Pelouse 2.0, révision de vélo, gourdes… Nos astuces pour aider le PSG à y voir plus vert

« Toutes les quatre minutes, l’équivalent d’un terrain de football de forêt disparaît sur la planète », note WWF. Mais l’urgence ne semble pas faire trembler le Paris Saint-Germain. Lundi, l’entraîneur Christophe Galtier et le footballeur star Kylian Mbappé ont provoqué la polémique en prenant particulièrement à la légère une question sur la mobilité du club. Le premier a ironisé sur l’utilisation du char à voile devant l’hilarité du second.

Donnant la désagréable impression aux Français, à qui le gouvernement demande avec insistance des économies d’énergie, que les stars du ballon rond sont, elles, bien loin d’être « au rendez-vous de la sobriété ». Pourtant, cette dernière peut s’infiltrer partout… Même dans l’Olympe du PSG. Tour d’horizon des astuces de 20 Minutes pour que le club parisien soit plus vert (sans devenir les Verts pour autant, on ne voudrait pas créer un incident diplomatique avec Saint-Etienne).

On range le jet et on opte pour le narval

Sur la saison 2019-2020, la Ligue de football professionnel a calculé que les joueurs français de Ligue 1 et de Ligue 2 effectuaient 65 % de leurs trajets en avion, contre 31 % en bus et 4 % seulement en train. « C’est souvent la mobilité des joueurs mais aussi des équipes techniques, des spectateurs ou des journalistes qui est la principale émission de gaz à effet de serre du sport », note Véronique Martin, ingénieure et fondatrice de RSE-Sport qui accompagne les organisations sportives sur les enjeux climatiques. Christophe Roger, le président de la fédération française de char à voile, précise avec humour qu’il est possible de faire le trajet Nantes-Paris en neuf heures. Avec toutefois, « un vent bien orienté et constant ».

Chez 20 Minutes, on serait plutôt pour le narval de transport, mais sans aller jusque-là, des alternatives simples existent, contrairement à ce que l’ironie de Christophe Galtier pourrait faire croire. « Se déplacer en train, c’est un peu plus complexe parce qu’il faut un protocole différent avec, notamment, des agents de sécurité, mais les clubs y gagneraient car ça leur permettrait d’être moins déconnectés des enjeux de société et plus proche des supporters », explique Antoine Miche, président de Football Ecologie France. D’autant qu’il est possible d’affréter un train pour un évènement exceptionnel et les pèlerins du football pourraient prendre exemple sur ceux de Lourdes qui, chaque année, s’emparent de cette opportunité.

On fait réviser son vélo pendant le match

Même sans changer entièrement leurs habitudes, les clubs pourraient aisément tendre vers plus de sobriété. Vendredi dernier, le bus aux couleurs du PSG a fait l’aller à vide dans le seul but de transporter les sportifs du stade jusqu’à l’aéroport après le match. « Les clubs évoquent des questions de confort et de logistique mais, dans cet exemple, il est tout à fait possible de louer un car local avec un niveau de confort équivalent pour faire le trajet entre le stade et l’aéroport », souligne Véronique Martin. Certes, le car loué ne serait pas flanqué du logo du club. Mais en termes de bad buzz, les émissions incontrôlées du club ont un effet coup de boule façon Zidane. « C’est de moins en moins accepté socialement », note la fondatrice de RSE-Sport. Des critiques répétées pourraient donc devenir dommageables pour le sport le plus populaire du monde.

Le transport des fans de ballon rond est d’ailleurs aussi une question essentielle. Dans l’Hexagone, 30.000 matchs sont joués chaque week-end, attirant de nombreux supporters. Ces déplacements jouent dans l’empreinte carbone du football et certains clubs travaillent à faire baisser ces émissions. Sans aller jusqu’à proposer des calèches à l’écurie du PSG, le club pourrait organiser plus de covoiturage, une pratique déjà plébiscitée dans le volley, le basket et le rugby, énumère Véronique Martin. En France, le bon élève, c’est l’Olympique lyonnais. « Ils mettent en place des navettes à quelques dizaines de minutes du stade, le Groupama stadium est accessible en tramway gratuitement, proposent de réviser le vélo des supporters pendant le match », illustre Antoine Miche.

