Nucléaire : 40 % des réacteurs à l’arrêt en période de canicule, comme le dit une députée insoumise ? Prudence !

« Macron veut investir 1 milliard d’euros dans les petits réacteurs. En période de canicule, 4 réacteurs sur 10 sont à l’arrêt. Pourquoi investir tant d’argent dans une énergie non résiliente au dérèglement climatique ? » Tout juste élue présidente du groupe parlementaire La France insoumise à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot s’est indignée, mardi, du volet  nucléaire du plan  d’Emmanuel Macron pour la France de 2030. Une façon de souligner que dans le cadre de la  présidentielle 2022, Jean-Luc Mélenchon promet de mettre en place une «  sortie planifiée de l’énergie nucléaire ».

L’affirmation de Mathilde Panot a rapidement suscité un débat sur les réseaux sociaux. Tandis que les insoumis défendent la députée, des opposants s’indignent. « Ce n’est parce que vous répétez plusieurs fois quelque chose que ça va devenir la vérité », l’apostrophe un internaute.

Mathilde Panot est-elle aussi « créative en fake news » que le prétendent les internautes ? 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

L’équipe de La France insoumise a certainement lu ses sources un peu trop hâtivement. Contactée par 20 Minutes, l’équipe de la députée indique que la déclaration de Mathilde Panot s’appuie sur un article du site d’actualité Reporterre intitulé « Fragilisé par la sécheresse et le Covid, le nucléaire a besoin du charbon ».

Publié en septembre 2020, l’article indique que sur 56 réacteurs, 24 étaient « à l’arrêt » à l’époque. Mais les motifs d’arrête ne se limitent pas à la canicule, puisque « la sécheresse, les avaries techniques d’EDF et le décalage d’opérations de maintenance à cause du Covid-19 » sont mentionnés. Au 24 septembre 2020, 19 réacteurs étaient arrêtés pour des raisons de maintenance, liées à un retard accumulé à cause du premier  confinement. Seuls six réacteurs sur 24 étaient en pause en raison de la sécheresse et d’avaries techniques d’EDF. Soit 2,5 sur 10.

EDF a affirmé à 20 Minutes que « depuis 2000, les pertes de production pour cause de température élevée des fleuves et au faible débit des fleuves ont représenté en moyenne 0,3 % de la production annuelle du parc ».

Pourquoi certains réacteurs nucléaires sont arrêtés en cas de fortes chaleurs ?

En effet, une période de sécheresse – et donc de fortes chaleurs – « peut conduire à une baisse du niveau du cours d’eau et de son débit », explique l’Autorité de sûreté du nucléaire. « L’exploitant [de la centrale] doit s’assurer en permanence que ceux-ci restent suffisants pour refroidir les systèmes de sûreté. »

En période de canicule, les réacteurs peuvent également être mis en pause pour maîtriser les « rejets thermiques ». Pour chaque site nucléaire qui utilise un cours d’eau afin de refroidir ses réacteurs, l’ASN a défini une température limite de l’eau à l’aval de la centrale. « En cas de dépassement de ces valeurs limites, l’exploitant doit réduire la puissance du réacteur ou l’arrêter. »