Paris : Des élèves en lutte contre la région qui veut fermer neuf lycées

Le compte monte désormais à neuf lycées… Après une réunion houleuse, profs, élèves et syndicats ont appris la désagréable nouvelle : ce n’est pas sept lycées qui vont bientôt fermer dans la capitale, mais neuf. A la liste initialement brandie par la région Ile-de-France, qui avance des raisons de vétusté et de démographie, s’ajoutent, pour la rentrée 2024, le lycée Jacques-Monod, actuellement sur trois sites (5e, 14e et 2e arrondissements) et le lycée François-Rabelais dans le 18e arrondissement.

« Ils ont l’air de découvrir qu’il va y avoir un pic démographique. On a vraiment l’impression d’être pris pour des idiots. C’est pour des raisons budgétaires, on nous a donné des raisons ridicules comme économiser 118 kg de carbone », tempête Ghislaine Morvan-Dubois, présidente de la FCPE. Lors de cette réunion, la région a diffusé un PowerPoint avec ces chiffres : la fermeture des sept lycées est présentée comme une mesure de sobriété énergétique, avec une estimation des économies générées par an de 2 gigawatts heure, 118 kg de CO2 et 312.000 euros. « 118 kg de CO2 ça correspond à 500 km en voiture, c’est pas un élément qui permet de justifier de déplacer des élèves », s’emporte aussi de son côté Charlotte Vanbesien, secrétaire générale adjointe de la FERC CGT.

Des nouveaux établissements loin du domicile

« Je dois ouvrir 30.000 places en banlieue, je ne peux pas laisser les places vides. Je suis obligée de faire mon devoir », réplique Valérie Pécresse, la présidente LR de la région, auprès de 20 Minutes, alors que la démographie parisienne est en chute libre, et que la grande couronne voit au contraire le nombre de lycéens augmenter. Mais pour la FCPE, la région avait le choix : « Ils ont mis 12 millions d’euros dans les agrandissements de lycées privés, ils n’étaient pas obligés de le faire, de même que de financer les cantines d’établissements privées, c’est un choix idéologique. »

La présidente de la fédération de parents d’élèves et la syndicaliste s’inquiètent des répercussions sur les élèves, en majorité en lycée professionnel, qui vont devoir rejoindre pour certains des établissements très loin de leur domicile. Les élèves du lycée Suzanne-Valadon, dans le 18e, au nord de Paris, vont ainsi être redéployés dans trois établissements différents, dans les 16e, 10e et 12e arrondissements.

Mise face à ces arguments, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, tempère : « Je comprends que le changement soit difficile à vivre. C’est vrai que sur les lycées professionnels il y a plus de déplacements. Mais les élèves seront bien mieux accueillis. Et si vous regardez les élèves du lycée Suzanne-Valadon vous allez trouver des élèves du 12e, 10e, etc. La notion de proximité pour un lycée non général n’est pas pertinente. » Faux, rétorque la FERC CGT. « En réalité, les élèves de Valadon viennent pour un tiers du 18e, et un tiers du 19e », avance Charlotte Vanbesien.

« Peur » du décrochage et de l’accroissement des inégalités

« Brassens fermé, nos rêves qui sont brisés ». « Notre éducation ne doit pas avoir de prix ». Pendant que se tenait la réunion, une centaine de parents, professeurs et élèves s’étaient rassemblés, pancartes à l’appui, en face de la région Ile-de-France, pour clamer leur désarroi. Des élèves du lycée Brassens, spécialisés en danse et musique notamment, ont improvisé des chants et de la danse, au son du musicien Rone. L’ambiance est bon enfant mais dès qu’on interroge les élèves, l’inquiétude pointe. « Ils galèrent déjà à Bergson [19e arrondissement] à faire les emplois du temps donc on se demande bien comment ils vont pouvoir aménager les horaires de quatre classes en double cursus », se demande Clara*. « C’est la première année où je me sens dans un lycée soudé », s’écrit Yuli, pressé de parler, qui ne veut pas être transféré dans un lycée plus gros, moins familial.

Manifestation de lycéens, lycéennes, profs et syndicats le mardi 8 novembre devant le Conseil régional d'Ile-de-France contre la fermeture de neuf lycées à Paris.
Manifestation de lycéens, lycéennes, profs et syndicats le mardi 8 novembre devant le Conseil régional d’Ile-de-France contre la fermeture de neuf lycées à Paris. – Aude Lorriaux

Côté prof, même anxiété. « Je suis engagé dans des projets pour des élèves en attente de ce type de pédagogie et je me retrouve du jour au lendemain confronté à la fermeture sans aucune concertation », s’inquiète Badri Hariry, professeur de lettres et histoire au lycée Suzanne-Valadon. « On a été déconcertés par la violence de cette annonce. Les arguments avancés semblent fallacieux. Le nôtre est ancien et pas vétuste. On a peur que cela accroisse les inégalités et qu’il y ait beaucoup de décrocheurs », complète Philippe Prevot, également professeur au lycée Valadon.

Des internats ou résidences étudiantes à la place

Quelques éléments rassurants sont quand même sortis de la réunion d’aujourd’hui. L’intersyndicale a obtenu confirmation qu’il n’y aurait pas de diminution de l’offre de formation. Et quant au devenir des bâtiments, la région s’est engagée à les maintenir au service des étudiants. A la place du foncier libéré, Valérie Pécresse entend ouvrir 1.000 lits sous forme d’internats, en particulier pour les filles, ou de résidences étudiantes, surtout pour « la filière médicale et paramédicale », a-t-elle détaillé.

La présidente de la région ne compte pas abandonner son projet, et se veut rassurante : « Ce n’est pas une fermeture, c’est une réorganisation. Je rappelle que ce mouvement concerne 1,7 % des lycéens. Cela va être pour leur bénéfice, je suis persuadée qu’il y aura 95 % de satisfaits. »

*le prénom a été changé