Paris : Un plan de vidéosurveillance évalué à près de 500 millions d’euros mais sans retour sur son efficacité

Un budget qui pourrait atteindre près de 500 millions d’euros pour des résultats non mesurés… La Cour des comptes a rendu public ce jeudi un référé « adressé le 2 décembre 2021 au ministre de l’Intérieur, sur le plan de vidéoprotection de la préfecture de police de Paris (PVPP) » afin de partager observations et recommandations. Et à lire ce document de 7 pages, on a l’impression d’être face à une frénésie d’installation de caméras de vidéosurveillance, mais sans aucun contrôle ni retour sur expérience.

D’abord au niveau budgétaire, le PVPP conçu en 2010, portait initialement sur un budget de 225,1 millions d’euros pour atteindre au 31 décembre 2020, 343 millions. Mais la Cour précise que « l’estimation du coût complet à terminaison du projet [en 2026] est de 433 à 481 millions d’euros en fonction des scénarios retenus », notamment avec les JO de 2024. A minima donc, note la Cour, le budget connaîtra une « augmentation de 52,4 % ». Derrière cette hausse, se cache notamment la réponse à la menace terroriste via les plan de lutte anti-terroriste, pacte de sécurité et plan tourisme.

La mauvaise option du PPP

Mais il y a aussi le choix de passer un partenariat public privé (PPP) « avec la société IRIS PVPP, créée pour l’occasion, et regroupant deux filiales d’ENGIE et d’EDF ». Or la Cour des comptes ne veut plus en entendre parler pour le renouvellement. « Le recours à ce type de contrat et son mode de financement se sont révélés inadaptés et coûteux et il est recommandé de ne plus recourir à ce type de contrat après 2026 », écrit la Cour. Et de citer cet invraisemblable exemple : « la livraison des travaux en retard n’a pas eu pour effet d’infliger une pénalité au prestataire mais, au contraire, de lui verser une indemnité de 1,4 million d’euros ». Pour faire face à cette inflation des coûts, la Cour préconise de demander une « participation de la Ville de Paris à travers une redevance ». C’est pas gagné.

L’explosion du budget s’est traduite par une hausse du nombre d’appareils déployés passant d’un millier de caméras dans le PVPP initial à 3.762 caméras en propre aujourd’hui. Sauf que leur déploiement n’est pas du tout optimisé. Les dispositifs de vidéosurveillance « se concentrent aujourd’hui dans les arrondissements centraux de Paris et les principaux axes de circulation comme l’avenue des Champs Elysées, et non pas dans les zones les plus criminogènes de la capitale », écrit la Cour des comptes. Ainsi il y a moins d’une caméra pour 1.000 habitants dans le 20e arrondissement, contre plus de 11 dans le 1er arrondissement.

Impossible de connaître l’efficacité du dispositif

De manière plus générale, « l’absence d’évaluation de l’efficacité et de l’efficience du PVPP persiste depuis 2010 », souligne le document. En gros on déploie de plus en plus de caméras mais sans vraiment savoir si ça sert à quelque chose. La Cour des comptes précise un peu plus loin : « Au-delà d’exemples emblématiques d’utilisation du PVPP dans certaines affaires, la préfecture de police ne dispose ni de données agrégées quant à ces utilisations, ni d’indicateurs permettant d’en apprécier l’efficacité ». De son côté la préfecture assure que «le PVPP est un outil majeur dans la sécurisation de l’agglomération parisienne […]. A travers un maillage dense, le PVPP permet de répondre aux besoins des services de police dans l’exercice de leurs missions quotidiennes et d’améliorer de manière significative leurs capacités d’anticipation dans de nombreux domaines: prévention du risque terroriste, lutte contre la délinquance, sécurité routière, gestion des grands événements.» 

En fin de document, la Cour des comptes avance six recommandations pour mettre un peu d’ordre dans ce plan au coût massif mais à l’évaluation plus que légère. Parmi elles, « établir un plan de financement des dépenses liées au projet PVPP jusqu’en 2026 », « engager sans tarder une évaluation de l’efficacité du PVPP dans la prévention de la délinquance et l’élucidation des délits », ou encore « se doter d’une doctrine d’emploi du PVPP et de la vidéo en général ». Incitée à agir, la Préfecture de police indique avoir eu de «nombreux échanges constructifs avec la Cour des comptes dont elle partage les recommandations. Sans attendre celles du référé, elle s’est déjà engagée dans la mise en œuvre de certaines d’entre elles comme le renforcement du dispositif de pilotage et de gouvernance de la vidéo protection». Enfin elle assure déjà plancher sur le prochain PVPP pour l’après 2026.