Nucléaire : Emmanuel Macron à Belfort pour annoncer de nouveaux EPR et sauver l’atome ?

Emmanuel Macron va-t-il acter six nouveaux réacteurs de type EPR, comme le souhaite EDF et à qui le gouvernement avait demandé de travailler sur cette hypothèse ? Peut-être plus même, table Les Echos ? Il faudra attendre 15h15 ce jeudi et la prise de parole d’Emmanuel Macron depuis Belfort, pour avoir la réponse à cette question.

L’Elysée laisse la primeur au président de la République « d’annoncer le dimensionnement du futur programme nucléaire », précise-t-on, ce mercredi en fin de matinée, lors d’un brief presse sur ce déplacement belfortain.

Préciser le discours du 9 novembre

Mais qui dit futur programme, dit donc nouveaux réacteurs. Ce n’est pas une surprise. « Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays », avait déjà annoncé Emmanuel Macron, le 9 novembre, lors d’une allocution présidentielle.

« C’est ce discours qu’il doit préciser à Belfort, indique l’Elysée, en précisant bien que l’intervention d’Emmanuel Macron n’abordera pas que l’atome, « mais aura pour objet de donner une vision sur la politique énergétique de la France jusqu’à 2050 ».

A cet horizon, l’objectif est d’atteindre la neutralité carbone, stade auquel le pays n’émettrait pas plus de CO2 par an qu’il n’est capable d’en retirer de l’atmosphère. Une cible qui nécessite de profonds changements, « notamment dans le domaine de l’énergie où deux tiers de ce que nous consommons est aujourd’hui d’origine fossile », rappelle un conseiller d’Emmanuel Macron.

Anticiper la mise à la retraite de réacteurs

La vision que doit présenter Emmanuel Macron s’articule autour de trois priorités, déroule l’Elysée : baisser de nos consommations d’énergie, développer largement et immédiatement les énergies renouvelables (solaire, éolien…) et, enfin, faire en sorte que le parc nucléaire continue de constituer un socle [de production d’électricité] complémentaire aux ENR. »

Cinquante-six réacteurs, répartis entre dix-huit centrale, composent aujourd’hui le parc nucléaire français. Plus des trois quarts auront atteint les 60 ans en 2050, l’âge jusqu’auquel EDF et RTE poussent pour leur utilisation. Et « la dynamique de baisse du nucléaire serait particulièrement brutale dès 2039 avec l’arrêt en moyenne de 4 Gwe/an jusqu’en 2050 », rappelait la Société française d’énergie nucléaire (Sfen), lobby français du nucléaire, dans une note d’avril 2019.

Le bon timing ?

C’est à ces fermetures prévisibles de réacteurs qu’entend donc répondre ce nouveau programme nucléaire. Le bon timing à quelques mois de la présidentielle ? C’est la première critique que fait Greenpeace, ONG opposée historiquement au nucléaire. « Il aura beau tout faire pour laisser penser le contraire, acter aujourd’hui la construction de nouveaux réacteurs est une promesse opportuniste d’un candidat et non d’un président, est convaincu Nicolas Nace, chargé de campagne « Transition énergétique » à Greenpeace. Il essaie de grappiller des voix à la droite et l’extrême droite et participe alors à la surenchère des candidats, ces derniers jours, sur le nucléaire. De Fabien Roussel [candidat du Parti communiste] qui annonce entre six et huit nouveaux EPR, à Eric Zemmour qui en veut quatorze. »

Nicolas Nace fustige un « déni de démocratie ». « La construction de nouveaux réacteurs nous engage sur des décennies et nous n’avons pourtant eu aucun débat de fond en amont sur ce choix de société », déplore-t-il. Nicolas Goldberg, expert « énergie » au cabinet Colombus Consulting, nuance de son côté : « On est très loin d’une décision prise tout seul dans son coin par Emmanuel Macron, estime-t-il. L’annonce de nouveaux réacteurs attendue ce jeudi permettra d’enclencher un processus qui passera notamment par la saisie de la Commission nationale du débat public (CNDP). » Et si celle-ci valide cette relance du nucléaire, EDF devra déposer auprès du ministère de la Transition écologique une demande d’autorisation de création d’une installation nucléaire. Ce dernier demandera alors à l’Autorité de sûreté nucléaire d’instruire cette demande. « Ce qui peut durer jusqu’à cinq ans », évaluait Les Echos, le 10 novembre dernier. « Si on veut lancer des premiers chantiers dans le prochain quinquennat, c’est le moment de prendre une décision, résume Nicolas Goldberg. Même dans son planning le plus optimiste, EDF ne prévoit pas de poser le premier béton avant 2027*. »

La promesse de chantiers moins chaotiques qu’à Flamanville ?

Ces six nouveaux réacteurs qu’espère EDF – trois paires de deux réacteurs- seraient construits sur des centrales existantes. L’idée n’est pas non plus de lancer ces six chantiers en même temps, mais de les faire s’enchaîner. « En laissant 18 mois entre deux réacteurs d’une même paire et quatre années entre deux paires », reprend Nicolas Goldberg. Avec des mises en service espérées à partir de 2035, si tout se passe sans accroc. Un scénario peu probable alors que la construction de l’EPR de Flamanville, commencée en 2007, enchaîne retard sur retard ? Sa mise en service prévue initialement pour 2012 n’est pas espérée avant le printemps 2023, désormais. Quant à son coût, il est passé de 3,4 à 12,7 milliards d’euros.

C’est toute la promesse alors d’EDF : profiter du retour d’expérience de ce premier EPR de Flamanville pour avoir des futurs chantiers moins chaotiques… Moins onéreux aussi. « Le chiffrage d’EDF et qui peut servir de base pour la discussion est de l’ordre d’une cinquantaine de milliards d’euros pour les six réacteurs nucléaires », indique l’Elysée en ajoutant que les résultats d’audits pour évaluer la solidité de cette estimation seront rendus publics dans les prochains jours.

Convaincre les jeunes diplômés que le nucléaire à de l’avenir

Ces constructions par paire et qui s’enchaînent doivent aider justement à faire des économies d’échelle, mais aussi à donner une visibilité à la filière nucléaire lui permettant de former et garder du personnel qualifié, explique-t-on à l’Elysée. Un dernier point loin d’être anecdotique alors que plusieurs rapports pointent parmi les causes des difficultés rencontrées sur l’EPR de Flamanville « une perte de compétence généralisée » dans le nucléaire français, faute de chantiers lancés entre 1990 et 2007. « C’est aussi le but de ce nouveau programme, lance-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron. Convaincre des jeunes diplômés, que le nucléaire est une industrie qui a de l’avenir. »

Nicolas Nace en doute et rappelle que cette relance du nucléaire que prévoit le gouvernement s’inscrit dans un contexte des plus difficiles pour l’atome. EDF vient de nouveau d’abaisser sa prévision de production nucléaire pour 2022 en France. Elle pourrait atteindre son niveau le plus bas depuis 30 ans. « Quant à l’EPR, ce n’est pas seulement un fiasco à Flamanville, estime le chargé de campagne de Greenpeace. L’un des deux réacteurs EPR de Thaishan [les premiers au monde à avoir été mis en service] est à l’arrêt depuis cet été et la découverte d’une fuite radioactive dans le circuit primaire. Les interrogations ne sont pas toutes levées sur cet incident à ce jour… »