Paris: De la ligne 2 aux salles de concert, Mohamed Lamouri étend son raï rocailleux

Mohamed Lamouri, 37 ans — R.LESCURIEUX / 20Minutes

  • Mohamed Lamouri, a sorti son premier album: « Underground Raï Love »
  • Malvoyant, il a quitté l’Algérie pour la France en 2003.
  • Après 17 ans à jouer dans le métro, il se produit sur scène. 

Un raï underground et plein d’espoir. Depuis 17 ans, Mohamed Lamouri passe et repasse dans les rames du métro, le synthé Casio sur l’épaule, le Billie Jean envoûtant. Malvoyant, il a quitté l’Algérie pour la France en 2003. Repéré et séduit par Benjamin Caschera, qui l’a signé sur son label, Almost Musique, Mohamed Lamouri, 37 ans, a finalement décidé de prendre son envol et sortir du métro.

Il a notamment joué au FGO-Barbara, l’Olympic Café, le Printemps de Bourges et était à la Maroquinerie mercredi dernier pour jouer son premier album Underground Raï Love avec Groupe Mostla. Ligne 2, Hôtel California ou encore Cheb Hasni… Il a répondu aux questions de 20 Minutes.

Quelle est la différence entre jouer de la musique dans le métro, en studio et dans une salle de concert ?

Dans une salle de concert, je joue devant un public qui me suit et qui m’écoute. Ça fait plaisir. Dans le métro, je joue devant du monde, certains n’aiment pas, ne regardent pas et quelques-uns écoutent déjà de la musique. Mais d’autres apprécient et se rapprochent pour écouter. C’est différent mais j’ai rencontré tellement de personnes dans le métro. J’aime faire voyager les gens. D’ailleurs, j’y retourne jouer de temps en temps.

Pouvez-vous nous rappeler vos débuts ?

Je suis arrivé en 2003 en France. J’étais venu pour un festival de musiques arabo-andalouses à la Rochelle. Je suis ensuite allé à Paris voir de la famille et ma tante m’a dit « Mohamed, reste ici, ça ne sert à rien de retourner en Algérie ». J’ai hésité pendant deux semaines, je faisais des études là-bas. Finalement, je ne suis jamais revenu en Algérie. J’avais 21 ans. Je n’étais pas sûr de moi, de ma décision. C’était dur au début mais très vite je me suis lancé dans ma passion pour la musique, le piano notamment.

Vous souvenez-vous de votre premier métro en tant que musicien ?

La première fois, c’était dur. Mais j’ai tenté ma chance. Je ne connaissais personne. C’était fin 2004. Mon premier métro, c’était dans la ligne 10, entre Austerlitz et Boulogne. Il n’y avait pas beaucoup de monde. Il n’y a peut-être que deux stations où ça montait un peu. Je me souviens, le premier morceau que j’ai chanté dans le métro c’est L’Espoir de Cheb Hasni. Ensuite, j’ai fait la ligne 8, la 6, la 4, la 12. Et après je suis arrivé sur la 2.

Justement, que vous inspire cette ligne 2 ?

Cette ligne traverse tout Paris. Elle est aérienne et souterraine. On y trouve des quartiers riches et des quartiers populaires, notamment Belleville. Mon quartier. Quand je ne suis pas dans le métro, je suis au Zorba. J’aime beaucoup aussi Ménilmontant et le Café de Paris. Quand j’étais sur la 6, ça manquait de quartiers populaires. Au final, la ligne 2 brasse pas mal de classes sociales.

C’est quoi votre plus beau souvenir ?

Quand j’ai joué Hotel California dans la 2, un samedi soir, en 2006. Les gens dansaient. Il y avait tellement d’ambiance. Pourtant ce n’était pas gagné. Chanter cette chanson en arabe, tu vois ce n’est pas évident… Je devais descendre à Père Lachaise, finalement j’ai fini au terminus. Une autre fois, c’était le soir de la mort de Michael Jackson. Les gens étaient tristes. J’ai joué Billie Jean. C’était génial.

Aujourd’hui, on vous appelle le chanteur de Paris et aussi le chanteur de la ligne 2, vous en êtes presque devenu un symbole…

Ça me fait plaisir. Je suis fier de cette carrière en France que je n’ai pas eue en Algérie. Et ça aurait sans doute été plus compliqué. Il y a eu toute la décennie noire dans les années 1990 par exemple. A cette époque, Cheb Hasni a été assassiné, comme son producteur Rachid Baba Ahmed. Dans ce contexte, ce n’était pas évident pour un artiste d’aller dans un studio d’enregistrement.

Qu’avez-vous envie de dire aux gens qui vous ont écouté ou croisé dans le métro ?

Merci. Ça fait plaisir. Vous avez tous participé à mon album. J’espère qu’on va refaire de belles choses. Car tout ce qui vient du cœur devient beau.

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