Paris : Mort d’El Hacen Diarra en garde à vue, appel à témoins.
El Hacen Diarra, originaire de Baydam en Mauritanie, est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi dans le commissariat du 20e arrondissement de Paris, suite à son interpellation par la police pour usage de faux documents et détention de cannabis. Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour violences volontaires ayant entraîné la mort, après des résultats d’autopsie montrant une fracture de la corne du cartilage de la thyroïde et une plaie profonde à la tempe.
Des images manquantes, une autopsie difficile à interpréter et un appel à témoins lancé… La mort d’El Hacen Diarra, décédé dans la nuit de mercredi à jeudi au commissariat du 20e arrondissement de Paris, soulève des interrogations. Le parquet de Paris a ouvert lundi une information judiciaire pour violences volontaires ayant entraîné la mort, suite au décès suspect survenu en garde à vue de ce Mauritanien, dont la famille dénonce des violences policières. Voici les éléments clés de l’affaire.
El Hacen Diarra, résidant depuis plusieurs années dans un foyer pour travailleurs migrants, était originaire de Baydam, une ville du sud de la Mauritanie, ont rapporté ses proches à l’AFP lors d’une manifestation en son hommage qui a réuni environ mille personnes dimanche à Paris. « Il était très calme, gentil, souriant et discret. Un peu dans son monde. C’était un artiste de formation », a décrit Ladi Sacko, l’un de ses voisins.
Selon la version du parquet, les policiers avaient contrôlé El Hacen Diarra après l’avoir « vu rouler un joint de cannabis », avant de le placer en garde à vue pour usage de faux documents et détention de stupéfiants, ainsi que pour rébellion. Toutefois, d’après ses proches, l’homme « buvait simplement un café en bas du foyer (où il résidait) lorsque la police est venue vers lui ».
El Hacen Diarra avait été interpellé devant le foyer de travailleurs migrants où il vivait. Une vidéo, filmée par des voisins, a circulé sur les réseaux sociaux, montrant deux policiers, dont l’un, à genoux, portant deux coups de poing en direction d’un homme plaqué au sol. Selon l’analyse sonore réalisée par la famille du défunt, on entend également El Hacen Diarra crier : « Vous m’étranglez ! ».
Une fois arrivé au commissariat, les vidéos de surveillance des locaux de garde à vue montrent El Hacen Diarra « très fatigué », puis l’homme « s’effondre » et « reste assis », d’après le parquet. La vidéo montre aussi un policier « apporter une couverture et nettoyer », car El Hacen Diarra « avait commencé à uriner ». Ensuite, un autre agent prend « son pouls, avant de le démenotter et de l’allonger ». Des zones d’ombre subsistent entre son interpellation et son arrivée au commissariat, car il n’existe pas d’images du transport d’El Hacen Diarra dans le véhicule des policiers.
L’autopsie a révélé une fracture de la corne du cartilage de la thyroïde et une plaie profonde à la tempe. La première lésion, « grave et non-anodine (est) classiquement observée lors d’étranglements », et la seconde est « incompatible avec l’hypothèse d’un malaise spontané et (traduit) des violences d’une intensité particulière », a dénoncé l’avocat de la famille, Me Yassine Bouzrou.
Le parquet a reconnu ces résultats mais affirme qu’ils n’apportent « pas à ce stade de certitude sur la causalité du décès ». Il indique que la fracture pourrait « être antérieure au décès ou consécutive à l’autopsie » et précise que des examens complémentaires ont été ordonnés, dont les conclusions ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines.
L’appel à témoins a été lancé parce que la vidéo fournie par des voisins est, à ce jour, le seul témoignage visuel de l’arrestation. « Toute personne ayant été témoin ou disposant d’éléments permettant d’objectiver le déroulé des faits est invitée à les porter à la connaissance des enquêteurs », a déclaré le ministère public lundi.
Il n’y a pas de vidéosurveillance sur la voie publique ni d’images captées par les caméras piétons des policiers sur place, car ces caméras étaient déchargées, selon les agents. L’avocat de la famille, Me Yassine Bouzrou, a critiqué cette absence d’images, soulignant que les caméras-piétons des policiers « n’étaient pas activées, en raison d’un prétendu défaut de batterie », une explication « peu crédible (qui) soulève désormais la question d’une éventuelle dissimulation » de preuves.
Les agents ayant interpellé El Hacen Diarra ont d’abord été entendus par des policiers d’un autre commissariat « avant même que la saisine de l’IGPN puisse être effective », selon le parquet. Cinq autres personnes gardées à vue ont témoigné « des diligences effectuées pour réanimer » El Hacen Diarra et « appeler les secours ».
Le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour « violences volontaires ayant entraîné la mort par personne dépositaire de l’autorité publique » lundi soir, cinq jours après les faits et deux jours après une demande de Me Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille.
La famille d’El Hacen Diarra a exigé mardi la mise en garde à vue des policiers impliqués, affirmant que les résultats de l’autopsie étaient « caractéristiques » d’un étranglement. « Après cinq jours de dysfonctionnements graves et d’une communication qui a retardé l’accès à la vérité, la pratique judiciaire impose désormais des actes immédiats », a déclaré Me Bouzrou, exigeant l’interpellation des « policiers impliqués » et leur présentation « sans délai » au juge d’instruction.
« La saisine tardive d’un juge d’instruction […] ne saurait masquer l’inaction coupable du parquet », a souligné l’avocat de la famille, Yassine Bouzrou, qui a dénoncé un délai de « cinq jours pendant lesquels la vérité a été étouffée, les preuves laissées à l’abandon et la famille tenue à l’écart ».

