«Orange is the new black», la série qui s’est affranchie d’un monde blanc, macho et hétéronormé

Piper Chapman (Taylor Schilling) dans la saison 6 de «Orange Is The New Black». — Copyright JoJo Whilden / Netflix

  • L’ultime saison d’Orange Is The New Black est disponible ce vendredi sur Netflix.
  • Cette série carcérale s’est imposée comme la série préférée des abonnés Netflix. 
  • Orange is The New Black rassemble une foule de personnages, représentant une grande partie de la population, normalement exclue de la télé comme les femmes de couleur, des classes inférieures, les lesbiennes ou encore les femmes trans.

Les portes du pénitencier de Lichfield vont se refermer. Jenji Kohan, la showrunneuse de Weeds, libère ce vendredi sur Netflix la dernière saison d’Orange Is The New Black. Lancée par la plateforme le 11 juillet 2013, cette série carcérale, adaptation du roman éponyme de Piper Kerman, s’est imposée en sept saisons comme la série préférée des abonnés Netflix, reléguant au mitard House of Cards, série produite par David Fincher et portée par Kevin Spacey, et lancée en grande pompe en février 2013.

Néoféminisme, mouvements #MeToo et  Black Lives Matter, pensée body positive, combat pour l’égalité des droits LGBT… En six ans d’existence, Orange Is The New Black aura déverrouillé le monde blanc, macho, et hétéronormé des séries télévisées populaires. 20 Minutes vous explique…

Une série chorale féminine

Comme Oz ou Prison Break, Orange Is The New Black a pour cadre un établissement pénitentiaire, mais il s’agit d’une prison réservée aux femmes, Lichfield dans l’Etat de New York. Cette série chorale est dotée d’une soixantaine de personnages récurrents, dont quinze au moins peuvent être qualifiés de personnages principaux. Si la télévision n’a pas attendu Orange Is The New Black pour engendrer des programmes centrés sur un personnage féminin fort (The Good Wife, Weeds) ou un groupe de personnages féminins (Sex and The City, Desperate Housewives), jamais auparavant une série n’avait montré autant de types de femmes différentes, à l’instar de son générique composé d’une multitude de visages féminins.

Une série body positive

Des blondes, des brunes, des rousses, des poilues, des rasées, des tatouées, des percées, des petites, des grandes, des minces, des rondes, des coquettes, des mal coiffées… Orange Is The New Black n’a pas cherché à imposer une norme, mais a proposé une large variété de représentations du corps féminin et de la féminité à l’écran. Comme Lena Dunham avec Girls, Danielle Brooks, l’interprète de Taystee, est d’ailleurs devenue un des fers de lance du mouvement body positive, qui aide les femmes à s’accepter et à s’aimer telles qu’elles sont, en postant sur son compte Instagram des photos d’elle au naturel.

Les questions autour des règles, de la grossesse, de la maternité et de la sexualité féminine n’ont jamais été taboues dans OITNB.

Une série qui prône la diversité

Orange is The New Black rassemble une foule de personnages, représentant une grande partie de la population, normalement exclue de la télé comme les femmes de couleur, les femmes des classes inférieures, les lesbiennes ou encore les femmes trans. La première saison suit l’incarcération de Piper Chapman. A son arrivée, cette femme de 34 ans – blanche, éduquée, hétérosexuelle et issue des classes supérieures – s’efforce naïvement, comme le public, de comprendre la racialisation manifeste de son nouvel environnement.

Noires, Blanches ou Latinos… A Lichfield, les rapprochements entre prisonnières sont bien davantage conditionnés par les couleurs de peau et les appartenances ethniques que par les affinités. Au travers de Piper, la série critique les fantasmes de l’Amérique post-raciale, comme le « color blindness », argument utilisé par les Blancs consistant à dire : « Moi, je ne vois pas les couleurs » pour éviter tout soupçon de racisme.

Une série pas hétéronormée

Si l’on découvre Piper sur le point de se marier avec un homme, on apprend rapidement qu’elle a été incarcérée pour quinze mois après avoir transporté une valise d’argent provenant de la vente d’héroïne à Bruxelles pour son ancienne compagne, Alex. Une fois encore, le personnage de Piper, en tant que mandataire hétérosexuelle, permet aux téléspectateurs de s’identifier dans le monde de la sexualité queer au sein du pénitencier fictif de Litchfield.

Une série sur l’intersectionnalité

Crazy Eyes, Nicky, Taystee, Red, Poussey, Blanca, Sophia, Mei, Pennsatucky, Gloria, Cindy, Daya, Lorna, Flaca, Big Boo… Au fil des saisons, le public va aller au-delà des apparences et découvrir au travers une multitude de flash-back le background social des détenues. Des histoires variées, centrées sur les particularités de la communauté, de la classe ou de l’orientation sexuelle dont est issue la détenue, soit autant d’itinéraires qui contrastent avec le passé privilégié de Piper Chapman.

Orange Is The New Black montre comment des personnes peuvent subir plusieurs formes de stratification, de domination et de discrimination. Sophia, campée par Laverne Cox, femme noire transgenre, lutte à la fois contre la transphobie et le racisme. La White Trash Pennsatucky a vécu une triste vie en mobil-home avant de se faire violer par un des gardiens de la prison. « Think of all the roads (Penser à toutes les routes)/ Think of all their crossings (Penser à tous leurs croisements) », entonne Regina Spektor dans le chanson You’ve Got Time du générique.

Une série à forte dimension politique

Le titre de la série Orange Is The New Black parodie une expression de fashionistas. L’utilisation du mot « Black » désigne aussi bien le noir comme couleur standard de la mode que la surreprésentation des Noirs dans le système carcéral américain. La mode et le système judiciaire sont donc tous deux soumis aux diktats de l’apparence. La mort de Poussey, un des personnages les plus appréciés de la série, en fin de saison 4, quelques mois avant l’élection de Donald Trump, puis le verdict à l’encontre de Taystee en saison 6, condamnée injustement pour le meurtre de Piscatella, dresse le portrait d’une Amérique ultralibérale pourrie par la haine et l’exclusion. Des thématiques que l’on retrouve récemment dans When They See Us et prochainement dans Lovecraft Country. Parce qu’Orange Is The New Black s’est affranchie des normes tout en étant populaire, elle demeurera, malgré ses défauts, importante et pionnière.

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