OM – Francfort : L’accueil des supporters allemands peut-il mal tourner ?

Les supporters de Francfort peuvent-ils envahir Marseille comme ils l’avaient fait à Barcelone ou à Séville la saison passée ? C’est la question qui agite l’Olympique de Marseille, et plus généralement la ville, au moment de recevoir l’Eintracht Francfort ce mardi soir (21h) pour la deuxième journée des phases de poule de la ligue des Champions.

Les affrontements entre supporters de Cologne et de Nice, jeudi dernier à l’Allianz Riviera en Ligue Europa Conférence sont dans tous les esprits, comme l’envahissement du Camp Nou par près de 30.000 supporters de Francfort en quart de finale retour de Ligue Europa au printemps, puis en finale, où plusieurs bagarres avaient éclaté avec les supporters des Rangers. D’où des appels de supporters marseillais à « tout faire pour ne pas revivre les mêmes scènes qu’au Camp Nou » depuis la mise en vente des places pour ce match.

« Ça a impressionné tout le monde ce qu’ils ont réussi à faire à Barcelone. J’ai vu des tweets de mecs de Francfort qui expliquaient comment faire pour acheter des places sur le site de l’OM, donc il y a une petite crainte, oui. S’il y a bien un club capable de le faire, c’est Francfort. Mais j’ai l’impression que les Marseillais qui revendent leur place jouent le jeu. Et il y a tellement de supporters marseillais qui veulent assister au match… », confie Bilo, qui a créé une page Twitter pour mettre en relation acheteurs et vendeurs de place pour le stade Vélodrome.

« Très peu » de supporters allemands hors parcage

Une crainte également partagée par l’Olympique de Marseille. Mais le club « sait à qui [il] vend des places » et estime à « très peu » le nombre de supporters allemands qui seraient parvenus à acheter des places hors parcage visiteur. Entre le succès des packs Ligue des champions et la forte attente populaire autour du retour de l’OM dans la compétition hors huis clos pandémique, l’état-major olympien n’imagine pas une seule seconde un scénario à la « barcelonaise », alors que 62.500 billets ont déjà trouvé preneurs. Selon nos informations, des personnes titulaires de cartes bancaires allemandes auraient même vu leur achat finalement annulé au dernier moment.

Et pour les petits malins qui tenteraient de se procurer un billet auprès des particuliers en se faisant passer pour des supporters marseillais, il existe une technique très simple, parfaitement appliquée par les certains fans rennais, approchés en nombre par des fans de Fernabahce avant le match de Ligue Europa jeudi : une petite question piège sur la mascotte de l’équipe ou autre, et hop, le passage grossier par google trad démasqué.

Quant aux 3.300 supporters qui feront le déplacement officiel avec l’Eintracht Francfort, ils seront contenus dans une fan zone, comme celle mise en place sur les plages du Prado pour la réception de Rotterdam, une précaution qui n’avait pas évité des heurts de se produire. Le lieu est tenu secret pour éviter les confrontations. « Une zone tampon sera mise en place entre le parcage visiteur et les supporters en Jean Bouin pour éviter une trop grande proximité », précise également l’OM. Le club a prévu 1.200 personnes, hôtesses comprises, pour faire en sorte que tout se passe bien à l’intérieur du Vélodrome.

Le capitaine de l’Olympique de Marseille lors de la victoire contre Lille (2-1), samedi, Mattéo Guendouzi imagine « une ambiance extraordinaire », tout en espérant « éviter les débordements comme on a pu voir entre Nice et Cologne » :

« C’est une fête pour tout le monde, j’espère qu’il y aura une très belle ambiance dans les tribunes. Même si le plus important reste le terrain, on sait tous qu’il y a des familles, des enfants, des gens qui viennent de très loin pour voir ce genre de match, donc j’espère que tout se passera très bien ».

Des arrêtés face au risque de débordements en ville

Mais l’OM et les autorités locales redoutent la spécialité des supporters allemands : faire le déplacement, même pour ceux qui n’auraient pas de place pour le match. « Ils ont fait le déplacement à 10.000 jusqu’à Limassol, en Grèce, alors que moitié moins allaient au stade. Ils ont une facilité à se déplacer assez incroyable », rappelle d’ailleurs Bilo. Il n’y a bien qu’à Helsinki où les Allemands ont déçu, freinés par le manque de liaisons aériennes entre les deux villes : sur les 18.000 places réclamées pour assister à la supercoupe d’Europe contre le Real, 10.000 avaient finalement été retournées à l’organisation.

Or les précédents olympiens en matière de gestion des flux n’incitent pas à l’optimisme : les réceptions de l’PAOK Salonique et du Feyenoord Rotterdam, la saison dernière, avaient débouché sur des affrontements entre supporters des deux camps, devant des forces de l’ordre impuissantes.

Les pouvoirs publics ont-ils suffisamment pris la mesure du déferlement à venir ? En plus des 1200 personnels de sécurité, environ 600 forces de l’ordre seront mobilisées, soit à peu près autant qu’à Nice pour la réception tumultueuse de Cologne. Selon un dernier décompte fourni par le club de Francfort, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, n’évalue qu’à un peu plus de 2.000 le nombre de supporters non munis de billets, susceptibles de venir à Marseille. Un chiffre sans doute sous-estimé, si l’on se fie aux contingents aperçus lors des derniers déplacements européens de l’Eintracht.

2.000 supporters sans billets, seulement ?

Confontrée à la présence de supporters allemands dés lundi soir en centre-ville, laquelle a déjà occasionné huit interpellations pour des tentatives d’affrontement selon RMC, la préfecture de police a pris une série d’arrêts : Un premier interdisant « la vente à emporter de boissons alcoolisées dans les 1er, 2e, 6e et 7e arrondissements de la commune de Marseille » et un second visant à empêcher « d’accéder et de stationner au stade Orange Vélodrome et à ses abords à toute personne se prévalant de la qualité de supporter de l’Eintracht Francfort, à l’exception de ceux transportés en autocars et autobus escortés par les forces de sécurité intérieure » et « de stationner et de circuler sur la voie publique au centre-ville de Marseille à toute personne se prévalant de la qualité de supporter de l’Eintracht Francfort le lundi 12 et le mardi 13 ».

Quelques jours après le fiasco niçois et un peu plus de trois mois après la gestion déplorable de la finale de la Ligue des champions, la France serait bien inspirée, enfin, de gérer un afflux de supporters étrangers sans incidents fâcheux à la clé.