On adopte (enfin) la gourde

Pour faire ses meilleures passes et tenir jusqu’en prolongation, il faut s’hydrater. Mais côté économie d’eau, alors que la France a fait face à l’une des pires sécheresses de son histoire, le ballon rond a encore du travail. Quand le PSG se déplace, le staff demande aux clubs qui les reçoivent de fournir 200 bouteilles d’eau, nous apprend nos confrères de L’Equipe.

Chez 20 Minutes, on conseille donc aux sportifs de s’équiper d’une gourde. Quitte à en avoir deux ou trois d’avance au frais pour se désaltérer sans interruption.

De l’eau de pluie et des crachats

Les pelouses, comme les stars qui les foulent, bénéficient de dérogations. Même en cas de sécheresse, elles continuent d’être arrosées pour éviter que les joueurs et les joueuses ne se blessent. Il existe toutefois des systèmes de récupération d’eau de pluie, que Marseille et Lille ont déjà adoptés. De quoi hydrater à l’eau de pluie en plus des crachats de footballeurs. « L’AS Monaco utilise une nouvelle pelouse qui demande très peu d’eau, pas de lumière et pas de pesticide », explique Antoine Miche. Une révolution car, contrairement à cette pelouse 2.0, la plupart des terrains de football professionnel utilisent des appareils de luminothérapie pour accélérer la pousse de leur pelouse. Renoncer à la luminothérapie pour herbe à footballeur permettrait déjà d’économiser de l’énergie.

Pour réduire le coût, la plupart des stades optent à présent pour des LED pour éclairer leur terrain. Les plus ambitieux optent même pour des panneaux photovoltaïques comme Saint-Etienne, Nice ou l’Olympique Lyonnais, liste Antoine Miche. « Il faudrait aussi moins jouer en nocturne mais, pour ça, il est nécessaire de mettre tous les acteurs autour de la table notamment les chaînes » qui retransmettent les matchs et pourraient perdre en audience, souligne Véronique Martin. Chez 20 Minutes, on pense qu’on pourrait aussi récupérer l’électricité produite par les sportifs lors de leurs entraînements. Une demi-heure de vélo et, hop, on alimente un peu le stade à la force des cuisses. Mais les clubs pourraient déjà commencer par éteindre les éclairages quand les footballeurs jouent en plein après-midi.

Egérie du ballon vert

Quelles que soient les solutions choisies par les clubs de football, une chose est sûre : il est temps de faire des efforts. Et pas seulement sur le terrain. « Les clubs de foot ont dix ou quinze ans de retard en termes de responsabilité sociale des entreprises sur l’environnement », assène Antoine Miche. Les footballeurs sont de véritables stars planétaires. Rien qu’en France, le football compte 2,2 millions de licenciés et Kylian Mbappé, 75 millions d’abonnés sur Instagram. « Quand on est Mbappé, on se doit d’être exemplaire parce qu’on a une influence parfois plus importante que celle du président », souligne le président de Football Ecologie France. Valérie Masson-Delmotte, climatologue et coprésidente du Giec, soulignait ce mardi matin sur France Inter que le footballeur serait « un excellent ambassadeur » de la lutte contre le réchauffement climatique.

« Aujourd’hui, on n’est plus que dans l’urgence, la situation est dramatique et touche des milliards de gens. On a besoin que les stars comme Mbappé sachent, partagent et influencent [dans le bon sens] tous ceux qui les suivent », souligne Véronique Martin. Des clubs impliqués, une fédération motrice et des égéries… Les ingrédients pour éviter que le sport le plus populaire du monde ne se retrouve sur le banc de touche alors que le climat est devenu l’un des sujets les plus brûlants de notre planète.