Ovni, Roswell, Obama, Trump : l’engouement jamais démenti pour les extraterrestres aux États-Unis
56 % des citoyens américains croient que les extraterrestres existent probablement ou sans aucun doute, selon un sondage YouGov publié en novembre. Entre 2007 et 2012, le programme secret AATIP (Advanced Aerospace Threat Identification Program) a analysé des signalements d’objets non identifiés.
Les États-Unis ont une longue histoire d’intérêt pour les ovnis. Cette question, souvent source de controverses, est fréquemment soumise aux débats publics et posée aux personnalités politiques américaines. Par exemple, lors d’une audition par une commission républicaine portant sur les relations de son couple avec Jeffrey Epstein, Hillary Clinton a été interrogée à ce sujet jeudi. Dans un podcast publié le 14 février, l’ancien président Barack Obama a été également interrogé sur l’existence des extraterrestres. Il a plaisanté, affirmant qu’ils étaient « réels », mais qu’il ne les avait « pas vus ».
Cette déclaration a suscité la réaction de Donald Trump, qui a affirmé que l’ex-président avait « commis une énorme erreur » en divulguant des « informations classifiées », tout en précisant qu’il ne savait pas « s’ils [les extraterrestres] sont réels ou non ». Trump a également annoncé son intention d’ordonner aux agences fédérales d’« identifier et de publier » les documents relatifs aux extraterrestres et aux ovnis, un sujet qui suscite un vif intérêt aux États-Unis.
D’après un sondage YouGov réalisé en novembre, 56 % des Américains croient probablement ou sans aucun doute à l’existence des extraterrestres. Environ un tiers des Étatsuniens (30 %) estime aussi que les ovnis sont probablement des vaisseaux ou des formes de vie extraterrestres. Pierre Lagrange, sociologue et anthropologue, chercheur associé à l’EHESS et spécialiste des croyances, souligne que pour comprendre l’engouement des Américains pour les ovnis, il est nécessaire d’aborder d’autres controverses liées aux déclarations de Trump.
L’histoire des États-Unis est riche en événements liés aux extraterrestres et à leurs engins volants. Laurence Nardon, directrice du programme Amériques de l’Ifri (Institut français des relations internationales), évoque dans un épisode du podcast « New Deal » de Slate que tout a commencé en 1947. Le 24 juin, Kenneth Arnold, un pilote commercial, aperçoit neuf objets volants étranges au-dessus des montagnes du nord-ouest des États-Unis.
Dix jours plus tard, l’affaire de Roswell devient connue dans le monde entier : un propriétaire de ranch au Nouveau-Mexique découvre des débris sur ses terres et un communiqué, rapidement démenti, évoque une « soucoupe volante ». Une rumeur s’installe, comme l’explique Laurence Nardon dans le podcast : « Celle qu’un engin extraterrestre s’est écrasé et, plus tard, on dira qu’il contenait des corps d’aliens qui auraient été emmenés dans la zone 51 [une base militaire secrète dont la CIA n’a reconnu l’existence qu’en 2013] pour y être étudiés. »
Cette affaire de Roswell résonnera pendant des années, ouvrant la voie à de faux témoignages et vidéos soutenant la thèse extraterrestre, malgré les explications des autorités affirmant que les débris retrouvés étaient issus d’un ballon-sonde. Ce récit a fortement influencé la culture populaire, inspirant des œuvres comme des séries telles que The Twilight Zone et X-Files, ainsi que des films tels que Les envahisseurs, Rencontres du troisième type ou E.T., l’extraterrestre.
En ce qui concerne les autorités, plusieurs projets ont été lancés officiellement pour enquêter sur les ovnis, suite à l’affaire de Roswell et aux signalements qui l’ont suivie, mais beaucoup de ces initiatives ont manqué de financement. Le projet Blue Book, actif de 1952 à 1969, a reçu des directives claires pour ne pas prendre les témoignages au sérieux, selon Laurence Nardon. Cependant, le discours autour des ovnis a évolué : la question est maintenant abordée de manière plus sérieuse, notamment grâce à des enquêtes approfondies réalisées par des journalistes d’investigation.
Le Pentagone a étudié ces phénomènes ces dernières années. Entre 2007 et 2012, le programme secret AATIP (Advanced Aerospace Threat Identification Program) a analysé des signalements d’objets non identifiés. En août 2020, l’UAP Task Force a été créée pour centraliser la compilation et la restitution des informations sur les ovnis signalés. Cette entité a depuis été remplacée par l’AARO (All-domain Anomaly Resolution Office), le Bureau de résolution des anomalies tous domaines, dépendant du département de la défense américain.
Malgré leur prévalence dans le discours américain, les ovnis ne devraient pas servir à détourner l’attention des sujets plus sérieux, met en garde Pierre Lagrange. Pour lui, l’annonce récente de la déclassification de documents sur les ovnis et les extraterrestres est surtout révélatrice de « la manière dont Trump déteste Obama, mais aussi de la manière dont il est prêt à utiliser n’importe quel sujet pour détourner l’attention des affaires qui lui sont reprochées, comme l’affaire Epstein ».
Selon Lagrange, les débats autour des ovnis et la question de la croyance en ces phénomènes révèlent notre rapport au monde : « C’est l’un des rares sujets qui concentrent l’ensemble des difficultés que nous rencontrons lorsque nous tentons de décrire notre rapport au réel, dans une société où nous essayons constamment de séparer le vrai du faux, le rationnel de l’irrationnel, la croyance du savoir, etc. »
Il souligne que le problème des polémiques portant sur les ovnis est que l’on « analyse cela à l’envers, en se demandant pourquoi les gens y croient », alors que toutes les histoires « témoignent moins de l’existence de croyances que d’une société qui cherche à tout prix à distinguer les individus rationnels, capables d’être des acteurs raisonnables, des esprits crédules ». Cette thématique reste aussi sérieuse que celle des ovnis.

