Pesticides en Gironde: La polémique relancée sur la construction d’un collège près des vignes

Le projet de collège à Parempuyre (Gironde) doit voir le jour face au vignoble du château Clément-Pichon — M.Bosredon/20Minutes

  • Dans son enquête France 2 a fait intervenir un laboratoire indépendant qui a trouvé la présence d’endosulfan près de ce vignoble où doit être construit un collège.
  • Plusieurs associations demandent ce vendredi la conversion en bio du domaine viticole ou l’abandon du projet de collège à cet endroit.
  • Le député du Médoc Benoit Simian réclame lui aussi un nouveau projet.
  • Le conseil départemental de Gironde et la mairie de Parempuyre affirment que ce n’est pas le collège qui pose problème, mais le vignoble.

Déjà sous le feu de la critique, le projet de collège à Parempuyre (Gironde) vient de connaître un nouveau rebondissement. Intitulé Collège toxique en Gironde ? , France 2 a diffusé mercredi soir un reportage dans lequel des analyses de particules, ont montré la présence de différents pesticides au sein de deux maisons situées près du vignoble où doit être érigé ce nouvel établissement scolaire d’ici à 2022.

Le laboratoire en charge de ces analyses a trouvé huit pesticides dans le salon d’une des maisons, et dix-huit dans le garage de l’autre. Surtout, il a déniché la présence d’endosulfan, un insecticide… interdit en France depuis 2008. Des résultats établis hors période d’épandage, et qui ont particulièrement inquiété la scientifique en charge de ces analyses.

Plusieurs associations de défense de l’environnement, comme le collectif Info Médoc Pesticides, ont rédigé un communiqué ce vendredi et demandent « soit la conversion en bio de l’exploitant concerné (le château Clément Pichon) soit de trouver un autre lieu d’implantation pour ce collège. »

La maire demande une enquête

Contactée par 20 Minutes, Béatrice de François, maire PS de Parempuyre, affirme qu’elle est allée « dès jeudi matin » à la gendarmerie, « pour demander que la procureure de la République de Bordeaux ouvre une enquête » notamment en raison de la présence de ce pesticide interdit. « Dans l’attente, j’ai pris un arrêté interdisant l’utilisation de pesticides dans ce périmètre » ajoute-t-elle.

L’élue se dit « surprise » que l’on ait pu trouver un tel produit à cet endroit, sachant que, de surcroît, l’endosulfan « n’était pas utilisé dans la viticulture mais dans les grandes cultures céréalières ou pour la culture ornementale ». On en avait toutefois déjà retrouvé en France, en 2013, dans des cultures de fraises, selon une note du ministère de l’Agriculture.

En attendant, la polémique est relancée sur la présence d’un collège si près des vignes. « L’entrée du collège sera à 20 mètres du vignoble, relève Ludovic Coutant, à la tête d’un collectif de parents d’élèves contre la construction de l’établissement à cet endroit. Si un épandage se fait à 6 h du matin, en fonction des vents, les enfants peuvent tout se prendre dans la tête en arrivant à 8 h. Mais le plus grave c’est ce qui va être déposé à l’intérieur des bâtiments et dans la cour de récréation. Si le bâtiment était situé à 700 mètres des vignes, cela ferait une grosse différence : les quantités seraient bien moindres. »

« Il faut arrêter de s’entêter et relancer un nouveau projet »

Le député du territoire, Benoit Simian (LREM), ancien maire de la commune voisine de Ludon-Médoc, demande pour sa part au conseil départemental, en charge des collèges, « d’arrêter de s’entêter dans ce dossier et de relancer un nouveau projet. » Il affirme qu’il existe « un certain nombre de règles concernant toute nouvelle urbanisation à proximité des vignobles » et qu’il faut « éviter ces conflits d’intérêts, c’est de la responsabilité du maire qui définit les politiques d’urbanisme. » Pour l’élu En Marche, « on ne peut quand même pas rendre coupable le propriétaire viticole d’une urbanisation à venir, et quand il s’agit d’un établissement éducatif, c’est tout simplement à éviter, c’est du bon sens. »

Le député du Médoc affirme par ailleurs qu’« il existe des alternatives » à ce projet. Plutôt que de raser le collège de 700 places existant à Parempuyre, pour en construire un autre de 900 places, il propose la rénovation du collège actuel, et qu’un autre établissement de 400 places soit construit ailleurs, à Ludon ou dans la commune voisine de Macau. « Beaucoup de professionnels de l’enseignement reconnaissent qu’il vaut mieux avoir une structure à taille humaine plutôt qu’un gros équipement de 900 élèves. »

Vice-présidente du conseil départemental, la socialiste Christine Bost s’agace à la lecture de ces propositions. « Nous avons évidemment songé à restructurer le collège existant à Parempuyre, il s’avère que c’est trop cher, trop long, trop compliqué à mettre en œuvre… Donc, nous avons cherché un site pour construire un nouveau collège, et la mairie de Parempuyre nous a indiqué qu’elle en avait un, et qui pouvait accueillir les équipements sportifs que nous prévoyons en plus. Il n’y a pas d’autre terrain de 20.000 m2 capable d’accueillir ce collège et ses équipements sportifs dans le secteur, c’est faux. Et étant donné que 70 % des élèves scolarisés dans l’actuel collège sont de Parempuyre, il est tout de même préférable que le nouvel établissement s’installe dans cette commune. »

« Nous ne sommes pas irresponsables »

Sur la question des pesticides, l’élue départementale affirme prendre le sujet très au sérieux, même si elle rappelle au passage que l’on peut en retrouver des traces « un peu partout, y compris en zone urbanisée ».

« Nous ne sommes pas irresponsables, et on ne fonce pas tête baissée !, lance Christine Bost. La proximité des vignes à cet endroit nous impose évidemment des contraintes environnementales, et nous allons aller au-delà de ce que nous oblige le cadre légal. Pour cela nous travaillons avec le CIVB (Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux) et avec l’Atmo (organisme de mesure de la qualité de l’air), pour entourer le site de haies qui sont de véritables filtres à particules. Nous allons par ailleurs installer les équipements sportifs le plus loin possible des vignes. Enfin, un arrêté préfectoral interdit dorénavant de réaliser les épandages 20 minutes avant et après l’entrée et la sortie des classes. »

Pour Christine Bost et Béatrice de François, il faut parallèlement « faire évoluer la loi pour interdire ces pratiques et l’utilisation de produits phytosanitaires dangereux pour la santé. » « Le problème ce sont les pesticides ou le collège ? s’agace la maire de Parempuyre. Moi, je me bats pour que l’on arrête d’utiliser ces produits, et nous avons trois ans devant nous pour faire évoluer la situation, et pour faire en sorte que les enfants soient accueillis du mieux possible dans cet établissement, alors qu’on nous laisse travailler. Il ne faut pas se tromper de combat dans cette affaire. »

« Tous les viticulteurs sont engagés dans des démarches de sortie de la chimie »

Benoit Simian dénonce, lui, ce « ton extrêmement virulent à l’encontre de nos viticulteurs, qui sont là depuis des générations » et sur qui il ne veut pas « que l’on jette l’opprobre ». « Je n’en connais aucun qui reste les bras ballants sur ce sujet, tous sont engagés dans des démarches de sortie de la chimie. » La question est quand ? « Il y en aura encore pour quelques années, et on ne sait pas à quelle échéance nous aurons une solution d’un point de vue scientifique. En attendant, il ne faut pas faire prendre de risques inconsidérés, que ce soit à nos adultes et encore moins à nos enfants. »

Si la polémique est relancée, le débat, lui, est encore loin d’être tranché.

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