Nutri-Score: Où en est l’étiquetage nutritionnel en France et en Europe?

L’UFC-Que Choisir plaide pour l’adoption du logo Nutri-Score partout en Europe. — JEFF PACHOUD / AFP

  • L’UFC-Que Choisir et plusieurs autres associations de consommateurs européennes ont lancé ce lundi une pétition pour réclamer l’adoption du logo Nutri-Score en Europe.
  • Cet étiquetage nutritionnel, que l’on retrouve sur les emballages, permet de comparer les qualités nutritionnelles de produits d’une même catégorie d’aliments transformés.
  • Les associations de consommateurs visent le million de signatures pour contraindre la Commission européenne à agir.

Favoriser le mieux manger en Europe, telle est l’ambition de l’association UFC Que Choisir qui, avec plusieurs associations de consommateurs européennes, ont lancé ce lundi une pétition pour demander à la Commission européenne de rendre obligatoire le  Nutri-Score, un « étiquetage nutritionnel simplifié ayant fait la preuve de son efficacité » sur les produits alimentaires, et qui commence à être adopté par les industriels. Déjà mis en place en France depuis l’automne 2017, mais de façon facultative en raison de la réglementation européenne actuelle, ce système d’étiquetage est basé sur cinq lettres (A, B, C, D, E) et un code couleurs, du vert au rouge, selon la qualité nutritionnelle de l’aliment.

En raison de son caractère facultatif, il « peine à se développer dans les rayons », estime UFC-Que Choisir, à l’origine de la pétition avec six autres entités : Test-Achat (Belgique), VZBV (Allemagne), Consumentenbond (Pays-Bas), OCU (Espagne), Federajca Konsumentow (Pologne) et EKPIZO (Grèce).

Un enjeu clé pour une meilleure nutrition

« Il y a le feu au lac en matière nutritionnelle, insiste Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC Que Choisir. La mauvaise qualité nutritionnelle d’un trop grand nombre d’aliments industriels, qui constituent la majorité des apports nutritionnels chez des consommateurs de plus en plus jeunes, doit faire prendre conscience de l’urgence à agir. Cette alimentation industrielle est l’une des principales causes du taux élevé d’obésité et de surpoids, et de l’augmentation des maladies cardiovasculaires, mais aussi des cas de diabète de type 2, qui touchent de plus en plus d’enfants ».

Le logo Nutri-Score a par ailleurs été salué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La décision de la France « de recommander le système Nutri-Score, un étiquetage pratique doté d’un logo en couleur permettant aux consommateurs de s’informer d’un seul coup d’œil de la valeur nutritionnelle des aliments, constitue une avancée importante pour la nutrition dans la région européenne de l’OMS », commentait l’institution dès 2017. Pour elle, « les systèmes d’étiquetage doivent orienter les consommateurs vers des options plus saines », d’où l’importance de « mettre en œuvre des systèmes d’étiquetage sur la face avant des emballages qui soient faciles à comprendre et fournissent aux consommateurs une interprétation complémentaire de l’information nutritionnelle. En incitant ces derniers à effectuer des choix plus sains, et l’industrie alimentaire à réviser la composition de ses produits, l’étiquetage peut contribuer à l’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments ».

Une réglementation européenne a minima

Si la France est déjà dotée de Nutri-Score​, est-il nécessaire, comme le préconise l’association de consommateurs, de le transposer chez nos voisins, ou les Etats membres disposent-ils déjà d’un étiquetage nutritionnel spécifique ? Depuis le 13 décembre 2016 et l’entrée en vigueur du règlement européen INCO (pour une meilleure information du consommateur), la déclaration nutritionnelle sur les produits préemballés est obligatoire. Elle « vise à permettre aux consommateurs de comparer les denrées entre elles et à choisir les aliments adaptés, rappelle la DGCCRF. La valeur énergétique et les quantités de lipides, d’acides gras saturés, de glucides, de sucres, de protéines et de sel doivent apparaître, ensemble dans le même champ de vision, dans un tableau lisible placé sur l’emballage ».

