Paris : Cinq Zouaves, groupuscule d’ultradroite, jugés pour des violences dans un bar antifa

La façade du palais de justice de Paris. (Illustration) — Clément Follain / 20 Minutes

  • Cinq militants d’ultradroite sont jugés ce vendredi pour des violences et des dégradations dans un bar, fief des antifas à Paris, en juin dernier.
  • L’action aurait été menée par les Zouaves Paris, un groupuscule néofasciste, qui fut particulièrement actif pendant le mouvement des « gilets jaunes ».
  • « Les rixes [entre l’extrême droite et l’extrême gauche], sont peut-être plus visibles grâce aux réseaux sociaux où elles sont relayées et commentées mais sont moins violentes que dans les années 1970 », précise le politologue Jean-Yves Camus.

La scène, aussi courte que violente, aurait pu se terminer dans un bain de sang. Le 4 juin dernier, vers 21 heures, une dizaine de militants d’ultradroite, cagoule sur le visage, armés de bâtons, de battes de base-ball et de bombes lacrymogènes ont poussé les portes du Saint-Sauveur – bar emblématique de la mouvance antifa, dans le 20e arrondissement de Paris – avec la ferme intention d’en découdre. En quelques minutes, les tables volent, les coups pleuvent, les clients dont certains n’ont aucun lien avec les antifas sont aspergés de gaz lacrymogènes.

« Il s’agit d’une énième récurrence des affrontements entre ces deux mouvements depuis les années 1970, analyse le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite. La date n’a d’ailleurs pas été choisie au hasard. » Elle intervient deux jours avant le septième anniversaire de la mort de Clément Méric, militant antifa tué par un skinhead en marge d’une vente de vêtements.

Si cette fois – heureusement –, il n’y a eu ni mort ni blessé grave, cinq militants sont jugés ce vendredi devant la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour des « violences en réunion n’ayant pas entraîné d’interruption totale de travail » et des « dégradations ». L’attaque avait rapidement été revendiquée sur la chaîne Telegram « Ouest Casual », qui rassemble plusieurs groupuscules néofascistes, par les Zouaves Paris.

Principalement des membres de la grande bourgeoise, catholiques intégristes

« C’est un groupe qui a acquis une certaine prééminence depuis l’autodissolution du GUD [groupe union défense, un syndicat d’extrême droite] en 2017 et a été très actif pendant le mouvement des « gilets jaunes » », précise Jean-Yves Camus. Selon le politologue, une vingtaine de personnes composent le noyau dur du mouvement, principalement des membres de la grande bourgeoise, catholiques intégristes. « Ils sont parfois rejoints par d’autres groupuscules, notamment de province, d’extraction plus populaire », précise-t-il.

Le groupuscule, loin d’en être à sa première action violente, est bien connu des services de renseignements. En janvier 2019, six d’entre eux ont été condamnés pour leur participation aux dégradations contre l’Arc de Triomphe lors de l’acte 3 des « gilets jaunes », un mois auparavant. Tous avaient reconnu appartenir à l’ultradroite mais nié faire partie des Zouaves. Y compris l’un de leurs chefs présumés, Marc de Cacqueray-Valmenier, 22 ans, condamné à six mois de prison avec sursis et 105 heures de travaux d’intérêt général. Ce vendredi, il sera à nouveau sur le banc des prévenus, son ADN ayant été retrouvé sur le manche d’un brise-vitre dans le bar.

« Il n’y a aucune production intellectuelle, ils sont là pour la cogne »

« C’est un groupe néofasciste dans lequel on ne retrouve aucune tentative d’élaboration doctrinale, leur idéologie se résume en un seul point : lutter contre les antifascistes », analyse Jean-Yves Camus. Moins d’un mois après la condamnation de certains membres, les Zouaves s’en prennent à des militants du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) lors de l’acte 11 des « gilets jaunes », quelques mois plus tard, ils agressent un étudiant portant une veste aux couleurs du Maroc. Le soir de l’incendie de Notre-Dame, une rixe éclate avec des militants antifas, croisés au détour d’une rue. « Il n’y a aucune production intellectuelle, ils sont là pour la cogne », insiste le politologue. Preuve, en est, selon lui : pendant les manifestations des « gilets jaunes », ils n’ont distribué des tracts qu’à une seule reprise. Et encore : un recto imprimé sur un petit bout de papier.

Malgré cette descente au Saint-Sauveur et l’activisme du groupuscule, les affrontements entre militants d’extrême droite et d’extrême gauche se sont raréfiés ces dernières années. « Les rixes, sont peut-être plus visibles grâce aux réseaux sociaux où elles sont relayées et commentées mais sont moins violentes que dans les années 1970 », précise le politologue. Mais le risque qu’une bagarre tourne au drame, comme ce fut le cas dans l’affaire Méric, n’est jamais exclu.

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