Olympique Lyonnais : Sara Björk Gunnarsdottir dénonce un comportement « honteux » durant sa grossesse

Il y a un an, la coach de l’équipe féminine de l’Olympique Lyonnais Sonia Bompastor confiait au Progrès vouloir être « exemplaire » dans la gestion de Sara Björk Gunnarsdottir, la première joueuse en activité dans l’histoire du club à avoir mis au monde un bébé, le 16 novembre 2021 : « C’est une grande première pour nous, mais j’ai été très claire à ce sujet avec le club : on doit montrer l’exemple. C’est important, car elle reviendra avec un bébé de quelques mois et il faut qu’elle soit sereine par rapport à cette situation ». A en croire la longue tribune rédigée mardi sur le site The Players’ Tribune par la milieu de terrain de 32 ans, désormais à la Juventus, elle n’a vraiment pas été sereine durant sa grossesse, et ce en raison d’un litige avec l’OL.

En arrêt de travail à partir d’avril 2021, Sara Björk Gunnarsdottir a en effet constaté depuis l’Islande qu’elle ne recevait plus l’intégralité de son salaire de la part de son employeur. « Je n’avais aucune raison de penser que quelque chose irait mal, mais là, je n’avais reçu qu’un petit pourcentage de la Sécurité sociale, explique-t-elle. J’ai appelé mon agent et il a écrit à Vincent Ponsot [le directeur du football de l’OL]. Il n’a d’abord pas eu de réponse, puis après des courriers officiels, Vincent s’est excusé pour deux mois de salaire qui me manquaient. Il nous a dit que je serai payée pour ceux-là, mais plus à partir du troisième mois, en expliquant que c’était la loi française. »

« Je me sentais perdue, stressée et trahie »

La buteuse lors de la victoire lyonnaise en finale de la Ligue des champions 2020 contre Wolfsburg (3-1) s’est alors tournée vers la FIFPRO (Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels), en invoquant les nouvelles règles de la FIFA. Elle confie avoir été profondément déçue par l’attitude de Vincent Ponsot et de l’OL : « Je ne m’attendais pas à cela, surtout de la part d’un club comme celui-ci. Nous n’obtenions plus aucune réponse, les mois passaient et je n’avais toujours pas de salaire complet, sans avoir de réponse claire de l’OL sur le critère appliqué. » Elle poursuit :

Quand mon agent a dit à Vincent Ponsot que la FIFPRO allait lutter contre cela au niveau de la FIFA, il a répondu : « Si Sara va à la FIFA avec ça, elle n’a aucun avenir à Lyon ». J’étais juste choquée et blessée. Comment un club comme l’OL pouvait-il s’en tirer comme ça ? Cela aurait dû être le moment le plus heureux de ma vie. Tout ce que je voulais, c’était profiter de ma grossesse et travailler dur pour revenir aider l’équipe et le club. Mais au lieu de cela, je me sentais perdue, stressée et trahie. »

Sara Björk Gunnarsdottir charge également Jean-Michel Aulas, qu’elle a revu en janvier 2022 à son retour à l’entraînement avec l’équipe : « C’était la première fois qu’il me voyait depuis que j’étais revenue avec mon bébé Ragnar. Il ne m’a même pas saluée et n’a pas regardé Ragnar. A partir de ce moment, avec le président, c’était clair que c’était devenu un problème personnel ». Et la joueuse n’a finalement connu que six apparitions sous le maillot lyonnais à son retour pour la deuxième partie de saison passée.

L’OL a dû verser 82.000 euros de salaires impayés

En mai 2022, le club a été condamné par le tribunal du football de la FIFA à lui régler les salaires impayés, au niveau du montant réclamé par la joueuse islandaise, soit 82.000 euros. « La FIFA a constaté que le club n’avait eu aucun contact avec moi pendant ma grossesse, précise-t-elle. Personne ne me surveillait vraiment, ne me suivait, ne voyait comment j’allais mentalement et physiquement, à la fois en tant qu’employée, mais aussi en tant qu’être humain. Fondamentalement, le club avait la responsabilité de s’occuper de moi, et il ne l’a pas fait. J’ai eu droit à mon plein salaire pendant ma grossesse, et jusqu’au début de mon congé de maternité, selon les règlements obligatoires de la FIFA. Cela fait partie de mes droits, et cela ne peut être contesté, même par un club aussi grand que Lyon. »

Une fois obtenu ses motifs, l’OL n’a pas fait appel de cette décision. Sara Björk Gunnarsdottir conclut : « Je veux m’assurer que personne ne revivra jamais ce que j’ai vécu. Et je veux que Lyon sache que ce n’est pas OK. Ce n’est pas « juste des affaires ». Il s’agit de mes droits en tant que travailleuse, en tant que femme et en tant qu’être humain. Il y a encore beaucoup de travail à faire pour le football féminin. Nous méritons mieux ».

Megan Rapinoe très remontée contre son ancien club

L’OL a réagi via un communiqué de presse mardi soir, en rappelant qu’il a « toujours été précurseur en matière de football féminin et d’accompagnement des athlètes dans tous les moments de leur vie ». Il s’appuie dans ce sens sur une autre de ses joueuses, Amel Majri, également devenue maman en juillet dernier, et prolongée dans la foulée jusqu’en 2026 par son club formateur.

Nous avons toujours respecté la loi française que nous avons parfois trouvé trop contraignante sur ces sujets. Ainsi, nous avons toujours milité pour une protection renforcée des joueuses sur ces points. Nous avons tout mis en œuvre pour accompagner Sara Björk Gunnarsdottir dans sa maternité, ainsi que son retour au plus niveau. Ces derniers mois, la FIFA a choisi de poser pour la première fois un cadre juridique pour les joueuses étant amenées à vivre une maternité durant leur carrière, ce dont nous nous réjouissons. La FIFA nous reproche aujourd’hui de ne pas avoir proposé un autre travail à Sara Björk Gunnarsdottir durant son arrêt maladie puis son congé maternité, alors qu’en parallèle la loi nous l’interdit en France et que la joueuse nous avait demandé expressément de pouvoir retourner vivre en Islande, ce que nous avions accepté. »

Et l’OL précise pour finir : « Nous sommes fiers d’avoir compté Sara Björk Gunnarsdottir dans l’effectif de l’Olympique Lyonnais. Nos chemins se sont séparés pour des raisons purement sportives ». Il n’empêche que les critiques se multiplient à l’encontre de l’OL depuis mardi soir pour sa gestion humaine de la première grossesse de son histoire au sein de l’effectif d’une équipe championne d’Europe à huit reprises depuis 2011. L’icône du football féminin mondial Megan Rapinoe, passée par l’OL de 2013 à 2014, a ainsi lancé sur Twitter : « C’est tout à fait honteux de la part de l’OL. Vous adorez parler de combien vous soutenez les femmes, mais ces calculs ne sont pas des calculs. Je vous implore d’être le club qui soutient toujours les femmes, pas le club qui l’a fait autrefois. » Encore une semaine décidément bien éprouvante pour l’Olympique Lyonnais et Jean-Michel Aulas.