OL-PSG : Les galères de Thiago Mendes en défense, ou le symbole de la politique sportive défaillante à Lyon ?

« Croyez-moi les gars, c’est un très bon joueur qui est capable de très bien faire son job sur ce poste de défenseur central, et qui ne fait pas des erreurs comme ça en général. » A en croire sa conférence de presse du 9 septembre, post-défaite sèche à Lorient (3-1), Peter Bosz placera aveuglément Thiago Mendes derrière dans son onze de départ durant toute cette saison. Il ne fait guère de doute que le Brésilien de 30 ans, milieu de terrain durant toute sa carrière jusqu’en février dernier, sera une nouvelle fois aux côtés de Castello Lukeba, ce dimanche (20h45), contre l’effrayant trio offensif parisien. 

Outre les sueurs froides que cette perspective procure à court terme auprès de la plupart des supporteurs lyonnais, ce repositionnement très discutable, et a priori gravé dans la roche, est dans un sens le symbole ultime d’une politique sportive défaillante sur plus long terme à l’Olympique Lyonnais.

Car ça vaut le coup de s’arrêter sur le parcours de Thiago Mendes depuis son arrivée à Lyon en juin 2019 (pour 22 millions d’euros + 4,5 M€), alors que son profil était loué à la fois par Florian Maurice et par Juninho. Après deux saisons décevantes (0 but et 9 passes décisives en 53 titularisations, toutes compétitions confondues), il est placé sur la liste des transferts par son club durant l’été 2021. Son départ vers Flamengo, espéré par les deux parties, échoue, tant sur ce mercato-là que l’hiver suivant.

« C’était une option tout à fait acceptable »

Jamais convaincant dans le cœur du jeu, que ce soit avec Sylvinho, Rudi Garcia ou Peter Bosz, l’ancien Lillois coche alors toutes les cases du joueur dont il faut se séparer au plus vite : un gros salaire (estimé à 300.000 euros brut), un manque de combativité parfois criant, un rôle quelconque dans l’aventure majeure du club sur ces deux saisons (66 minutes de jeu cumulées sur les quatre chocs de C1 jusqu’à la demie du Final 8), une réputation tenace d’habitué aux sorties nocturnes, et une distance avec les supporteurs qui ne respire pas l’implication dans le fameux « projet collectif ».

Les statistiques de Thiago Mendes, lorsqu'il évolue comme défenseur central à l'OL, permettent de se rendre compte qu'il ne figure, dans aucune statistique, parmi le Top 25 des meilleurs axiaux de Ligue 1.
Les statistiques de Thiago Mendes, lorsqu’il évolue comme défenseur central à l’OL, permettent de se rendre compte qu’il ne figure, dans aucune statistique, parmi le Top 25 des meilleurs axiaux de Ligue 1. – SofaScore

Et puis tout bascule à la surprise générale en février dernier, lorsque Peter Bosz songe à lui pour compenser les nombreux déboires de sa défense centrale (Boateng écarté, Diomande blessé, Denayer en méforme et Da Silva pas au niveau). Des matchs solides à ce poste inédit contre Nice (2-0) puis lors des deux 8es de finale de Ligue Europa face à Porto (1-0 ; 1-1) modifient alors totalement son statut. En fin de contrat en 2023, Thiago Mendes signe même le 17 juin une prolongation jusqu’en 2025 avec le club. Le tout en héritant en fin de saison passée de la plupart des coups francs directs bien placés, là aussi de façon pour le moins surprenante. Le directeur du football de l’OL Vincent Ponsot vient d’expliquer jeudi au Progrès comment ce rebondissement s’est tramé au club.

Quand on s’est posé la question sur Thiago, le coach a donné son avis et la décision est toujours collégiale. Le coach, en étayant, a estimé que Thiago pouvait jouer à ce poste et on est convaincu aussi. Il a fait neuf matchs à ce poste la saison dernière. J’ai en tête les deux contre Porto, où il a été dans les attentes avec une défense qui joue haut, avec du marquage préventif. Il répondait aux critères du coach, donc c’était une option tout à fait acceptable, d’autant qu’il est polyvalent aussi pour jouer en 6. OK, il y a eu Lorient et Monaco, mais on reste sur ce que dit le coach, il peut être bon à ce poste. »

Déjà beaucoup de boulettes en 15 matchs dans l’axe

A en croire Vincent Ponsot, c’est donc bien un entraîneur sortant d’une première saison galère (8e en Ligue 1), sans être parvenu à mettre en place son jeu « offensif et attractif », qui a eu le pouvoir de changer le destin du Brésilien auprès de ses dirigeants. Et si le bras droit de Jean-Michel Aulas fait référence à sa boulette ayant permis au tandem lorientais Ouattara-Moffi de se régaler la semaine passée (3-1), après avoir déjà été à l’origine du premier but encaissé, ainsi qu’à son marquage très léger dans la foulée à Monaco sur le coup de tête victorieux du géant (1,94 m) Badiashile (2-1), la liste des erreurs de Thiago Mendes est plus longue depuis son repositionnement.

