Nucléaire : « On est vraiment les dindons de la farce »… A Fessenheim, les annonces d’Emmanuel Macron provoquent une « grosse colère »

Construction de six EPR d’ici 2050, prolongation de la durée de vie des réacteurs en activité « au-delà de 50 ans »… Les annonces d’Emmanuel Macron à Belfort sur « le futur programme nucléaire français » n’ont pas fait que des heureux. Claude Brender, maire de Fessenheim (
Haut-Rhin), ne digère pas que le président de la République n’ait pas eu un seul mot au sujet de la centrale alsacienne, débranchée définitivement en 2020.

L’élu ne mâche pas ses mots tant la déception est forte : « Il y a plus que de l’amertume, il y a de la colère, une grosse colère. » Même s’il pouvait s’en douter : « Un conseiller de Bruno Le Maire (ministre de l’Economie et des Finances) m’a appelé auparavant pour me dire qu’il n’y aurait rien sur Fessenheim. Mais on ne sait jamais avant un discours… »

« On est les dindons de la farce »

L’édile nourrissait l’espoir que soit abordée la question « des SMR (petits réacteurs modulaires ou « Small modular reactors » en anglais) ». Il n’en a rien été. « C’est une occasion ratée, une fois de plus », s’indigne Claude Brender. « C’est quand même fou qu’à 90 kilomètres de chez nous, il n’a pas une seule parole sur Fessenheim ! Il y a une forme de mépris. On est vraiment les sacrifiés, les dindons de la farce. »

Anne Laszlo, élue au CSE de la centrale de Fessenheim, dit « comprendre » la réaction de Claude Brender : « Les salariés qui partent d’ici, ils ne vont pas revenir. » Pour elle, les annonces d’Emmanuel Macron lui laissent « un sentiment doux-amer » : « C’est sûr que ça fait mal au cœur de voir que Fessenheim ne sera plus parmi les centrales qui produisent. »

« Un choix technologique complètement ridicule »

D’un autre côté, la déléguée fédérale Europe et International de la CFE Energies fait part de sa « grande fierté » : « Les salariés de Fessenheim, qui ont toujours été au rendez-vous avant, pendant et après la fermeture, ont participé à la renaissance de cette industrie en France. »

Le président de Stop Fessenheim, André Hatz, estime, lui, que les déclarations du chef de l’Etat sont « terriblement graves ». Mais pas pour les mêmes raisons : « Ce revirement sur la prolongation des réacteurs en activité, c’est une imbécillité majeure ! Les réacteurs sont prévus pour trente ans, quarante ans maximum. Les prolonger jusqu’à cinquante ans, c’est irresponsable ! On vient de faire un choix technologique complètement ridicule. » Quant au sort de Fessenheim, il se déclare « sûr de rien » : « Les six nouveaux EPR, où va-t-il les mettre ? »

Pourquoi pas en Alsace… Dès novembre et les premiers pas du président de la République en direction du retour du nucléaire, Frédéric Bierry avait sauté sur l’occasion. Le président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) avait alors appelé de ses vœux au retour d’une centrale dans la région. « Je ne sais pas si nos installations à Fessenheim sont aujourd’hui adaptables à une nouvelle génération de nucléaire, mais je souhaite que la CEA et les autres acteurs concernés se retrouvent rapidement autour de la table pour étudier la question. Je suis ouvert à toute discussion avec le gouvernement pour mener une réflexion sur une éventuelle implantation en terre alsacienne. »