Perpignan : Contre les restrictions d’accès à l’eau, la très forte inquiétude du monde agricole

Plusieurs centaines de personnes, parmi lesquelles une majorité d’agriculteurs, ont manifesté mardi à Perpignan (Pyrénées-Orientales) contre de potentielles restrictions de leur accès à l’eau. Les manifestants contestent une décision du tribunal administratif de Montpellier du 29 novembre qui revoit à la baisse la possibilité de prélèvements d’eau dans le fleuve de la Têt, le plus long des Pyrénées-Orientales, notamment pour l’irrigation des cultures.

Venus avec une cinquantaine de tracteurs, les manifestants (entre 500 et un millier) ont défilé derrière une banderole portant le slogan « Eau secours : la ruralité sacrifiée », jusqu’à la préfecture où une délégation a été reçue. « On est actuellement dans l’inconnu et c’est justement de la visibilité qu’on demande et que l’Etat fasse appel de cette décision de justice », a expliqué Pierre Hylari, président des Jeunes agriculteurs du département.

Des conséquences pour tous les acteurs du territoire

Le tribunal administratif, saisi par l’association France Nature Environnement, a décidé de relever le seuil au-dessus duquel les prélèvements d’eau sont possibles dans la Têt. Alors qu’ils étaient auparavant possibles l’été lorsque le cours d’eau atteignait un débit de 600 litres par seconde, le seuil est passé à 1.500 l/s afin de préserver la biodiversité dans la rivière, a décidé le tribunal.

« Cette hausse du débit réservé, elle a des conséquences directes sur toute l’économie puisque ça va de la montagne jusqu’au littoral », dénonce Pierre Hylari. « Cela concerne notamment 6.000 hectares de surface agricole et ce qui est quand même fort, la moitié des exploitants agricoles du département, soit 1.500 personnes qui font majoritairement de l’arboriculture et du maraîchage », a-t-il détaillé.

« Tensions hydriques exceptionnelles »

Des représentants des stations de ski du département étaient également présents car elles utilisent l’eau du lac de barrage des Bouillouses à la source de la Têt pour alimenter leurs canons à neige, et craignent de ne plus pouvoir le faire.

Les Pyrénées-Orientales sont touchées depuis plusieurs mois par une sécheresse exceptionnelle. Dans un communiqué mis à jour mardi, la préfecture rappelle ainsi qu’il n’est pas envisagé de mettre fin aux mesures de restriction d’usage de l’eau « au vu de la situation extrêmement préoccupante de l’état des ressources ». « A la sécheresse hivernale », précise la préfecture, « s’ajoutent les effets de la tension hydrique exceptionnelle de l’été 2022 ».