On pense surtout à celles ayant coûté cher la saison passée : sa passe décisive involontaire de la tête pour le Lillois Gudmundsson (0-1) le 27 février, un improbable « saute-mouton » sur Anthony Lopes permettant au Lensois Clauss de marquer dans le but vide (1-1) la semaine précédente, et 45 minutes désastreuses contre Rennes (2-4) avant d’être remplacé à la pause en mars. Ça fait quand même pas mal pour un joueur qui n’a été titularisé qu’à 15 reprises derrière dans une défense à 4 avec Peter Bosz, non ?

De grandes difficultés dans les duels aériens

« Thiago Mendes a montré qu’il avait des prédispositions pour jouer à ce poste, notamment grâce à son aisance technique pour relancer proprement, note l’ancien défenseur de l’OL Jean-Marc Chanelet. Mais il est handicapé par sa taille [1,77 m] pour les duels aériens, et il n’est pas très rapide. » Plus encore que ces deux caractéristiques, c’est évidemment l’inexpérience de ce milieu de 30 ans qui est parfois fatale à la défense lyonnaise. « Une erreur se transforme évidemment plus vite en grosse bourde quand on devient défenseur central, note Jean-Marc Chanelet. Si Peter Bosz lui maintient sa confiance, il la lui rendra sans doute sur le terrain, mais au prix de combien d’erreurs ? Quand on voit sa mauvaise interprétation de la situation de jeu à Lorient sur le deuxième but, on comprend qu’il a besoin d’une période d’apprentissage afin de prendre moins de risques. »

Même s'il est montré solide, la saison passée, en 8e de finale de Ligue Europa contre le FC Porto, Thiago Mendes souffre régulièrement dans le domaine aérien, comme ici face à Pepe.
Même s’il est montré solide, la saison passée, en 8e de finale de Ligue Europa contre le FC Porto, Thiago Mendes souffre régulièrement dans le domaine aérien, comme ici face à Pepe. – Nderim Kaceli/LiveMedia/Shutters/SIPA

Dans l’obligation de retrouver la Ligue des champions en fin de saison, l’OL (5e à 4 points du 3e Lens) peut-il insister avec un tel pari ? Et surtout, ne devait-il pas chercher durant le mercato une autre solution que ce dépannage devenu pérenne, qui résulte surtout de l’incapacité du club à transférer cet été Jérôme Boateng et Damien Da Silva (sous contrat jusqu’en 2023). Devenu maître dans l’art de bricoler en défense depuis 15 ans, entre les milieux Bodmer, Toulalan et Gonalons reculés dans l’axe sur du plus ou moins long terme, ou les attaquants Bastos et Cornet subitement reconvertis au poste de latéral gauche, l’OL montre là de manière éclatante les limites de sa politique sportive.

Ce choix de Thiago Mendes a tout d’un concours de circonstances, note Jean-Marc Chanelet. Il fallait un pansement en défense à cette équipe et il a été choisi pour dépanner. Mais quand tu prolonges l’expérience en faisant de lui un titulaire pour attaquer la saison suivante, il ne faut plus un petit pansement mais un solide emplâtre. »

« J’évolue en défense centrale et je suis heureux »

L’enchaînement de gros matchs contre le PSG et Lens pourrait en dire long sur la (non) solidité de la défense lyonnaise, dans laquelle les très jeunes Castello Lukeba et Malo Gusto (19 ans) n’ont pas non plus de véritable concurrent. Le 26 août, Thiago Mendes l’assurait : « Il y a un an, on m’annonçait en partance. Certaines périodes ont été plus difficiles pour moi mais j’ai toujours essayé de donner le meilleur de moi-même. Aujourd’hui je joue, je me sens bien, et je pense que c’est un juste retour des choses. J’évolue en défense centrale et je suis heureux. Je veux simplement jouer pour aider mon équipe ».

Contacté par 20 Minutes, son entourage n’a pas souhaité préciser si son enthousiasme était toujours d’actualité depuis les revers subis à Lorient et Monaco, où il a fait office de tête de turc idéale pour les supporteurs lyonnais. Rien de tel pour reprendre confiance, quand vous ne comptez qu’une quinzaine de matchs en carrière en défense centrale, qu’en se coltinant Mbappé, Neymar et Messi ce dimanche, non ?