Perpignan : Grâce à Mains d’argent, des étudiants accompagnent les seniors dans les rayons des supermarchés

Grâce à Mains d’argent, les personnes âgées ne sont plus toutes seules, derrière leurs chariots. Cette start-up, créée à Perpignan (Pyrénées-Orientales), propose aux grandes surfaces d’adopter leurs « compagnons d’emplettes », pour donner un coup de pouce aux seniors. Ces étudiants accompagnent les clients âgés qui le souhaitent, dans les rayons du supermarché, jusqu’à la caisse. Un gros plus, évidemment, pour charger les packs d’eau, ou attraper les produits tout en haut des étals. Mais pas seulement.

« J’ai eu cette idée en faisant mes courses dans une grande surface, confie Héloïse Lamotte, la fondatrice de Mains d’argent. Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup, beaucoup de cheveux blancs, seuls, dans les rayons. J’ai voulu comprendre pourquoi. Et je suis tombée sur un rapport de l’association Les petits frères des pauvres, sur l’isolement social des personnes âgées. » Selon cette étude (à lire ici), publiée en 2021, 530.000 personnes âgées de 60 ans et plus sont « en situation de mort sociale », en France. Le nombre d’aînés isolés des cercles familiaux et amicaux a, lui, plus que doublé en quatre ans, passant de 900.000 en 2017 à 2 millions en 2021. Par ailleurs, 6,5 millions de seniors se sentent seuls, et autant n’ont personne à qui parler de choses intimes.

« Ce qui m’a touchée, c’est la solitude des seniors »

C’est d’abord pour rompre cet isolement qu’Héloïse Lamotte a créé Mains d’argent. « Les supermarchés sont des endroits où ces personnes peuvent renouer avec le reste de la société, confie l’entrepreneuse. Voir du monde, discuter avec le personnel, prendre son temps… Ce sont de choses très importantes pour elles. Ça les maintient actives. Evidemment, on a tous, une fois, été sollicité par une personne âgée, pour attraper un produit, notamment. Mais moi, ce qui m’a touchée, c’est surtout la solitude des seniors. »

Pour les supermarchés, l’abonnement au service est payant. Mais pour les clients, c’est gratuit. A leur guise, aux horaires où les « compagnons d’emplettes » sont là, ils peuvent les solliciter. Pour l’instant, ce service innovant de « courses à quatre mains » n’est pas vraiment dans l’habitude des clients. « Alors, on va à la rencontre des clients ou à leurs proches, pour leur proposer d’être accompagnés, note Héloïse Lamotte. Mais, petit à petit, ça commence à s’inscrire dans les habitudes. C’est très encourageant ! »

« Recréer du lien »

Quatres grandes surfaces proposent pour l’instant des créneaux avec la start-up Mains d’Argent : E.Leclerc à Granville (Manche) et Intermarché à Grenoble (Isère), et à Argelès-sur-Mer et Le Soler (Pyrénées-Orientales). « C’est très, très bien, confie Maël Le Moal, le propriétaire du magasin E. Leclerc à Granville. C’est un dispositif intergénérationnel, qui permet de rompre véritablement l’isolement des personnes âgées. Ça permet de recréer du lien avec celles qui se sentent seules, c’est un véritable moment d’échange. »

Les étudiants, eux, sont rémunérés 12 euros de l’heure. De quoi faire un petit complément de revenu pas négligeable. Les plus actifs « gagnent entre 190 et 230 euros par mois », indique la fondatrice de Mains d’argent. « Je me sens vraiment utile », confie Chloé, l’une des « compagnons d’emplettes ». Lisa, une autre étudiante qui a proposé d’accompagner des personnes âgées pour faire leurs courses, se réjouit de ces « échanges enrichissants ». Ça lui a, dit-elle, « ouvert les yeux sur les besoins de nos aînés ».