OM : Les supporteurs contraints de changer leurs habitudes d’avant-match

« Qui n’a pas sa place, qui n’a pas sa place ? » Il suffit de sortir de la bouche de métro du rond-point du Prado, pour ressentir toute l’excitation des avant-matchs de l’Olympique de Marseille au stade Vélodrome. Revente à la sauvette de places en tribunes ou en virages, pendant que certains se commandent une part de pizza dans les camions alignés boulevard Michelet. En face, les Ricard s’alignent sur des plateaux en aluminium pour être mieux distribués aux supporteurs installés en terrasse.

Un peu plus loin, devant les marches du parvis René Dufaure de Montmirail, le fondateur de l’Olympique de Marseille, le FC Parvis se chauffe, et fait chauffer. C’est le surnom donné à tous ces supporteurs qui se rassemblent devant les marches du stade Vélodrome lors des avants matchs de l’OM, pour faire monter l’ambiance. Craquage de fumigènes, répétition des chants à la gloire de l’Olympique de Marseille et pétards et feux d’artifice tirés au milieu de la foule. Le tout bien évidemment filmé pour mieux se montrer sur les réseaux sociaux.

Nuisances et bouchons monstres

Des feux d’artifice qui pour certains ont atterri sur un balcon de la résidence Michelet-Prado, la barre d’immeubles de 800 logements située en face du stade Vélodrome, de l’autre côté de la rue. Au point que les riverains ont installé une banderole, « OM oui, mortier et déchet Stop », après qu’une habitante du 9e étage à reçu un mortier sur son balcon. Plus généralement, les regroupements de supporteurs dans les alentours de la résidence pour y faire l’apéro génèrent aussi beaucoup de nuisances, avec des odeurs d’urine et des amonts de déchets. Sans parler des petits malins qui s’amusent à faire exploser des pétards toujours plus puissants sous les arcades de la résidence, avec un effet de résonance assourdissant.

Et au milieu de tout ça, des voitures pare-chocs contre pare-chocs, contraints de laisser passer la ribambelle de supporteurs voulant rejoindre le stade après un apéro souvent bien arrosé. Et un boulevard Michelet, l’une des principales artères de la ville avec les deux boulevards du Prado, complètement congestionné. C’est simple, pour rejoindre le stade Vélodrome depuis la place Castellane, il faut au minimum une heure les jours de matchs. Comme pour l’équipe de Francfort, arrivée en retard au stade Vélodrome pour leur match de Ligue des champions, dont le coup d’envoi avait finalement dû être décalé.

« On doit améliorer tout ça, c’est la responsabilité de tous »

Autant de problèmes dont Pablo Longoria a tout à fait conscience, comme il nous l’avait confié lors de son bilan de première partie de saison, en novembre dernier. « Ce serait un argument facile de dire que le club n’est pas responsable légalement puisqu’il s’agit de la voie publique. Nous sommes responsables moralement pour aider à l’amélioration de l’expérience. Et on a beaucoup de choses à faire, en tenant en compte que le stade Vélodrome est en plein centre-ville, avec les difficultés d’accès que l’on connaît lors des matchs en pleine semaine. On a beaucoup discuté avec la mairie et la préfecture de police, tout le monde doit améliorer sa communication et le contact avec les supporteurs, et voir comment faire pour que le stade garde toute sa ferveur et que l’on respecte les traditions. Ce n’est par exemple pas normal que le plan de circulation soit ouvert à tout le monde, un jour on aura un vrai problème. Ce n’est pas possible qu’un enfant de 5 ans se retrouve au milieu des fumigènes, en même que des voitures, que des pétards. On doit améliorer tout ça, c’est la responsabilité de tous », avait rappelé le président de l’OM.

Après les paroles, les actes. Le club a décidé de revoir ses modalités d’accès au stade Vélodrome depuis le dernier match contre Lorient (3-1), samedi dernier. Pour les supporteurs de la tribune Jean-Bouin et du virage nord, rien ne change puisqu’ils doivent accéder par le parvis du boulevard Michelet. Mais les supporteurs de la tribune Ganay et du virage sud doivent désormais entrer par Dromel, de l’autre côté du stade.

« J’espère que vous avez vos canoës »

Une décision prise pour fluidifier les accès, alors que près des 3/4 des supporteurs entraient par le parvis Jean Bouin. Et qui n’a pas tardé à faire réagir les abonnés du virage sud. « Ça fait 10 ans que je me gare à la même place, que je rentre à la même heure par la même porte, enrage Teddy, abonné chez les South Winners. Qu’ils aillent se faire en***er. Ils nous divisent, qu’est-ce que ça veut dire ? Tout ça pour le FC Parvis, mais ça me donne qu’une envie, c’est d’aller acheter des pétards et des fumis et d’aller faire le FC Parvis, sérieux ». Son acolyte Anthony, est un peu plus compréhensif : « C’est bien de vouloir essayer d’améliorer le quotidien, avant de fermer toute la résidence ».

Jo et Laura, abonnés au Commando Ultra 84, avaient initialement prévu de faire l’apéro côté ganay, « mais tout le monde est venu côté Michelet, comme d’habitude ». Ils ont donc suivi, et prévoient de rejoindre le parvis Ganay tous ensemble. « J’espère que vous avez pris vos chaussures de randonnées et vos canoës parce qu’on va passer par l’Huveaune », prévient Teddy, qui a même écrit au club pour faire part de son mécontentement. Vers 18 heures, à une heure du coup d’envoi, voilà la joyeuse petite troupe d’une quinzaine de supporteurs prendre la direction de l’Huveaune, cette rivière qui longe le Vélodrome, bordé d’un chemin qui permet de contourner le stade.

D’autres mesures attendues

Pour l’OM, il est encore trop tôt pour tirer un bilan de cette nouveauté, « mais les premiers retours sont positifs, même très positifs ». Il y avait effectivement un peu moins de monde du côté Michelet qu’à l’accoutumée, même si c’est très difficile à quantifier, mais surtout presque aucun membre du désormais célèbre FC Parvis, qui exaspère les clubs de supporteurs, comme l’OM. « Il y a eu plusieurs réunions entre le club et la préfecture de police, pour une meilleure répartition des flux. Nous étions favorables à cette nouvelle répartition, et pour sa mise en œuvre samedi, tout s’est très bien passé », se félicite-t-on à la préfecture de police des Bouches-du-Rhône.

Du côté de la mairie de secteur des 6e et 8e arrondissements, sollicitée par les habitants de la résidence Michelet-Prado, on accueille d’un bon œil ce « premier pas » en avant. « C’est bien, mais ça reste très largement insuffisant, estime le maire de secteur Pierre Benarroche. Avec 50.000 à 60.000 personnes de manière récurrente, les habitants du quartier subissent un afflux massif. On ne peut pas se plaindre des succès de l’OM, mais il faut d’autres mesures pour faire en sorte que certains habitants ne soient pas pris en otage ». Il liste par exemple la mise en place de navettes pour les supporteurs venant d’autres villes de la région, ou la fermeture pure et simple des rues Negresko et Raphaël pour préserver les accès, pour les riverains mais aussi les secours, à la résidence. Teddy, toujours aussi remonté, à lui une autre solution : « On n’a qu’à descendre en Ligue 2, au moins il n’y aura plus personne devant le stade ».