de journalistes ! (rires)

Sofiane Zermani : Je n’ai pas révisé avant ! (rires) En vrai non, l’artiste musical ne déteint pas forcément sur l’autre, et inversement.

Vous avez de plus en plus de projets liés au cinéma, au théâtre. Est-ce que Fianso existe toujours, vous avez toujours du temps pour la musique ?

Sofiane Zermani : On a sorti un album l’année dernière qui est disque d’or et on en est très heureux. On a fait une très belle tournée d’été de festivals. J’y vais un peu à l’envie moi, c’est quand ça me gratte !

Lou de Laâge : Et puis on peut être un peu multiple aussi, c’est comme les sentiments. Dans la même journée on peut s’énerver, se marrer avec son meilleur pote, remercier quelqu’un… Dans la vie on peut faire mille choses en fait. C’est nous qui nous mettons nos propres limites.

Sofiane Zermani : C’est une histoire de sincérité. Et puis cette manière qu’on a de mettre les gens dans des cases ! Il y a un siècle ou deux on ne faisait pas chier un peintre parce qu’il voulait sculpter, ou un sculpteur parce qu’il voulait écrire ! Je ne me compare pas du tout à ces grands artistes qui me viennent en tête mais les cases, ça m’emmerde.

Mais en avez-vous le temps ? Car ça en demande tous ces projets.

Lou de Laâge : Oui mais plus on fait et plus on fait. Moins on fait et plus on devient flemmard.

Sofiane Zermani : Du temps oui… Le temps qui me reste est consacré à ma famille. Et ça, ce sont les rôles les plus importants de ma vie !

Lou quel est votre rapport à la musique ? Et est-ce qu’il y a d’autres disciplines que vous aimeriez découvrir ?

Lou de Laâge : Je suis un peu plus monotache que Sofiane. Moi j’ai fait beaucoup de danse, la musique classique a eu un impact aussi à cet endroit-là. Après c’est forcément lié parce qu’au théâtre on est parfois amené à chanter, à faire des lectures avec des musiciens. Ce qui est joli c’est que les arts s’entremêlent. Le théâtre et le cinéma me font rencontrer tous les métiers du monde. Je fais un métier magnifique.