Obtenir son pass sanitaire avec un autotest est désormais possible, mais est-ce facile?

C’est la ruée sur les tests ! Avec un pass sanitaire exigé depuis ce lundi pour se rendre au restaurant, prendre un verre en terrasse mais aussi pour prendre le train et l’avion, tous ceux et celles qui ne sont pas vaccinés ou qui n’ont pas un schéma vaccinal complet doivent présenter un test de dépistage négatif pour accéder à l’ensemble de ces lieux. Résultat : tous les points de dépistage sont pris d’assaut.

Alors, face à « l’extension du champ d’application du pass sanitaire, il convient de renforcer l’offre de dépistage » face à « une demande qui devrait s’intensifier », indique la Direction générale de la santé (DGS), qui a annoncé la possibilité de recourir aux autotests. Mais vous ne pourrez pas générer vous-même votre pass sanitaire en vous « autotestant » dans votre salle de bains. Il vous faudra le réaliser sous la supervision d’un professionnel de santé. Ça, c’est en théorie, mais en pratique ?

« Une explosion des tests de dépistage », « un effet pass sanitaire »

Avec l’extension du pass sanitaire, « on observe ces jours-ci une explosion des tests de dépistage, indique Gilles Bonnefond, pharmacien à Montélimar et porte-parole de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). Deux raisons expliquent cette augmentation : d’abord l’épidémie qui flambe, on a donc beaucoup de personnes testées positives, donc beaucoup de cas contact. Et comme l’été est une période plus festive, les clusters sont plus gros. Et évidemment, il y a ces derniers jours un boom des demandes de tests pour obtenir son pass sanitaire « activité », en particulier dans les zones touristiques ». Même constat dans la capitale, pourtant désertée par les Parisiens en vacances. « On constate une forte augmentation des dépistages depuis lundi : on a énormément de demandes, environ le double de ce qu’on fait d’habitude, il y a un vrai un effet pass sanitaire », note une pharmacienne du 15e arrondissement.

Vendus environ 5 euros l’unité en pharmacie, les autotests n’ont jusqu’à présent jamais vraiment trouvé leur public, face aux tests PCR et antigéniques totalement gratuits. Mais « depuis ce lundi, la demande d’autotests a nettement augmenté, observe Gilles Bonnefond. Le fait que le pass sanitaire soit désormais requis pour beaucoup d’activités sociales du quotidien a créé un appel d’air ». Car « l’autotest réalisé sous la supervision d’un professionnel de santé permet, en cas de résultat négatif, de générer une preuve reconnue dans le cadre du passe sanitaire « activité » », assure la DGS.

« Nous avons fait le choix de ne faire que les tests antigéniques »

Mais en pratique, chacun peut-il désormais se rendre à la pharmacie du coin, acheter un autotest et le faire sous la supervision du pharmacien pour repartir avec son pass sanitaire ? « Normalement, cela devrait être mis en pratique depuis lundi, mais c’est complémentaire aux tests antigéniques : quand vous réalisez des tests antigéniques, vous pouvez ne pas faire la supervision des autotests. Sachant que la DGS et les autorités sanitaires ne nous ont toujours pas donné la codification de ces autotests. Donc pour l’heure, et puisque nous sommes en sous-effectif, nous avons fait le choix de ne faire que les tests antigéniques », nous répond-on dans une officine parisienne du 12e arrondissement.

« Dans les officines, si les pharmaciens ont des tests antigéniques, ils vont continuer de les réaliser plutôt que de basculer vers la supervision des autotests, confirme Gilles Bonnefond. Avec l’autotest, il faut s’enfoncer soi-même l’écouvillon, le tourner cinq fois dans chaque narine, c’est plus désagréable que le test antigénique ». De plus, « tant que les tests antigéniques et PCR sont gratuits sur simple présentation de la carte Vitale, l’autotest – payant – séduit moins le public, relève la pharmacienne du 15e arrondissement. Et pour nous qui avons une organisation bien rodée pour les tests antigéniques, ça risque d’être compliqué de prendre le temps d’expliquer le geste de l’autotest, de superviser le prélèvement, d’attendre le résultat puis de générer le pass sanitaire. Mais la donne changera peut-être à la rentrée, lorsque les dépistages « de confort » ne seront plus pris en charge ».

Pratique « surtout pour les gros clusters », mais pas valable pour voyager à l’étranger

Cette possibilité d’autotest réalisé sous supervision est « plutôt prévue pour les gros clusters, explique Gilles Bonnefond. Si par exemple un cluster est identifié dans un camping et qu’il faut dépister 400 personnes dans la journée, on ne peut vraisemblablement pas leur demander d’aller à faire un test à la pharmacie d’à côté. Auparavant, les ARS faisaient des dépistages massifs, mais face à l’explosion des contaminations provoquée par le variant Delta, le rythme est difficile à suivre. C’est pourquoi les pouvoirs publics proposent de recourir aux autotests dans ce cadre : le professionnel de santé supervise le test, explique comment réaliser le prélèvement. Cela permet de poser le diagnostic, de l’enregistrer dans la base de données puis de générer le pass sanitaire. Mais surtout, cela permet de casser les chaînes de contamination ». Ainsi, « des opérations d’autotests réalisés sous supervision peuvent être organisées dans le cadre d’opérations de dépistage à large échelle organisées par une collectivité territoriale ou un organisme de droit public ou privé », confirme la DGS.

Permettant de dépister rapidement un grand nombre de personnes, ces autotests pourraient être déployés notamment en entreprise ou dans les gares. En revanche, si vous avez un avion à prendre vers une destination hors de France et que vous n’êtes pas vacciné, ne comptez pas sur l’autotest pour obtenir votre pass sanitaire. « Les autotests ne sont pas reconnus comme preuve pour le pass sanitaire dans le cadre des voyages vers l’étranger, entre la métropole et les outremers et entre l’Hexagone et la Corse », rappelle la DGS.