Paris: Le nouveau tribunal et et le nouveau siège de la PJ ont-ils boosté le 17e arrondissement et Clichy?

Le quartier des Batignolles s’est transformé avec l’arrivée du nouveau 36 et du palais de justice — ALAIN JOCARD / AFP

  • Depuis l’installation de la cité judiciaire, une trentaine de cabinets d’avocats se sont installés dans le 17e arrondissement de Paris.
  • De l’autre côté du périphérique, les commerçants clichois peinent à en percevoir les effets de l’arrivée du palais de justice et du nouveau siège de la PJ parisienne.

Hassen Ben Abdelkader n’a pas attendu l’ouverture du nouveau tribunal de Paris, dans le 17e arrondissement de Paris, pour annoncer la couleur. « Bien sûr qu’en appelant ma boulangerie Au Palais, j’espérais attirer cette clientèle », sourit le commerçant accoudé à son comptoir. C’était il y a trois ans et demi. L’immense tour de verre dessinée par Renzo Piano était alors en construction, tout comme le nouveau siège de la PJ parisienne, le Bastion. Le pari était risqué. S’il refuse de crier victoire trop vite, il assure que son chiffre d’affaires a augmenté de manière significative depuis l’inauguration du tribunal, en avril 2018.

Une trentaine de cabinets d’avocats en un an

Entre les magistrats, les avocats et les visiteurs, ils sont près 9.000 à se presser chaque jour dans le palais de justice, coincé entre les Batignolles et la porte de Clichy. Sans compter  les quelque 1.700 policiers qui travaillent dans le bâtiment voisin, le nouveau « 36 ». Une véritable opportunité pour dynamiser le quartier. « L’effet sur les commerces aux alentours s’est fait assez vite sentir, se réjouit Geoffroy Boulard, le maire (LR) du 17e arrondissement. De nouveaux restaurants ou commerces de bouche commencent à ouvrir. » Certains, à l’image d’Hassen Ben Abdelkader, ont décidé de ne pas y aller par quatre chemins pour attirer cette nouvelle clientèle. Un peu plus haut sur le boulevard de Clichy, un restaurant nommé Au 36 a récemment ouvert. L’appel du pied est appuyé mais visiblement efficace. « C’est vrai qu’on y va régulièrement », sourit un haut gradé de la PJ.

Le quartier a également vu arriver de nombreux avocats. « On a une augmentation des demandes de transformation de locaux d’habitation en locaux professionnels », poursuit l’édile. Il estime à une trentaine le nombre de cabinets qui ont ouvert dans l’arrondissement au cours de cette dernière année. « Mais c’était un mouvement qui était déjà engagé, certains avocats avaient emménagé en 2016 ou 2017 en prévision de l’ouverture du palais. »

« Est-ce que les gens ont peur de traverser le périph’? »

Passé le périph’, en revanche, l’impact de la cité judiciaire peine à se faire sentir. La boulangerie haut de gamme Eric Kayser implanté à Clichy, à moins de deux minutes du palais, voit bien sûr défiler quelques avocats ou magistrats, mais bien moins qu’espéré. Et ce, malgré un vaste espace de restauration. « En juillet dernier, lorsque nous avons ouvert, nous pensions qu’ils constitueraient l’essentiel de notre clientèle mais c’est loin d’être le cas », reconnaît Hassen Chaabane, le gérant. Comme lui, Sophie Llosa qui a ouvert le restaurant Piaf il y a maintenant deux ans imaginait que la cité judiciaire drainerait un public plus nombreux. « Nous sommes précisément à 7 minutes du palais, est-ce trop loin?, s’interroge la restauratrice. Ou est-ce parce que les gens ne veulent pas ou ont peur de traverser le périph’? »

Plusieurs commerçants clichois mettent en cause l’état de l’entrée de ville, en perpétuels travaux ces dernières années. « C’est sinistre, comment voulez-vous faire venir les gens alors qu’un magasin sur deux est fermé », déplore Jean Auboiroux, le président de l’amicale des commerçants de la ville, qui espérait voir affluer des magasins haut de gamme attirés par une nouvelle clientèle. A la mairie, on se veut plus confiant. On reconnaît que l’arrivée du palais peine à se faire sentir mais on parie sur des effets à plus long terme et la réfection de l’entrée de ville.

La galère des transports

Reste un gros point noir, qui d’un côté comme de l’autre du périphérique, obscurcit le tableau : les transports. La ligne 13 est au bord de l’implosion, l’ouverture de la ligne 14 a pris du retard et est désormais prévue pour la mi-2020. « Nous avons mis des bus qui relient Saint-Lazare au tribunal mais c’est vrai que le réseau est saturé. On a même inventé un mot pour décrire la situation : sursaturé », lâche Geoffroy Boulard. L’élu a bien tenté de demander à la RATP d’augmenter la cadence des métros, mais impossible, la ligne fonctionne déjà à flux tendu.

Quant à la voiture, le constat n’est guère plus réjouissant. L’ouverture d’un parking il y a quelques semaines a, en partie, résolu le problème de stationnement mais la porte de Clichy et ses abords sont systématiquement encombrés. «Nous n’avons pas tant que ça de remontées négatives sur le trafic», tempère Geoffroy Boulard. En revanche, il reconnaît que la nouvelle cité judiciaire a créé un problème difficilement solvable. « L’essentiel des plaintes de riverains concernent les sirènes des voitures de police ou des convois pénitentiaires. » 

Justice

Inauguration du palais de justice de Paris, «je suis assez émue, même après 40 ans de métier»

Paris

Le 36, quai des Orfèvres, «tous les policiers rêvaient d’y travailler un jour»

0 partage