Obligation vaccinale : Un an après, que sont devenus les suspendus du Covid-19 ?

Il y a un an, une circulaire d’application de la loi de gestion de la crise sanitaire du 5 août 2021 définissait les règles de l’obligation vaccinale, à compter du 15 septembre 2021, pour les personnels des établissements et services sanitaires et médico‑sociaux. Du jour au lendemain, des milliers de travailleurs de ces secteurs se sont retrouvés suspendus de leurs fonctions pour avoir refusé de recevoir le vaccin anti-Covid. Depuis, la situation n’a pas changé, la Haute Autorité de santé (HAS) ayant confirmé, fin juillet, son opposition à la levée de l’obligation vaccinale. Sans travail, sans salaire, sans perspective de réintégration à court terme, que sont devenus ces suspendus du Covid-19 ? Trois d’entre eux ont accepté de témoigner dans 20 Minutes.

Il n’est plus médecin malgré lui

Médecin généraliste dans la petite commune de Jenlain, dans le Nord, le Dr Grégory Pamart a fermé son cabinet le 15 septembre 2021. Une fermeture liée à sa décision de refuser le vaccin sur laquelle il s’était longuement expliqué dans un post, publié sur son site Internet. « C’était le seul choix qui s’imposait à moi à l’époque, même si cela me faisait mal au cœur de laisser mes patients », assume-t-il encore aujourd’hui.

Un an plus tard, le Dr Pamart n’est toujours pas vacciné et ne peut donc pas reprendre son activité. Il a, par ailleurs, trois procédures intentées contre lui par le conseil de l’Ordre, plus ou moins liées à l’épidémie de coronavirus. « Les sanctions pourraient aller jusqu’à la radiation, je le sais, et je suis prêt aujourd’hui à ne plus exercer, même si je ne le souhaite pas », assure-t-il.

Parce que, de son propre aveu, « un médecin gagne bien sa vie », Grégory Pamart peut largement subsister sur ses économies sans travailler. « J’ai appris à vivre plus simplement, à renoncer à certaines choses, explique-t-il. Mon rythme de vie a changé, je me cultive, profite de mes enfants. » Il s’est même présenté « sans étiquette » aux dernières élections législatives. « J’ai fait ce qui était juste selon moi. Aujourd’hui, je suis heureux, même si je suis persuadé d’être confronté à une injustice. »

Comme un pompier sans feu

« Être pompier, c’était mon rêve de gosse, ma vocation. Avec regret, mais parce que mes convictions et mes valeurs passent au-dessus de ma passion, je me suis fait à l’idée de ne plus jamais l’être », lâche Pierrick Thevenon, pompier professionnel à Lyon depuis 2012.

A 34 ans, il réfute l’étiquette d’antivax, notamment parce qu’il a toujours été à jour des vaccins obligatoires dans le cadre de sa profession. Sa décision de passer outre celui contre le Covid-19, il l’explique « comme un principe de précaution » appliqué à lui-même. Sauf que sa prudence lui a valu d’être suspendu. « C’est comme si votre vie professionnelle et économique se mettait en pause, vous n’avez le droit à rien », déplore-t-il.

Pierrick concède que les premiers mois sans salaire « ont été très difficiles ». Ancien formateur en entreprise, il avait alors décidé de reprendre son activité. Mais les débuts ont été laborieux : « Je devrais seulement arriver aujourd’hui à une autonomie financière, heureusement que je suis célibataire sans enfant », glisse le trentenaire. Autour de lui, Pierrick connaît des cas beaucoup plus tendus que le sien. « Psychologiquement, j’ai passé le cap. Mais ce n’est pas le cas de tous. Je connais aussi beaucoup de collègues qui se sont fait vacciner à contrecœur, par nécessité financière », affirme-t-il.

L’infirmière qui deviendra prof

A l’instar du médecin et du pompier, Emmanuelle, infirmière en Bourgogne, réfute l’étiquette « antivax ». « Je n’étais juste pas d’accord avec l’utilisation d’un produit pour lequel on n’a pas assez de recul », explique cette quinquagénaire qui, il y a un an encore, travaillait dans un établissement médico-social pour personnes atteintes de troubles psychiatriques.

Privée de son unique source de revenus depuis sa suspension, Emmanuelle refuse pourtant de demander les aides sociales. « J’ai enchaîné les petits boulots, comme faire du porte-à-porte pour le tri sélectif », explique-t-elle. Emmanuelle ne se plaint néanmoins pas. « J’ai pu faire des économies, ma maison est payée et je n’ai pas d’enfant », reconnaît-elle. Et même si les deux bouts ne se joignent pas toujours facilement, l’infirmière ne se fera pas vacciner.

Emmanuelle n’exclut pas de pratiquer à nouveau son métier d’infirmière. Pour autant, le manque de perspective lui a fait choisir une autre voie. « Je suis en train de préparer une reconversion dans l’enseignement du français langue étrangère, un peu à contrecœur, mais c’est une filière qui recrute », lâche-t-elle, pragmatique.