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« Pas d’effet magique » : Efficacité des boissons aux électrolytes contre la gueule de bois ?

Des utilisateurs des réseaux sociaux ont recours à des boissons aux électrolytes avant ou après une soirée arrosée pour éviter un lendemain difficile. Selon Eva Vacheau, « aucun produit ne compense les effets biologiques de l’alcool » et la consommation d’alcool à moyen et long terme accroît le risque de développer certaines maladies.


« À 36 ans, je récupère mieux d’une cuite avec une boisson aux électrolytes. » De tels messages circulent abondamment sur les réseaux sociaux, où de nombreux utilisateurs se tournent vers ces boissons avant ou après des soirées arrosées pour éviter un lendemain difficile. Cet engouement a donné naissance à des « compléments alimentaires » à base de plantes, de vitamines et d’électrolytes, commercialisés pour « soulager la gueule de bois ».

Ces nouvelles boissons sont soutenues par une stratégie marketing bien orchestrée, mettant en avant les bienfaits de chaque ingrédient pour lutter contre les effets de la gueule de bois. Selon les fabricants, ces élixirs pourraient permettre d’éviter ou d’atténuer la fatigue, les maux de tête et les nausées souvent associés à une forte consommation d’alcool. Avec l’arrivée des beaux jours sur le territoire hexagonal et les nombreuses soirées festives qui en découlent, 20 Minutes a investigué sur la question : consommer ces boissons pour prévenir et guérir la gueule de bois, est-ce une bonne ou une mauvaise idée ?

**« Restaurer l’équilibre hydrique »**

Proposées sous forme de poudre, de pastilles effervescentes ou prêtes à l’emploi, les boissons enrichies en électrolytes contiennent des sels minéraux tels que le sodium, le potassium, le magnésium ou le calcium. « Ces électrolytes jouent un rôle dans l’hydratation, la transmission nerveuse, la contraction musculaire et l’équilibre acido-basique de l’organisme », précise Eva Vacheau, biologiste et diplômée en ingénierie nutritionnelle. Elle souligne que « leur rôle principal est de restaurer l’équilibre hydrique lorsque celui-ci est perturbé ».

Ces boissons, qui cumulent des millions de vues sur les réseaux sociaux, « pourraient apporter des bénéfices pour les athlètes lors d’efforts intenses et prolongés », selon l’Inserm. Toutefois, pour le reste de la population, l’eau classique suffit, même pour un footing d’une trentaine de minutes. Ce geste simple permet de se passer « des apports inutiles en sels, sucres ou édulcorants » que certaines gammes peuvent contenir. Mais qu’en est-il de la capacité anti-gueule de bois que certains attribuent à ces boissons ?

**Ne pas banaliser l’excès d’alcool**

Certaines marques proposent dorénavant des boissons promues comme de véritables remèdes contre la gueule de bois. Celles-ci peuvent contenir des électrolytes pour atténuer la déshydratation post-alcoolique ainsi que des plantes censées protéger le foie ou réduire la fatigue. L’experte en nutrition ne réfute pas ces actions potentielles, mais elle souligne que « cet effet reste partiel, ni magique ni immédiat ». Elle précise également qu’« aucune boisson ne permet de neutraliser l’acétaldéhyde (un métabolique toxique de l’alcool) à court terme. […] Le discours marketing dépasse largement la réalité scientifique ».

En d’autres termes, boire de l’eau reste suffisant après une soirée arrosée. « Aucun produit ne compense les effets biologiques de l’alcool. La stratégie la plus efficace reste toujours la modération de la consommation », ajoute Eva Vacheau. Ces boissons qui prétendent « soulager la gueule de bois » peuvent véhiculer un message néfaste : banaliser la consommation et l’excès d’alcool. « Promouvoir l’idée de lendemains parfaits peut détourner l’attention du véritable enjeu de santé publique, qui reste la prévention, la modération et la prise de conscience des effets à long terme », conclut l’experte en nutrition.

À moyen et long terme, la consommation d’alcool augmente le risque de développer certaines maladies, dont les cancers, les maladies cardiovasculaires ou encore les maladies du système nerveux, selon Santé publique France.