France

Nucléaire : Macron annonce une augmentation des têtes et la « dissuasion avancée »

Emmanuel Macron a annoncé ce lundi depuis la base de l’Île Longue (Finistère) une série de mesures visant à renforcer la dissuasion nucléaire française, sans aller jusqu’à un partage de l’arme atomique. Huit pays européens, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Pologne, « ont accepté » de participer à la « dissuasion avancée » proposée par la France.


« Il n’y aura aucun partage de la décision ultime », a insisté Emmanuel Macron lors de son discours. Le président de la République a annoncé ce lundi depuis la base de l’Île Longue (Finistère), qui abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), une série de mesures destinées à renforcer la dissuasion nucléaire française, en lui apportant une dimension plus « européenne », tout en précisant qu’il ne s’agissait pas de partager l’arme atomique, domaine qui demeure souverain.

« La chaîne de commandement est d’une clarté totale et la décision ultime » de déclencher le feu nucléaire « revient au seul président de la République », a réaffirmé Emmanuel Macron. Voici les principaux points à retenir des annonces de ce discours.

**Une augmentation du nombre de têtes nucléaires**

La France va accroître le nombre de ses têtes nucléaires, a annoncé Emmanuel Macron. Ce nombre était redescendu depuis 2008 à moins de 300 têtes nucléaires (290). Cependant, la France ne divulguerait plus de chiffres concernant son arsenal nucléaire, « contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé », a précisé le président français. « Il ne s’agit pas ici d’entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n’a jamais été notre doctrine », a-t-il ajouté.

Le chef de l’État a également mentionné que les travaux sur le futur missile hypersonique (ASN4G), qui sera embarqué d’ici à 2035 sur la prochaine version F5 du Rafale, débuteraient « cette année ». Il a également révélé le nom de la future classe de SNLE, qui sera intitulée « L’Invincible » et devrait entrer en service d’ici 2036.

**La « dissuasion avancée », une nouvelle phase de la dissuasion**

La France va entrer de manière « progressive » dans une nouvelle phase de sa dissuasion nucléaire, que Emmanuel Macron a qualifiée de « dissuasion avancée ». Ce sera une « évolution majeure » de la doctrine, a-t-il affirmé, à laquelle participeront huit pays. « Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces, et nous devons concevoir notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, tout en respectant pleinement notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j’appellerai une dissuasion avancée », a déclaré le président français.

« Nous vivons actuellement sur le plan géopolitique une période de rupture pleine de risques, et nos compatriotes en ont pleinement conscience. Cette période justifie un durcissement de notre modèle », a justifié Emmanuel Macron. Huit pays européens « ont accepté » de participer à la « dissuasion avancée » proposée par la France : le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark.

Ces pays pourront notamment accueillir des « forces aériennes stratégiques » de l’armée de l’air française, qui auront pour objectif de « se disséminer dans la profondeur du continent européen » pour « compliquer le calcul de nos adversaires », a expliqué le président français lors de son discours sur la dissuasion nucléaire.

La « dissuasion avancée » pourrait également inclure des actions de signalement, c’est-à-dire la démonstration des capacités nucléaires, « y compris au-delà de nos frontières strictes », ainsi que « la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires », comme les exercices militaires auxquels les Britanniques ont déjà été associés récemment, a ajouté le chef de l’État.

**Un projet de missile longue portée avec l’Allemagne et le Royaume-Uni**

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni « vont travailler ensemble à des projets de missiles de très longue portée », a déclaré Emmanuel Macron ce lundi, dans le cadre de son discours sur la dissuasion nucléaire française. « Cela nous donnera de nouvelles options pour gérer conventionnellement l’escalade », a souligné le président, précisant que cette collaboration s’inscrit « dans le cadre de l’initiative dite ELSA » [European Long Range Strike Approach] lancée en 2024 et impliquant également l’Italie, la Pologne et la Suède.

Le développement de ces missiles contribuera à renforcer l’épaulement, c’est-à-dire l’articulation entre les forces conventionnelles et nucléaires, afin de mieux gérer l’escalade des menaces sous le seuil du nucléaire.