Otages au Bénin: Les deux militaires tués appartenaient au commando Hubert, «l’élite de l’élite»

Les deux militaires, Maître de Pierrepont, à gauche, et Maître Bertoncello, à droite, tués en opération lors de la libération de quatre otages au Burkina Faso. — Marine nationale

  • Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, les deux militaires tués lors de l’opération de sauvetage des deux otages français au Burkina Faso, appartenaient au commando Hubert.
  • Cette unité spéciale de la Marine est l’un des commandos les plus aguerris de France, spécialisé dans le contre-terrorisme et la libération d’otages.

Le commando Hubert touché et endeuillé. Les deux soldats tués lors d’une opération de sauvetage de deux otages au Burkina Faso dans la nuit du 9 au 10 mai, Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, appartenaient au commando Hubert. 20 Minutes vous présente cette troupe d’élite basée à Saint-Mandrier, juste à côté de Toulon, dans le Var.

Une histoire et un savoir-faire

L’année 1942 voit la création du premier bataillon de marins-fusillers, qui est en réalité le premier commando à voir le jour, sous le commandement de l’officier de la Marine nationale Philippe Kieffer. Ce commando fait partie de l’armée libre basée en Angleterre, il participera au débarquement de Normandie le 6 juin 1944. Le commando prend la suite des commandos Kieffer en 1947, sous le nom d’« Hubert », un lieutenant de vaisseau abattu lors du débarquement de Normandie.

Ce commando est unique en son genre puisque les soldats qui le composent sont spécialisés dans les différents modes d’infiltration. « Ils sont capables d’arriver sous l’eau à l’aide de mini-sous-marins, mais aussi sur l’eau grâce à des embarcations très puissantes. Comme ce fut le cas lors de l’opération de sauvetage des deux otages, ils peuvent également dériver sous l’aile, c’est-à-dire s’approcher d’objectifs à l’aide d’un parachute très fin qui permet une arrivée en toute discrétion », indique Jean Marc Tanguy, journaliste et auteur du blog Le Mamouth, spécialisé sur les questions de défense.

Des hommes d’exceptions pour des missions extrêmes

Le commando Hubert est composé d’une centaine d’hommes sur la base de Saint-Mandrier, dans le Var. A peu près la moitié de ces hommes sont des commandos d’actions, tandis que l’autre moitié intervient en soutien. Pour intégrer ce prestigieux groupe, des sélections draconiennes doivent être réussies. « De base, il faut être marin. Il faut ensuite réussir la sélection des fusillers-marins, et celle des commandos. Ce n’est qu’une fois commando et après avoir servi plusieurs années, qu’ils peuvent devenir nageurs de combat. Ce test est tellement sélectif qu’il arrive qu’aucune personne ne soit brevetée. On est vraiment dans l’élite de l’élite », explique Jean Marc Tanguy.

De par leurs compétences, ces marins interviennent principalement pour des missions de contre-terrorisme et de libération d’otages. Ils ont notamment servi en Afghanistan, dans l’océan Indien contre les actes de pirateries, en Libye, mais aussi sur la zone irako-syrienne et au Sahel depuis plus de 10 ans.

Un « culte de la mission » et une « notion du risque »

Face à l’extrême dangerosité de leur mission dans la nuit du 9 au 10 mai au Burkina Faso, certaines voix se sont élevées pour s’interroger sur cette prise de risque. Comme l’a déclaré Jean-Luc Bertoncello, le père d’Alain, au micro d’Europe 1, il considère que « [son] fils a réussi sa mission ». C’est ce qui prédomine chez ces soldats surentraînés. « Il y a un culte de la mission chez ces militaires, la mission est reine. Il n’est pas question pour eux de ne pas accomplir la mission », estime Jean-Marc Tanguy.

De là à prendre des risques inconsidérés ? « La notion de risque est connue dès le départ, mais aussi pendant la progression de leur carrière. Les familles et leurs frères d’armes vivent des moments durs après leur disparition, mais les uns et les autres connaissent les risques que prennent ces hommes du commando Hubert », pense Jean-Marc Tanguy. Comme il l’explique, ces hommes sont tout sauf des inconscients, ils travaillent beaucoup pour préparer leur mission. « Il s’agit quasiment d’un travail scientifique, il n’y a pas le droit d’être pris au dépourvu. Ils travaillent donc sur tous les cas possibles, la tactique est vraiment au coeur de leur métier. On a un peu l’image de bourrin des forces spéciales américaines à travers la télé, mais ces hommes sont très puissants intellectuellement », détaille le spécialiste.

Le déroulement des opérations confirme d’ailleurs le grand sang froid de ces hommes. Après avoir été repérés à quelques dizaines de mètres de leur objectif, les militaires ont donné l’assaut sans faire feu pour préserver la vie des otages. Ils se sont finalement aperçus de la présence d’une otage sud-coréenne et d’une otage américaine. « La libération surprise de ces deux otages, rend d’autant plus remarquable la maîtrise du feu par les commandos, qui cherchaient deux otages », a déclaré le général Lecointre. Une cérémonie nationale rendra hommage à ces deux combattants d’élite ce mardi aux Invalides.

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