Paris : La sécurité de l’Elysée fait pâlir le quartier Saint-Honoré

« C’est le gouvernement de la peur ! » Philippe ne mâche pas ses mots. Pourtant il n’est pas du genre à agiter le drapeau noir de l’anarchie, mais la cuillère dans la tasse de café. Il tient en effet le Faubourg Café, rue d’Anjou, une perpendiculaire à la célèbre rue du Faubourg Saint-Honoré (8e arrondissement). Et le principal grief du bistrotier contre l’exécutif actuel se porte contre les mesures de sécurité destinées à protéger le locataire du Palais de l’Elysée, situé un peu plus haut de cette rue à sens unique.

« Ça a commencé sous Hollande au moment des attentats avec des gros plots installés sur la rue et le provisoire est devenu définitif, c’est du délire, fulmine le patron derrière son comptoir. A chaque Conseil des ministres, ils bloquent tout et on n’est pas livrés de certains produits. » Au milieu de ses imprécations, un livreur entre avec trois boîtes en polystyrène sous le bras.

Des tartares en retard

« Vous avez été bloqué par la police et vous avez du faire un détour ? » le questionne Philippe. Le livreur opine du chef et le restaurateur enchaîne, en montrant les caisses : « Vous voyez, ça, c’est du poisson pour des ceviches et des tartares pour ce midi. En théorie, ça doit m’être livré entre 8h30 et 9 heures mais là, à cause des blocages de sécurité, je suis livré à 11 heures passées. C’est trop tard pour le proposer ce midi. Et c’est tout le temps comme ça. »

Cerclée en rouge, la portion de la rue du Faubourg Saint-Honoré fermée à la circulation de véhicules.
Cerclée en rouge, la portion de la rue du Faubourg Saint-Honoré fermée à la circulation de véhicules. – Capture d’écran

Le fait que la portion de la rue du Faubourg Saint-Honoré soit entièrement fermée à la circulation de véhicules et à celle des piétons en certaines occasions tarit le flux de clients potentiels. Philippe a fait les comptes : « C’est moins 20 % ». « Depuis quelques années, c’est vrai qu’il y a beaucoup moins de passages », confirme Katy, qui tient la boutique de fourrure Milady, à quelques mètres de l’Elysée.

« Dès qu’il y a quoi que ce soit, ils bouchent la rue. Le samedi, il faut même une carte du palais de l’Elysée pour pouvoir passer, alors forcément, ça réduit l’affluence, alors même que c’est censé être notre plus gros jour commercial », ajoute Katy, dépitée. Luxe oblige, les clients potentiels viennent en voiture avec chauffeur. Or « dès que le chauffeur se gare une minute devant la boutique, il y a des forces de l’ordre qui lui demande de partir et ça fait fuir la clientèle », déplore la vendeuse. Alors on pourrait rire des difficultés rencontrées par ces très riches, mais derrière, c’est le commerce qui en pâtit.

« Les beaux commerces ont fermé »

Et c’est le clinquant de la rue qui se ternit. De la seule faute de l’Elysée, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, alors que la rue accueille également l’ambassade des Etats-Unis, très à cheval sur les mesures de sécurité ? Difficile d’être définitif, mais « les beaux commerces ont fermé », constate Véronique, qui représente la styliste britannique Jenny Packham dans une boutique en face de l’ambassade du Royaume-Uni. « Il y a moins de clients et les boutiques de vêtements de luxe ont été remplacées par des galeristes », ajoute-t-elle.

Des locaux cherchent preneurs sur cette artère parisienne du luxe.
Des locaux cherchent preneurs sur cette artère parisienne du luxe. – G. Novello

« Ce n’est plus le faubourg comme avant », commente, nostalgique, Judita, fière d’y être installée depuis 1989. La vendeuse du magasin de tissus Janssens & Janssens assure que depuis qu’on « ne peut plus accéder à la rue, les gens perdent leur temps et ne viennent plus ». « Ce n’est pas rigolo, mais on est habitués », soupire-t-elle.

Katy, la vendeuse de fourrures, demande un allègement des restrictions « pour pouvoir supporter plus facilement » les difficultés héritées de la période Covid-19. Non loin de là, la responsable du magasin d’habillement pour enfants Marina, assure, elle, que la situation s’est améliorée : « Depuis juin, on a moins de problèmes vu qu’ils laissent passer les gens. Avant la circulation piétonne pouvait être bloquée deux à trois heures mais maintenant, ce n’est plus que 10-15 minutes ». Une bouffée d’air frais pour un quartier en quête d’un nouveau souffle.