Paris : La 5G, nouveau point de tension pour la coalition fragile entre Anne Hidalgo et les écologistes?

Illustration du futur réseau 5G. — AFP

  • Anne Hidalgo exclut un moratoire sur la 5G à Paris pourtant ses alliés écologistes continuent de le réclamer.
  • La ville de Paris va lancer prochainement une « conférence citoyenne métropolitaine » sur la question pour « proposer des gardes de fou sur les usages et créer un socle ».
  • La capitale compte actuellement plus 1.600 antennes relais, soumises à la charte relative à la téléphonie mobile à Paris.

« La 5G va nous occuper », admettent plusieurs élus. Alors que le Conseil de Paris s’ouvre ce mardi pour trois jours, les positions divergent au sein de l’assemblée mais aussi en plein cœur de la coalition rose-verte d’Anne Hidalgo, fraîchement rabibochée avec le retour dans les rangs de la majorité des deux élues écologistes Raphaëlle Rémy-Leleu et Alice Coffin. Quelques jours après l’attribution des premières fréquences 5G aux opérateurs français qui vient de rapporter 2,786 milliards d’euros à l’Etat, les élus de la capitale sont divisés sur le déploiement de cette technologie de téléphonie mobile.

Certains réitèrent la demande d’un moratoire lancé mi-septembre en France par des élus de gauche et écologistes, d’autres demandent davantage de transparence. Si Anne Hidalgo exclut un moratoire sur la 5G à Paris, elle promet le lancement prochain d’une consultation publique auprès des habitants. Insuffisant ?

Un grand nombre de vœux ont été déposés sur la question. En pointe, les écologistes. Mi-septembre, les Verts avaient demandé à la ville de Paris de « prendre position » sur un moratoire immédiat concernant le déploiement de la 5G, « énergivore ». « Il s’agit là de notre responsabilité en tant qu’écologistes de porter le principe de précaution et de vigilance pour les Parisiennes et Parisiens », assurent-ils. Les écologistes rappellent notamment « que le déploiement de la 5G est incompatible avec l’Accord de Paris et la neutralité carbone en 2050 voulue par la Ville de Paris ». A quelques jours, de l’ouverture du conseil, ils ne lâchent rien. « Notre positon n’a pas changé », insiste Fatoumata Koné, présidente du groupe EELV au Conseil de Paris, auprès de 20 Minutes. Selon l’élue, le moratoire irait même de pair avec la consultation citoyenne parisienne.

Un voeu pour que Paris interpelle le gouvernement

« Le moratoire est un garant de la sérénité des débats pendant cette concertation citoyenne. Et dans le même temps, laissons les études d’impact continuer d’avancer pour avoir les informations nécessaires. Ça permettra de déterminer si oui ou non, il faut la 5G », conclut-elle.

Danielle Simonnet, conseillère de Paris (LFI) déplore l’« hypocrisie » d’Anne Hidalgo. « La maire de Paris a réaffirmé son refus de s’engager pour un moratoire sur la 5G tout en exprimant son souhait que le débat se poursuive en définissant une conférence citoyenne. Sauf qu’il y a déjà une conférence citoyenne sur le climat qui s’est déjà prononcée en faveur d’un moratoire et que la maire était d’ailleurs engagée à soutenir toutes ses propositions, à la différence du président Emmanuel Macron », détaille celle qui déposera un vœu pour que la Ville de Paris interpelle le gouvernement en faveur du moratoire.

« Anne Hidalgo a encore mis les élus de côté »

De leur côté, les élus de droite et du centre du groupe Changer Paris sont rangés derrière un mot d’ordre : « Concilier la santé des Parisiens et le progrès technologique ». « L’implantation des antennes-relais doit répondre à des critères de transparence, d’information et de concertation. La commission de concertation prévue dans la charte relative à la téléphonie mobile à Paris relève d’une approche essentiellement technique. Elle est satisfaisante pour réguler une technologie éprouvée [la 4G] mais inadaptée pour faire face aux enjeux considérables du bond technologique représenté par la 5G », mentionnent-ils. La capitale compte actuellement plus 1.600 antennes relais, soumises à cette charte sur la téléphonie.

« Malheureusement, cette commission en fonction depuis 2017 n’implique pas tous les groupes politiques du Conseil de Paris, représentatifs de du pluralisme de notre Ville et de tous ses arrondissements. À l’image de ce qu’elle a pu faire avec le PLU, Anne Hidalgo a encore mis les élus de côté concernant la 5G », concluent-ils. De son côté, la ville défend le lancement de sa consultation.

« Le but est de proposer des gardes de fou sur les usages » de la 5G

« Vu le nombre de vœux déposés lors de ce Conseil de Paris, c’est la preuve qu’il y a un besoin de débat démocratique sur le sujet et la preuve que le positionnement du président de la République n’est pas satisfaisant », explique Paul Simondon, adjoint à la maire de Paris en charge des finances, du budget et de la finance verte. « Nous allons donc proposer de tenir une discussion citoyenne sur le sujet à travers une conférence citoyenne avec les Parisiens et les partenaires des territoires métropolitains ». L’objectif « n’est pas de se positionner pour ou contre le déploiement de la 5G. La ville n’en a pas les moyens juridiques, rappelle-t-on à la mairie, le but est de proposer des gardes de fou sur les usages et créer un socle ».

Les Parisiennes et Parisiens devraient donc être invités prochainement à donner leur avis et faire part de leurs interrogations, craintes et attentes. « Le gouvernement entend les interrogations et comprend les demandes de réassurance » sur les questions sanitaires et environnementales, a expliqué le 1er octobre Cédric O, secrétaire d’Etat au Numérique qui présentera, le 8 octobre, « des premières mesures » concernant la consommation énergétique des antennes de téléphonie mobile, avant le lancement à venir d’« un plan de contrôle » sur l’exposition aux ondes 5G. Il a également promis que les élus seraient « systématiquement » prévenus de l’arrivée d’une antenne 5G à travers la création d’un « comité spécifique », dont la première réunion se tiendra le 22 octobre.

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