Particules ultrafines: «La transition énergétique passe avant tout par de la sobriété énergétique»

Un parc automobile — Mario FOURMY/SIPA

  • Un rapport de l’Anses liste les nombreuses particules polluantes dans l’air des villes.
  • Il milite notamment pour une diminution du trafic routier.
  • « 20 Minutes » a interviewé Nicolas Meilhan, membre du comité scientifique de « Respire », sur les solutions à mettre en place pour améliorer la qualité de l’air.

Respirez, vous êtes en train de tousser. L’Agence nationale de sécurité sanitaire, l’Anses, diffuse un nouveau rapport ce mardi sur le niveau de pollution de l’air, et il n’est pas joyeux. Les particules fines, mais aussi ultrafines, le carbone suie et le carbone organique, présent abondamment dans l’air et donc dans nos narines, présentent des risques majeurs pour la santé des Français. Principal mis en cause, le trafic routier, pour lequel l’Anses tranche dans le vif : au-delà de remplacer les véhicules diesel et essence par des véhicules électriques, il faut surtout diminuer la circulation des véhicules.

20 Minutes a contacté Nicolas Meilhan, membre du comité scientifique de Respire, association nationale pour la prévention et l’amélioration de la qualité de l’air, afin de comprendre ce qui pourrait faciliter une amélioration de la qualité de l’air.

Ce rapport inquiète, notamment sur la diversité des particules polluant l’air et ayant des conséquences sur notre santé…

Il n’y a pas une particule fine unique, elles ont plusieurs origines. En premier lieu, il y a celles des pots d’échappements des moteurs diesel et essence autorisés à émettre jusqu’à 600 milliards de particules au kilomètre. Dans les véhicules, les freinages produisent également des particules, ainsi que l’abrasion des pneus et l’état de la route. Une problématique qui resterait avec les voitures électriques. Ces particules du trafic routier sont la contribution principale de celles qui arrivent directement dans nos nez lorsqu’on respire en ville. Ce sont des particules primaires.
Le chauffage au bois est une autre source de particules. Elles circulent librement. A Paris, il peut arriver que l’on respire des particules en provenance des Landes par exemple.

Enfin, il y a les particules secondaires : différentes sources de sulfates et nitrates d’ammonium provenant de l’agriculture et des engrais, du dioxyde de soufre, provenant des bateaux, des centrales à charbon et de l’industrie, du dioxyde d’azote provenant des centrales à charbon et des véhicules diesel. Ces véhicules sont responsables à 75 % des émissions de dioxyde d’azote à Paris, et c’est sur ce polluant qui la France a été assignée en justice par la Commission européenne. Sur le périphérique, le taux peut dépasser plus de deux fois la norme en vigueur depuis 2010.

Au-delà des morts prématurés (48.000 par an), ces particules augmentent les risques cardiovasculaires, d’AVC, d’infarctus et impactent plus particulièrement les enfants en bas âge, les personnes âgées et les femmes enceintes.

Quelles solutions mettre en place pour diminuer cette pollution ?

Là où ce rapport est positif, c’est que la voiture électrique n’est plus vue comme l’alpha et l’oméga de la dépollution de nos villes. Le rapport préconise surtout une baisse du trafic routier. La transition énergétique passe avant tout par de la sobriété énergétique. Remplacer toutes les énergies polluantes par des énergies renouvelables est illusoire, c’est la consommation qui doit baisser. De plus, la voiture électrique est loin d’être adaptée pour la ville. On a rarement une place de stationnement, parfois en copropriété, donc plus compliqué de mettre en place une prise pour la charger. Et surtout on roule finalement assez peu alors que la voiture électrique pour être rentable doit rouler beaucoup, 40 kilomètres par jour. Elle est plus adaptée au monde rural et périurbain.

N’est-il pas illusoire de croire qu’on peut sensiblement baisser le trafic routier, quand on voit comment les Français sont attachés à la voiture ?

Ce n’est pas illusoire d’espérer une baisse du trafic routier car il s’agit d’une pollution locale et donc de zones spécifiques, principalement les grandes villes, où on peut se passer plus facilement de la voiture individuelle. Il ne s’agit pas de réduire le trafic routier partout en France, mais uniquement dans les zones les plus polluées, qui sont celles qui offrent déjà des alternatives crédibles à la voiture. Il faut bien évidemment continuer à développer et promouvoir ces alternatives.

Les villes vont-elles dans le bon sens ?

On est encore loin d’une ville comme Copenhague où 50 % des trajets se font à vélos, où même de l’Allemagne et des pays du Nord en règle générale. Depuis 2014, il n’y a plus de baisse de pollution à Paris. On ne peut pas dire du jour au lendemain « on arrête de polluer », mais il faut mettre des restrictions tout en proposant des alternatives. On pourrait par exemple donner l’accès de la ville aux véhicules polluants uniquement s’ils font du covoiturage. Interdire le chauffage au bois également. Si certaines villes comme Paris vont dans le bon sens, elles le font encore trop timidement.

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