OM : « Un plaisir coupable ! » Après ASSE-OL, on a parlé du « FC Procuration » avec des Marseillais

Le « FC Procuration » supporte-t-il l’Argentine ? — G. Julien / AFP

  • De nombreux fans de Marseille ont exulté lors de la défaite de Lyon face à Saint-Etienne, dimanche.
  • Ce genre de chambrage, décrit comme le « FC Procuration », est un grand classique du supportérisme, qui n’est ni récent, ni propre à Marseille.

Il y a le soleil d’automne, l’odeur du poisson frais, les senteurs de romarin, bref, ajoutez tous les clichés méridionaux que vous voulez, mais à Marseille comme ailleurs, le lundi matin, on tire la gueule. Un peu moins, toutefois, cette semaine. Dimanche, « l’autre Olympique » s’est fait taper par Sainté (1-0). Alors on voit en ville quelques maillots de l’OM et des petits sourires, comme celui d’Axel : « Je ne m’en cache pas… J’ai pris du plaisir hier soir. Je suis toujours content de voir Lyon perdre, peu importe le résultat de l’OM. »

La pitoyable défaite de l’OM vendredi à Amiens (3-1) n’a en effet pas arrêté l’avalanche de chambrages et de trolls divers sur Twitter quand, vers 23 heures, Robert Beric a collé une belle tête dans la lucarne d’Anthony Lopes. « C’était chiant à suivre, alors le fait qu’ils prennent un but à la dernière minute d’un match horrible, c’est encore plus appréciable », savoure Sara. Elle divise les supporters en deux catégories : « Ceux qui sont fair-play, ceux qui ne le sont pas. Je ne le suis pas ! »

Pour Sara, une défaite d’un gros rival (Lyon ou Paris) est « aussi savoureuse qu’une petite victoire du dimanche soir » de Marseille. Pour Nicolas, « quand l’OM fait une saison de merde comme l’an dernier, ma plus grande joie de l’année, c’est quand le PSG sort en Ligue des champions. Tu brailles sur ton canapé comme si tu avais gagné ! » Cette joie à un nom : le « FC Procuration. »

« Les Marseillais ouvrent leurs bouches et reçoivent immédiatement un retour de manivelle »

« Je ne suis pas très fan du “FC Procuration” mais je m’y adonne dans les moments de faiblesse, sourit un autre Nicolas. C’est un plaisir coupable de voir que les autres vont mal. Une forme de soulagement, aussi, pour Paris en Ligue des champions : ça retarde l’échéance avant qu’ils ne la gagnent. Comme on ne peut plus rivaliser avec le PSG, on ne peut plus être champion, avoir accès à la victoire sportive… Donc c’est un autre moyen de les rabaisser ! » Nicolas, ce dimanche soir, « a baillé au milieu, rigolé à la fin… Puis réalisé que Lyon allait changer de coach et nous éclater au Vélodrome comme d’habitude. »

Un pronostic que fait aussi, en creux, Sébastien, abonné au Parc OL : « Les Marseillais ouvrent leurs bouches et reçoivent immédiatement un retour de manivelle, c’est systématique. » La dernière fois que l’OM a battu l’OL dans le temps réglementaire, Souleymane Diawara était titulaire (2014). « L’OM est aujourd’hui à des années-lumière du PSG, ils doivent donc se trouver d’autres rivaux », estime Baptiste, pour qui le « FC Procuration » est un peu une spécialité marseillaise.

Avec Twitter, « l’expression de la satisfaction est visible »

A vrai dire, il n’y a pas qu’à Marseille que les supporters éprouvent ce que les psychologues appellent le «Schadenfreude » : la joie que procure le malheur des autres. Et le phénomène n’a rien de récent. En 1993, les Stéphanois avaient dégainé une bâche rouge et noire à la gloire du « Milan Club Saint-Etienne » avant la finale de Ligue des champions de l’OM. En 2012, une banderole sortie par les supporters de Nancy qualifiait de « fête nationale » le jour de la descente en National du rival Metz.

Bref, comme le dit Nicolas Hourcade, « cela vaut dans tous les clubs qui ont des rivalités fortes. » Notre conversation téléphonique avec ce spécialiste du supportérisme, professeur à l’Ecole centrale de Lyon, nous permet de vous dégainer un bon vieux plan en deux parties digne de nos plus belles disserts étudiantes : I/L’historique du phénomène. II/Ses mutations récentes. C’est parti :

  • D’où ça vient ? « Ces rivalités se sont développées dans les années 1990, après l’émergence des groupes de supporters, notamment ultras, et avec la stabilisation des grands clubs français dans les grandes métropoles. C’est symbolisé par le PSG-OM dans les années 1990, avec les supporters parisiens qui ne soutenaient pas l’OM de Tapie en Ligue des champions… »
  • Est-ce que Twitter a amplifié ce phénomène ? « La nouveauté, c’est que l’expression de la satisfaction est beaucoup plus visible. Dans les années 1990, on fêtait une défaite de Paris entre copains ou via une banderole au stade. Aujourd’hui, on le fait sur les réseaux sociaux, tout le monde le voit, même les concernés. Cela peut alimenter une agressivité entre supporters qui se répondent sans cesse. »
     

Troll, contre-troll : un mouvement aussi classique dans le foot qu’un centre côté droit de Ryad Boudebouz pour un Robert Beric tout seul à six mètres…

Marseille

«Bien fait pour Aulas!»: On a suivi Ajax-OL dans un bar marseillais (et parlé du coefficient UEFA)

Sport

OM: Vrai ultra, supporter mytho, quel fan de Marseille es-tu? (un test ouvert aux trolls pro-PSG ou OL)

17 partages