Paris-Roubaix : Van der Poel, le flambeur ne rêve pas d’une Lamborghini
Le Néerlandais, triple tenant du titre de Paris-Roubaix, a savouré une douche à une centaine de mètres du vélodrome après sa victoire en 2023, déclarant : « J’ai pris des douches ici de nombreuses fois, mais jamais en tant que vainqueur ». En janvier dernier, Mathieu van der Poel s’est rendu à une course de cyclo-cross à Mol avec une Lamborghini Urus estimée entre 300 et 450.000 euros.
C’est une tradition à laquelle ne déroge pas le premier vainqueur de Paris-Roubaix, après 260 kilomètres d’efforts et un corps durement éprouvé par les pavés. Une douche à proximité du vélodrome, à la fin de l’Enfer du Nord, dans cette vieille école aux murs usés et aux boxes désuets. Triple champion en titre de la reine des classiques, le Néerlandais a savouré ce moment vintage dès sa première victoire en 2023.
« J’ai pris des douches ici de nombreuses fois, mais jamais en tant que vainqueur », se réjouissait le coureur, qui a désormais une plaque à son nom, comme tous les nouveaux vainqueurs, dans ce lieu légendaire. Ces douches anciennes, pour l’une des plus vieilles courses cyclistes au monde, correspondent bien à l’image de ce petit-fils de Raymond Poulidor, un coureur charismatique qui enthousiasme les foules, prêt à tout donner lors d’une échappée endiablée.
Cependant, en dehors du cyclisme, l’image qu’il renvoie est très différente. Il évoque le personnage principal d’un clip de rap des années 2000, passionné par le luxe, les voitures haut de gamme, et capable de consommer autant de carbone qu’une famille de huit enfants en deux jours.
### Une Lamborghini dans le sable flandrien
Dans les profondeurs des Flandres, en plein hiver, alors que tout le monde, emmitouflé sous plusieurs couches de vêtements, sort sa vieille Kangoo pour assister à une manche de coupe du monde de cyclo-cross, Mathieu van der Poel, lui, n’hésite pas à se rendre sur place avec une Lamborghini flambant neuve. Comme à Mol, en janvier dernier, avec une superbe Urus estimée entre 300 et 450.000 euros, discrètement immatriculée X – MVDP – X.
Cela ne représente rien en comparaison de la Lamborghini Revuelto orange d’une valeur d’au moins 500.000 euros utilisée pour se rendre à une course à Gavere en décembre 2024. « Quand il était petit, il observait souvent ce genre de voitures sur le bord de la route », explique David, son frère et agent. « Il est passionné par ces grosses voitures, il aime rouler dedans. C’est une passion. Si, grâce au vélo, tu peux te permettre d’avoir ce genre de voitures, c’est assez cool. »
Assez cool pour que MVDP soit devenu ambassadeur de la marque italienne en 2023, ce qui simplifie le choix du modèle à utiliser lors des courses. Contactée par « 20 Minutes », Lamborghini a présenté son plus bel argumentaire LinkedIn pour expliquer son association avec le coureur d’Alpecin-Premier Tech. Attention, le ton devient solennel.
> « Mathieu est un véritable passionné d’automobile. Son intérêt pour les voitures de caractère, et en particulier pour Lamborghini, est totalement sincère. C’est quelqu’un qui dépasse largement les cadres classiques de son sport. Il est présent et performant en route, en cyclo-cross, en gravel et en VTT, ce qui est extrêmement rare. Cette polyvalence exceptionnelle fait directement écho à l’ADN du Lamborghini Urus SE, un véhicule capable d’exceller sur tous les terrains, sans compromis, avec le même niveau d’exigence et d’émotion. »
### « Ça fait partie du professionnalisme »
Nous avons cherché l’exigence et l’émotion du côté des montres de luxe Richard Mille ou de l’entreprise de jets privés Flying Group, également partenaire du Néerlandais, annoncé fièrement sur son profil Instagram, sans succès. Entre deux courses, le dur au mal n’hésite pas à prendre son propre petit avion affrété pour rejoindre son domicile en Espagne, par exemple.
« Cela lui permet de perdre le moins de temps et d’énergie possible dans des moments très importants », reprend son frère aîné. « C’est toujours un risque de se retrouver dans un avion avec 300 personnes, dont certains peuvent être malades. Mathieu est conscient que c’est quelque chose d’unique et que tout le monde n’a pas cette chance. Mais c’est aussi une partie du professionnalisme. »
Dans un milieu encore réticent face à l’arrivée des nouveaux riches, comme UAE ou Red Bull, l’image bling-bling de Mathieu van der Poel fait-elle jaser dans le peloton ? « Non, il n’y a pas de jalousie », commente son frère. « Il n’a eu aucun retour de ce type. Je ne crois pas qu’il ait peur pour son image, cela fait partie de lui. Je ne pense pas que faire le flambeur soit son objectif. Son caractère a évolué au fil des années ; il est un peu nonchalant, mais il essaie juste de ne pas gaspiller d’énergie pour des choses qu’il ne contrôle pas. »
> « Moi, je suis très en colère contre lui, je suis vraiment jaloux de ses jambes, c’est sûr. Et je pense que tout le peloton l’est », confie en riant Ramon Sinkeldam, qui a passé de nombreuses années dans le peloton avant de côtoyer MVDP dans son équipe l’année dernière. « Mais pour le reste, non, il fait ce qu’il veut, il a gagné le droit d’avoir tout ça. »
### « Tu n’es pas autorisé à réussir »
Bien que certaines équipes soient un peu réticentes à voir des coureurs associés à des sponsors personnels, les seuls à voir ce Mathieu « Fastlife » van der Poel d’un mauvais œil sont les supporters. Certains n’hésitent pas à traiter l’ancien champion du monde de frimeur ou de footballeur, ce qui, dans certains cas, peut être considéré comme un pléonasme.
« Aux Pays-Bas, on juge très vite ceux qui réussissent jeunes, affirme Ramon Sinkeldam. Tu n’es presque pas autorisé à réussir. Si tu réussis, on commence à te détester parce que tu conduis une Ferrari ou une Lamborghini. Ce gars gagne quelques millions d’euros par an parce qu’il est l’un des meilleurs coureurs au monde, c’est tout. C’est vraiment un gars génial, il mérite d’avoir du respect. » Il en aura encore un peu plus s’il parvient à résister à l’assaillant Pogacar lors de Paris-Roubaix dimanche prochain.

