« On veut me faire taire »… Après avoir fait condamner l’État pour les viols de sa nièce, elle est poursuivie en justice

Voilà plus de quatre ans que le procès devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine s’est achevé. Quatre ans que Karine vit avec la maigre satisfaction d’avoir vu Roland Blaudy être condamné à trente ans de prison pour l’avoir violée pendant plusieurs années sous les yeux à peine détournés de ses parents. Quatre ans que les parents de cette jeune femme ont été reconnus coupables de cette complicité de pédocriminalité commise dans leur appartement de Rennes par un de leurs « amis ». Victime des pires atrocités alors qu’elle était enfant, Karine a également été la victime de l’incapacité de la justice, des magistrats, de la police et de la protection de l’enfance. Jamais Karine n’aurait dû grandir auprès d’une mère qui avait déjà été condamnée à huit ans de prison pour avoir tué son bébé de 180 coups de couteau. Et pourtant…

La jeune femme aujourd’hui âgée de 25 ans a réussi l’exploit de se reconstruire. Pour cela, elle a su faire condamner l’État pour faute lourde et déni de justice pour ne pas avoir su la protéger. Un combat qu’elle a su mener grâce à l’extraordinaire énergie de sa tante, qui l’a depuis adoptée. Pour faire entendre la voix de tous les enfants que l’on ne veut pas écouter, Laurence Brunet-Jambu avait fait le choix de médiatiser son combat en 2018, alertant les médias des incroyables ratés dont sa nièce avait fait les frais. Conséquence : ce procès de pédocriminalité avait fait l’objet d’une forte médiatisation, dénonçant l’inaction de magistrats butés ou d’assistants sociaux défaillants. 

Karine et sa tante Laurence Brunet-Jambu ont fait condamner l'Etat pour faute lourde, estimant que la France ne l'avait pas protégée lorsqu'elle était victime de viols répétés pendant son enfance.
Karine et sa tante Laurence Brunet-Jambu ont fait condamner l’Etat pour faute lourde, estimant que la France ne l’avait pas protégée lorsqu’elle était victime de viols répétés pendant son enfance. – C. Allain / 20 Minutes

Quatre ans après ce procès, Laurence Brunet-Jambu vient d’apprendre qu’elle était poursuivie pour en avoir trop dit. « On veut me faire taire », clame-t-elle dans son franc-parler habituel. En 2019, elle n’avait pas hésité à citer certains magistrats ou médecins nommément dans son livre « SignalementS ». Des personnes qui sont parfois toujours en poste dans la région rennaise.

« Je ne comprends pas pourquoi on s’acharne »

Les faits sont les suivants. Quelques jours avant le début du procès aux assises, Laurence Brunet-Jambu avait envoyé un CD à la presse contenant des documents issus de l’instruction du dossier de Karine. L’un des CD avait été perdu et avait été envoyé sur le bureau du procureur de la République de l’époque. Le parquet de Rennes l’accuse d’avoir « diffusé la procédure à des tiers, en l’espèce des organes de presse ». « Mais l’instruction était close depuis des mois, s’étrangle Me Grégory Thuan, l’un des avocats de la lanceuse d’alerte. Juridiquement, la chambre de l’instruction était dessaisie, l’ordonnance de renvoi à la cour d’assises était connue. Je ne comprends pas pourquoi on s’acharne comme ça, surtout plus de quatre ans après les faits ».

L’avocat strasbourgeois estime même que « le parquet prend un risque » en maintenant ses poursuites judiciaires. Étrillés lors du procès aux assises, les tribunaux rennais portent une part de responsabilité dans le calvaire subi par Karine alors qu’elle n’avait que 4 ou 5 ans. « Je pense que la justice a manqué de clairvoyance », avait reconnu l’avocat général devant la cour d’assises en 2018. Un constat confirmé par un rapport accablant du défenseur des droits paru spécialement sur cette affaire. L’audience aura lieu fin novembre devant le tribunal correctionnel de Rennes. Sollicité, le parquet n’avait pas répondu à notre sollicitation.