Orage de grêle en Gironde : « Il faudra un an pour réparer la ville » du Taillan-Médoc

Après le choc, place à la mobilisation. Un peu plus de 48 heures après le terrible orage de grêle qui a dévasté la commune du Taillan-Médoc, au nord-ouest de Bordeaux (Gironde), l’heure est à la gestion de crise, et à la préparation de la reconstruction.

Plusieurs maisons ont vu leurs plafonds s'effondrer sous le poids de l'eau après l'orage
Plusieurs maisons ont vu leurs plafonds s’effondrer sous le poids de l’eau après l’orage – Mickaël Bosredon/20 Minutes

Ce jeudi matin, la maire Agnès Versepuy court d’une pièce à l’autre dans son hôtel de ville. Répond aux appels en même temps qu’à nos questions. Elle doit organiser à la fois l’accueil des enfants alors que les écoles ont fermé, l’aide à ses administrés pour les déclarations aux assurances, et la mise en place d’une cellule psychologique pour ceux qui ont été le plus choqués. « J’ai reçu des gens en pleurs », glisse-t-elle.

Agnès Versepuy, maire du Taillan-Médoc
Agnès Versepuy, maire du Taillan-Médoc – Mickaël Bosredon/20 Minutes

Le premier bilan de cet orage, qui s’est abattu sur la ville durant une quinzaine de minutes lundi vers 21h30, fait état d’environ 3.000 foyers touchés, sur les 5.000 de la commune. « Une première estimation, très basse, nous indique qu’une centaine de maisons sont inhabitables, mais ce chiffre va augmenter. » Des dizaines de voitures ont été détruites. « Ceux qui n’ont eu que la voiture touchée s’estiment épargnés », souligne l’élue.

« Les plafonds ont commencé à devenir marron, puis à se fissurer »

Fred et Marie Duval, un couple avec trois enfants, ont subi la double peine. Maison et voitures détruites. Comme à peu près tous leurs voisins dans leur quartier. « Au début il y avait de petits grêlons, puis ça s’est mis à taper très fort, on ne rigolait plus », se souvient le couple.

Le plafond de cette chambre est entièrement tombé, après l'orage de grêle qui a touché Le Taillan-Médoc (Gironde)
Le plafond de cette chambre est entièrement tombé, après l’orage de grêle qui a touché Le Taillan-Médoc (Gironde) – Mickaël Bosredon/20 Minutes

L’eau a commencé à s’infiltrer dans leur logement par la toiture. « On a mis des seaux, des bassines, des serviettes, pour éponger… Les plafonds ont commencé à devenir marron, puis à se fissurer. Mais ça ne s’est pas effondré tout de suite. On a fini par se résigner, et la mort dans l’âme nous sommes partis vers 1h30 du matin. Les pompiers étaient passés pour poser une bâche, il n’y avait plus rien à faire. »

Au Taillan-Médoc, des dizaines de voitures ont été détruites par les impacts des grêlons après l'orage
Au Taillan-Médoc, des dizaines de voitures ont été détruites par les impacts des grêlons après l’orage – Mickaël Bosredon/20 Minutes

Partis loger chez des proches, le couple est revenu le lendemain matin. « On ne pouvait plus ouvrir notre porte. Tout était tombé à l’intérieur. » La sécurisation complète de la maison, ne se fera « qu’aujourd’hui ou demain ». Fred et Marie savent « que la situation ne va pas se régler rapidement : tout le monde est débordé, il y a des pénuries de tuiles partout… »

La municipalité a déjà reçu 879 administrés

« Le plus dur reste à venir, confirme Agnès Versepuy. Nous avons stabilisé la gestion de crise, en ouvrant au pied levé un lieu pour ceux qui ne savaient pas où dormir. Mais on craint d’avoir plus d’affluence dans les prochains jours, quand certains vont comprendre que l’assurance va bientôt arrêter de payer le relogement. Certains pourront loger chez des proches, mais pas tous, et en plus ce n’est pas forcément à côté, alors que beaucoup ont aussi perdu leurs voitures. »

Certains qui avaient tenu le coup psychologiquement jusqu’ici, commencent à craquer, « car ils comprennent qu’ils ne peuvent plus habiter dans leur maison, qu’ils ont tout perdu. » Entre lundi soir et mercredi soir, la municipalité a reçu 879 administrés, « qui se sont présentés en mairie notamment pour que l’on appuie leurs demandes auprès des assurances. »

La moitié des bâtiments publics inutilisable

Pour ne rien arranger, un nouvel orage s’est abattu sur la ville mercredi matin. Sans grêle mais avec une pluie intense. « Ça a été difficile à vivre, mais notre mot d’ordre était la continuité du service public, il nous fallait absolument montrer que l’on est là pour gérer la situation. »

L’orage de lundi soir a pourtant fait des dégâts sur le patrimoine de la ville aussi. « Nous recensons 49 bâtiment publics, des écoles aux services techniques en passant par les services administratifs, qui sont inutilisables, soit 50 % de notre parc, relève Agnès Versepuy. Nous avons fermé nos trois groupes scolaires, ce qui représente 700 enfants. Nous sommes obligés d’attendre de voir si les plafonds vont sécher ou pas, car ils menacent de s’effondrer, et nous ne savons pas encore si nous pourrons rouvrir les écoles lundi. »

Attention aux faux entrepreneurs qui viennent pour escroquer les victimes

En attendant, un accueil d’urgence se fait au pôle culturel de la ville. Ce jeudi, 370 enfants ont pu être reçus. « On essaye d’en accueillir un maximum, pour que les parents continuent de gérer la crise, mais nous invitons ceux qui peuvent garder leurs enfants à le faire, afin de soulager nos équipes. » Des équipes totalement mobilisées, et qui en l’absence de cuisine, ont improvisé de réaliser un déjeuner à base de sandwichs et chips ce jeudi.

Le pôle culturel du Taillan-Médoc accueille les enfants
Le pôle culturel du Taillan-Médoc accueille les enfants – Mickaël Bosredon/20 Minutes

Un autre sujet à gérer, est celui des tentatives d’escroqueries. « On a eu énormément d’actes malveillants, se désole l’élue. Dans toutes les rues de la commune il y a des camions de faux entrepreneurs qui font payer 1.500 euros, 3.000 euros, et même une fois jusqu’à 10.000 euros, simplement pour bâcher la toiture. Heureusement, les polices municipales d’Eysines, Parempuyre, Le Haillan, Blanquefort, viennent nous prêter main-forte pour écarter ces gens-là, et la gendarmerie prend cela très au sérieux. »

« L’urgence est partout »

Consciente que « l’on ne s’en sortira pas tout seuls », Agnès Versepuy lance par ailleurs un appel. Auprès de la préfecture et de Bordeaux Métropole pour qu’ils mobilisent des moyens. Auprès des professionnels et des particuliers également. « Nous avons besoin de couvreurs, nous allons aussi avoir besoin de cartons, car les gens vident leurs maisons, et il faut le faire vite car la pluie va continuer de tomber jusqu’à la fin de la semaine. Il nous faut également des bâches, ceux qui ont des camions ou des remorques peuvent venir également, et il nous faut des bras pour aider à porter des meubles. »

« L’urgence est partout », conclut l’élue avant de filer pour un nouveau rendez-vous. Elle estime qu’il faudra « une année pour tout réparer. »