En clair, le règlement INCO se résume donc au fameux petit tableau que l’on retrouve au dos des emballages alimentaires des plats cuisinés, fromages, yaourts et autres biscuits que l’on retrouve dans les rayons des supermarchés. Des informations nutritionnelles importantes, mais « la complexité des tableaux (…) figurant sur les emballages aboutit à ce que 82 % des consommateurs ne les comprennent pas », rappelle l’UFC-Que Choisir. « Les industriels répondent qu’il n’y a pas de mauvais aliments, que chaque consommateur est responsable, mais comment chacun peut s’y retrouver quand les informations figurant au dos d’un emballage sont illisibles ? Plusieurs études scientifiques démontrent que le Nutri-Score est non seulement plus efficace et lisible que le tableau INCO, mais qu’il l’est aussi davantage que les étiquetages nutritionnels concurrents ».

L’Angleterre s’est par exemple dotée du système « Traffic lights » (feux tricolores), un étiquetage nutritionnel coloriel, « mais qui est trop complexe puisque pour un même produit, il y a une couleur pour chaque nutriment (gras, sucre, sel, etc.), donc cela ne permet pas une comparaison simple entre plusieurs produits d’une même catégorie. Le consommateur n’est pas en capacité d’identifier les produits les plus sains à privilégier au quotidien et ceux dont il faut réduire la portion ou la fréquence de consommation », déplore Olivier Andrault.

Certains Etats membres déjà adeptes du Nutri-Score

Création française, le logo Nutri-Score commence à s’imposer sur les produits alimentaires du quotidien, même si tous les industriels ne jouent pas encore le jeu. Et il fait des émules chez certains de nos voisins européens. En novembre dernier, l’Espagne a annoncé l’adoption de ce logo. Une initiative visant à renforcer la stratégie « Nutrition, Activité Physique et Prévention de l’Obésité » élaborée par le gouvernement. Déterminée, l’Espagne a également adopté un plan destiné à améliorer la qualité nutritionnelle des aliments industriels en réduisant les sucres ajoutés, le sel et les matières grasses saturés de 10 % d’ici à 2020 sur 3.500 produits de consommation courante.

La Belgique s’est aussi lancée, et le logo Nutri-Score est officiellement en vigueur depuis le 1er avril. « Cette information permettra à la population de pouvoir comparer simplement les produits et de pouvoir prendre des décisions en toute connaissance de cause pour adopter une alimentation plus saine », s’est réjouie Maggie De Block, ministre belge des Affaires sociales et de la Santé publique.

Mettre la pression sur la Commission européenne

L’Italie, en revanche, ne semble pas prête à suivre l’exemple espagnol et belge. Au pays du Nutella (fleuron du groupe Ferrero), du parmesan et du prosciutto, l’adoption du Nutri-Score ne serait pas bonne pour les affaires, et la diplomatie italienne freine des quatre fers devant l’étiquetage nutritionnel. Si l’adoption d’un tel système favorisant une alimentation plus saine est à l’étude dans de nombreux pays (européens notamment), les lobbies industriels, qui craignent pour leurs intérêts économiques, murmurent à l’oreille de leur gouvernement et certains parviennent à se faire entendre. En particulier dans la « Botte ». Ainsi, l’ambassadeur Gian Lorenzo Cornado, représentant permanent de l’Italie auprès de l’ONU (dont dépend l’OMS), a fustigé début mai le projet de rapport de l’OMS sur les logos nutritionnels, estimant qu’il valorise le concept de « profils nutritionnels destinés à classer les aliments », ce qui est selon lui « un concept politique sans fondement scientifique ».

« Entre les Etats membres favorables à l’étiquetage nutritionnel et ceux qui y sont opposés, la Commission européenne a un rôle fondamental à jouer. Pourtant, elle ne semble pas pressée d’agir, observe Olivier Andrault. C’est pourquoi il est important que les citoyens européens se mobilisent, insiste-t-il. Les choses commencent à bouger en Europe, mais il reste beaucoup à accomplir, d’où la pétition que nous lançons en ligne sur le site www.pronutriscore.org. Si on atteint un million de signatures, la Commission européenne devra se saisir de cette problématique et agir. Exigeons de la Commission qu’elle rende le Nutri-Score obligatoire ».

Société

Etats généraux de l’alimentation: «Les consommateurs veulent de la qualité»

Santé

Logos nutritionnels: Les enjeux de la guerre des étiquettes

54 partages