Pass sanitaire : Plus de 200 manifestations prévues partout en France samedi

Pour le cinquième week-end consécutif, près de 200 manifestations auront lieu dans toute la France samedi pour protester contre l’extension du pass sanitaire et la vaccination obligatoire. Ce mouvement de contestation qui rassemble au-delà de la galaxie vaccino-sceptique ou complotiste ne cesse de grossir de semaine en semaine.

Samedi dernier, en plein cœur de l’été, près de 237.000 personnes sont descendues dans la rue pour montrer leur mécontentement face aux mesures sanitaires adoptées par le gouvernement. Samedi, les autorités s’attendent à « une mobilisation du même ordre, voire légèrement supérieure », explique une source policière.

Gilets jaunes et extrême droite : deux cortèges bien distincts

Trois rassemblements sont prévus à Paris avec, comme les semaines précédentes, une division nette entre les deux principaux qui agrègent l’essentiel des manifestants. D’un côté, le défilé organisé à l’appel de l’ex-numéro 2 du Rassemblement national et désormais président des Patriotes, Florian Philippot, partira de la place de la Catalogne vers 14h30. De l’autre, un cortège déclaré par des « gilets jaunes » rassemblera ceux qui refusent de marcher aux côtés de l’extrême droite, avec un départ depuis la Porte dorée vers 13h00.

Très suivi dans le Sud, le mouvement rassemble chaque semaine des foules importantes dans des villes comme Toulon, Montpellier ou Nice, où de nouvelles manifestations sont attendues samedi.

« Dictature sanitaire »

Malgré cette contestation, le pass sanitaire s’est généralisé depuis lundi dans la plupart des lieux publics, après le feu vert donné par le Conseil constitutionnel pour son extension. Bars, restaurants, cinémas, musées, hôpitaux, transports longue distance… Tous sont tenus de réclamer le QR code qui témoigne d’une vaccination complète, d’un test négatif dans les dernières soixante-douze heures, ou d’un rétablissement face à la maladie lors des six derniers mois.

Dans les cortèges, composés de citoyens très divers, souvent sans affiliation politique ou syndicale, ce dispositif est perçu comme une atteinte aux « libertés » et comme une « obligation vaccinale déguisée ». Certains manifestants dénoncent également une « dictature sanitaire ».

Risque d’une radicalisation du mouvement anti-pass

Une accusation rejetée en bloc par Emmanuel Macron, en première ligne face à la contestation. Après avoir tenté de convaincre les plus jeunes directement sur les réseaux sociaux, le président a expliqué mercredi « mesurer les contraintes » liées à l’instauration du pass et a estimé qu’il n’y avait « pas d’autre choix car c’était cela ou la fermeture du pays ». La « situation dramatique » aux Antilles, confrontées à un nouveau pic meurtrier provoqué par le variant Delta alors que la vaccination y est trois fois plus faible qu’en métropole, offre une « démonstration cruelle » de la nécessité du vaccin, selon le chef de l’Etat.

Confronté au défi de convaincre sans stigmatiser, l’exécutif redoute également une radicalisation du mouvement anti-pass. Mercredi, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a ordonné une surveillance renforcée autour des centres de vaccination, de dépistage ou des pharmacies, à la suite d’une série d’actes de malveillance. Certains cortèges incluent également une frange antisémite, qui arbore notamment un nouveau slogan : « Mais Qui ? ». Jeudi, le ministre de la Santé Olivier Véran a dénoncé depuis la Martinique les manifestants qui protestent « avec des pancartes extrêmement bariolées et des motifs parfois extrêmement douteux, (…) voire complètement crades ».

« La société est fatiguée, incandescente »

En visite à Carcassonne (Aude), où il a été pris à partie par une passante vaccino-sceptique qui a accusé le gouvernement de « tuer la France », le Premier ministre Jean Castex a reconnu mercredi que « la société est fatiguée, incandescente », après un an et demi de lutte contre la pandémie. Le gouvernement souhaite tenir son objectif de 50 millions de Français ayant reçu une première injection à la fin du mois d’août. Face à la contestation, il brandit la carte de la majorité silencieuse : depuis la mi-juillet, les prises de rendez-vous dans les centres de vaccination dépassent de très loin le nombre d’opposants mobilisés dans la rue chaque samedi.

Minoritaires selon les sondages, les manifestants ne désarment pas et comptent sur la fin des vacances pour accentuer la pression. Dès jeudi, Florian Philippot a appelé sur YouTube à un « grand événement unique, national, le samedi 4 septembre prochain », avec « toutes les forces » politiques.