Paris : Bagagistes et agents de maintenance impliqués dans le trafic de cocaïne à Orly
L’affaire, jugée depuis le mardi 26 octobre 2023 à Paris, implique douze personnes, dont 11 hommes et une femme, pour des accusations de vol et de trafic de stupéfiants. Le procès doit se terminer le 20 janvier 2024.
Des bagagistes, des agents de maintenance, et peut-être même des policiers… Le procès, qui débute ce mardi à Paris, met en lumière un trafic bien organisé. Il illustre la capacité des trafiquants de stupéfiants à corrompre des employés des aéroports et des forces de l’ordre pour importer, par avion, de grandes quantités de cocaïne. Douze personnes – 11 hommes et une femme – sont jugées pendant sept jours devant le tribunal correctionnel. Selon le parquet, certains sont accusés d’avoir volé, en 2016, un container contenant 100 kg de cocaïne à l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne), tandis que d’autres sont jugés pour avoir importé de la drogue depuis Saint-Domingue et organisé sa revente en métropole.
L’histoire commence le 26 octobre 2016. Vers 9h20, des malfaiteurs s’emparent, sur les pistes d’Orly, d’un container fraîchement débarqué d’un vol Corsair en provenance de Pointe-à-Pitre. Ce vol, exceptionnel et inédit, étonne les gendarmes de la section de recherche des transports aériens, en charge des enquêtes. Rapidement, les enquêteurs pensent que le caisson contient une importante quantité de drogue. Un renseignement des douanes vient confirmer leur intuition : une centaine de kilos de cocaïne, destinée à une équipe de Villejuif, s’y trouve. Étant donné la sophistication de l’affaire, la juridiction interrégionale spécialisée de Paris s’empare du dossier.
Les gendarmes identifient rapidement Fikri D., le bagagiste intérimaire qui a déchargé le container à Orly. Ce dernier a remis son contenu à un certain Jean-Pierre C. avant de demander de l’argent à Kamal L., agent de maintenance à Orly. Les militaires les interpellent et les placent en garde à vue. Fikri D. admet avoir récupéré un chargement de cocaïne contre un paiement de 50 000 euros. Il déclare avoir été approché par Kamal L. qui lui a présenté Jérôme G., un de ses complices.
Fikri D. révèle que les organisateurs de l’opération seraient deux hommes, Samir G. et Arnaud L., surnommé « Le Chinois ». Le duo, originaire de la cité des 3F à Athis-Mons, avait déjà été condamné pour trafic de stupéfiants. Pour accéder au container, Fikri D. a utilisé le badge d’Adama D., un saisonnier qui conteste toute implication dans les faits. Les commanditaires, ayant appris des interpellations, prennent alors la fuite au Maroc. Cependant, le trafic est repris par un autre duo, Abdrahaman M. et Kamel G., dont ce dernier est le frère de Samir G.
Un autre aspect de cette affaire attire également l’attention de la justice. Le 1er décembre 2017, Abdoul F., également bagagiste à Orly, est interpellé après avoir pris possession d’une valise en provenance de Saint-Domingue, contenant 28 kg de cocaïne. Face aux enquêteurs, il explique avoir été sollicité par deux hommes rencontrés le matin même, qui lui ont proposé 5 000 euros pour récupérer le bagage. Abdoul F. mentionne également une certaine Anaïs D., une autre bagagiste, qui accepterait, comme lui, de l’argent pour réaliser ce type de mission. Une information judiciaire est ouverte à Créteil le 5 décembre 2017.
Les enquêteurs découvrent qu’Abdoul F. a discuté au téléphone de projets d’importation de cocaïne avec Kamal L. et un certain Walid G. Les suspects sont interpellés en juillet 2018. Trois mois plus tard, la Jirs de Paris décide de prendre en charge cette affaire, alors instruite à Créteil, en raison des liens entre les deux dossiers.
Cependant, une découverte encore plus troublante émerge. Les gendarmes, à la recherche de Samir G., réalisent que des policiers du commissariat d’Athis-Mons et de Villeneuve-Saint-Georges ont consulté plusieurs fois les fichiers concernant ce suspect et ses présumés complices, notamment après le vol du container. Les enquêteurs constatent également qu’Amal Z., une ex-compagne de Samir G., est policière à Paris. A-t-elle informé ses collègues sur les investigations en cours le visant ? Pour clarifier la situation, l’inspection générale de la police nationale est saisie.
Arnaud L., Samir G., Kamel G. et Abdrahamane M. sont interpellés le 13 novembre 2018. Cinq ans plus tard, la juge d’instruction décide de renvoyer sept suspects devant le tribunal correctionnel pour « vol en réunion dans un lieu de transports », « importation et trafic de stupéfiants », et « association de malfaiteurs ». Parmi eux, Kamal L. et Jérôme G. sont également renvoyés, accompagnés de trois autres personnes, pour « importation et trafic de stupéfiants » en provenance de Saint-Domingue. Enfin, Kamel G. et Abdrahaman M. seront jugés pour trafic de cocaïne et cannabis. Leur procès doit se conclure le 20 janvier.

