Pizza Buitoni contaminée à l’E. coli : Symptômes, risques et bons réflexes… Tout comprendre de cette dangereuse bactérie

Les infections à la bactérie E. Coli ne datent pas d’hier, mais depuis un mois, elles se sont multipliées. 41 cas graves ont été identifiés en France et 34 supplémentaires étaient en cours d’évaluation mercredi. « Il s’agit de la plus grande épidémie en France depuis vingt-cinq ans », nous confie François-Xavier Weill, médecin biologiste, responsable du Centre National de Référence (CNR) Escherichia coli, Shigella et Salmonella à l’Institut Pasteur.

Les autorités sanitaires ont confirmé mercredi que cette hausse subite des cas était liée à un lot contaminé de pizza Buitoni de la marque Nestlé. Alors que  deux enfants ont déjà perdu la vie en février à cause de cette bactérie, il convient de rappeler comment elle se transmet, quels sont les risques et surtout comment s’en prémunir.

Comment attrape-t-on la bactérie E. Coli ?

Pour comprendre comment on attrape cette bactérie, il faut d’abord savoir d’où elle vient. Les bactéries Escherichia Coli, productrice de Shiga-toxine, vivent dans le tube digestif des ruminants comme les vaches, les chèvres et les moutons, mais aussi les chevreuils ou les cerfs. Dans la majeure partie des cas, les personnes sont contaminées lorsqu’elles consomment des aliments crus ou peu cuits, issus de ces animaux : leur viande, mais également leur lait et des produits transformés comme les fromages à pâte molle. « La contamination survient en général parce qu’il y a eu un problème lors de la chaîne de préparation alimentaire », indique François-Xavier Weill. Cela signifie que toutes les viandes et les produits laitiers ne sont pas porteurs de cette bactérie.

Les matières fécales de ces animaux peuvent aussi transmettre cette bactérie. « De manière très rare, on peut donc le retrouver sur des végétaux crus pour lesquels du fumier a été utilisé comme engrais », donne comme exemple l’expert du CNR. La contamination peut se faire par de l’eau de source non traitée ou lors d’un contact direct avec un animal : un enfant qui le caresse et porte ensuite sa main à la bouche.

Dans le cadre de l’épidémie actuelle, il se trouve que c’est la pâte à pizza qui est contaminée et donc possiblement la farine. « C’est tout nouveau pour nous en France, mais ce genre de contamination est classique aux Etats-Unis et au Canada depuis dix ans, précise le médecin biologiste. En Amérique du Nord, on soupçonne une contamination des grains par des ruminants sauvages ou domestiques dans les champs ou lors du mouillage des grains avec de l’eau non traitée. »

Comment éviter toute contamination ?

« Tout d’abord, le lavage des mains est essentiel avant les repas, rappelle François-Xavier Weill. Pour ce qui est de la viande, Escherichia coli n’aime pas la chaleur ». Pour les enfants de moins de 5 ans, on oublie la viande saignante, et on fait cuire les steaks à cœur. On ne leur donne pas non plus de fromage au lait cru à pâte molle. Les autres recommandations sont assez basiques : pour les légumes, un bon lavage voir un épluchage n’est pas de trop et on ne boit pas de l’eau qui n’a pas été traitée.

« Dans le cadre de l’épidémie actuelle, il est recommandé de ne pas consommer de préparations à base de farine crues ou peu cuites ». C’est triste, mais on oublie pour un temps le raclage de plat au doigt de la pâte à cookie ou de gâteaux au chocolat.

Quels sont les risques ?

Ce n’est pas parce que vous avez mangé une pizza Buitoni du lot contaminé que vous allez nécessairement tomber malade. Tout simplement parce que votre estomac et vos défenses immunitaires vont d’abord faire barrière. « Aux âges extrêmes de la vie, ces défenses immunitaires sont plus immatures, c’est pour cela que les très jeunes enfants et les personnes âgées sont plus susceptibles de tomber malade », explique François-Xavier Weill.

Tomber malade de la bactérie Escherichia Coli cela se manifeste d’abord par une diarrhée, souvent sanglante, des crampes d’estomac et des vomissements dans les trois à dix jours après avoir ingéré un aliment contaminé. Les symptômes peuvent s’arrêter là, mais dans 10 % des cas, une semaine après cet épisode de diarrhée, il est possible que la toxine contenue dans la bactérie (la Shiga-toxine) provoque un syndrome hémolytique et urémique (SHU). « C’est l’action de la toxine à l’intérieur des vaisseaux qui va les abîmer et créer des caillots dans différents organes dont les reins qui sont très sensibles », schématise le médecin du CNR. Dans 1 à 3 % des cas, cela peut entraîner la mort du patient. « Dans 30 % des cas, il y a un risque de séquelles rénales définitives qui nécessitera dans le futur une dialyse ou carrément une greffe de rein. »

Quelle bonne attitude adopter ?

Avant toute chose, vérifiez que vous n’avez pas acheté une des pizzas Buitoni de la gamme Fraîch’Up contaminée. « Il faut vider les congélateurs de ces bombes à retardement », insiste le médecin. Si vous ou votre enfant avez consommé un lot de pizza contaminée, mais qu’aucun symptôme n’apparaît dans les 15 jours, vous ne courrez plus aucun danger. Si les premiers symptômes de diarrhée apparaissent, contactez votre médecin traitant en lui précisant bien que vous avez consommé un lot contaminé. La contamination à la bactérie Escherichia coli reste rare et le lien n’est pas toujours évident.

Ne prenez surtout pas d’antibiotique en automédication. « Elles risquent de détruire trop vite la bactérie et de libérer la fameuse toxine », avertit François-Xavier Weill. Même si c’est assez incommodant, évitez également de prendre des médicaments contre la diarrhée, qui ralentisse le transit intestinal. « La diarrhée permet aussi d’éliminer la bactérie E. Coli. »