Open d’Australie: Stress, tension et colère des locaux… Le tournoi vire au grand foutoir généralisé

Image rare d’une tenniswoman autorisée à aller s’entraîner. — William WEST / AFP

  • Le début de l’Open d’Australie a été repoussé au 8 février par les organisateurs.
  • Plus de 70 athlètes doivent observer une période de quarantaine rendant leur préparation au tournoi extrêmement compliquée.
  • Pour ne rien arranger, ceux-ci se sont mis à dos une bonne partie de l’opinion publique australienne qui voit dans leurs plaintes un caprice bien malvenu.

Des avions affrétés spécialement pour les joueurs quand les Australiens de l’étranger peinent eux-mêmes à rentrer au pays, une cargaison de joueurs confinés obligés de taper des balles contre les murs de leur chambre et de s’entretenir physiquement dans 10m² et une population locale en rupture totale avec les athlètes… On savait que l’organisation de l’Open d’Australie – dont le lancement a été décalé au 8 février – en pleine pandémie mondiale allait être un poil compliquée, mais la réalité du terrain dépasse de loin toutes nos prévisions.

Après la découverte de cas de Covid-19 dans trois des dix-sept avions transportant les joueurs et leur staff (venant de Doha, Los Angeles et Abu Dhabi), les organisateurs du tournoi, pressé par les autorités du pays, n’ont eu d’autres choix que de placer tout ce petit monde en quarantaine stricte dans leurs hôtels de Melbourne. Ce qui a donné lieu ces derniers jours à de nombreuses scènes cocasses de joueurs contraints de s’entraîner avec les moyens du bord dans leur chambre d’hôtel. Et pour celles et ceux qui avaient la chance de pouvoir sortir quelques heures, il a fallu faire avec des annulations en cascades des sessions d’entraînements.

« C’est comme être en prison mais avec le wifi »

Appelé à jouer les pompiers de services pour calmer le jeu, le patron du tournoi Craig Tiley n’a eu d’autres choix que d’admettre « l’échec du système ». « Il y a eu beaucoup d’heures de travail, de planification, et de préparation autour de ça, a-t-il précisé. Mais les évènements des derniers jours ont testé notre dispositif, et il a failli. Ce qui a eu pour conséquences des problèmes de transport et de retards dans les sessions d’entraînement ».

Joint lundi par nos confrères du Parisien, le lucky loser Français Alexandre Muller a livré un bel aperçu de la vie qui attend les confinés pour pas mal de temps encore : « On a simplement le droit d’ouvrir la porte de la chambre pour récupérer le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner. Dans la chambre en face de la mienne, il y a Quentin Halys. Nous devons éviter d’ouvrir nos portes en même temps. Si jamais on se parle, on risque de se faire virer… Il y a un policier au bout du couloir qui surveille l’étage 24h/24. »

Je suis une célébrité, sortez-moi de là ! Je suis une célébrité, sortez-moi de là ! – William WEST / AFP

De là à comparer cela avec les conditions de surveillance d’une prison de haute sécurité, il n’y a qu’un pas que l’Espagnol Roberto Bautista Agut a franchi sans trembler des mollets. « C’est comme être en prison mais avec le wifi. Ces gens n’ont aucune idée de ce qu’est le tennis et l’entraînement. C’est un désastre complet. Ce n’est pas Tennis Australia qui contrôle tout, c’est le gouvernement », a-t-il pesté. Il n’est pas le seul dans ce cas-là. Mieux loti que le gros du troupeau puisqu’ils partagent avec les poids lourds une sorte de « bulle VIP » dans la ville d’Adélaïde, Novak Djokovic a réclamé un assouplissement des règles pour ses collègues confinés à Melbourne.

Requête balayée sans ménagement par Daniel Andrews, le Premier ministre du Victoria. « Les gens sont libres d’établir une liste de demandes mais la réponse est non. Les règles s’appliquent aux joueurs comme à n’importe qui d’autre. Ils ont tous été briefés avant de venir et ils sont venus à cette condition. Il n’y a aucun traitement de faveur parce que le virus, lui, n’en fait pas », a-t-il catégoriquement expliqué. Cette attitude d’extrême fermeté doit aussi être lue à la lumière de la situation que vivent les Australiens depuis le début de la pandémie. Melbourne a dû se plier à un confinement extrêmement strict pendant plus de trois mois (de juillet à octobre) tandis que les Australiens se trouvant à l’étranger ont un mal de chien à obtenir le feu vert pour revenir au pays.

Alizée Cornet présente ses excuses

Dans ces conditions, les plaintes des athlètes sont évidemment très mal passées auprès de la population locale qui y a vu, au mieux, une maladresse malvenue, au pire, un caprice de stars parfaitement scandaleux. Rappelant les sacrifices de la population australienne dans la lutte contre le coronavirus, les médias locaux se sont fait les porte-paroles de leurs concitoyens, n’hésitant pas à détruire le syndicaliste Djokovic, pris la main dans le sac sans masque dans un minibus de joueurs, alors que son port est requis dans les transports en commun. Certains athlètes ont d’ailleurs pris le parti des locaux, comme Nick Kyrgios, toujours en première ligne quand il s’agit d’en glisser une petite à Djoko, qui a traité le Serbe de « crétin ». « Il y en a marre des pleureurs », a embrayé le spécialiste néo-zélandais du double Artem Sitak.

Face à ce tollé, Alizée Cornet a tenu à s’« excuser auprès du peuple australien » après avoir elle aussi critiqué les conditions d’accueil des sportifs. « Votre réaction m’a fait comprendre ce par quoi vous êtes passés l’année dernière et combien vous avez souffert. Tout ça me rend un peu anxieuse et j’aurais mieux fait de fermer ma bouche », a-t-elle écrit sur Twitter. Voyant l’ambiance générale autour de son tournoi tourner au règlement de compte version octogone, Craig Tiley a pris la parole pour siffler la fin de la récré.

S’il a reconnu que la fermeté des règles de quarantaine avait pu « choquer » certains joueurs dans un premier temps, il a ajouté que la plupart lui avaient dit lors d’une conférence téléphonique qu’ils acceptaient ces restrictions et s’excusaient pour l’exagération de quelques-uns. « La majorité des joueurs a été absolument fantastique et ils sont même un peu énervés par ce que certains ont dit car cela les présente tous sous un mauvais jour ». Pour la première fois depuis le début de la crise du Covid, on en viendrait presque à être soulagé que ce Grand Chelem se joue à huis clos.

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